L’AFRIQUE ET L’ESCLAVAGE

L’AFRIQUE ET L’ESCLAVAGE
Le peuple noir à subit l’un des crimes les plus immondes contre la personne humaine, ce fut l’esclavage. Et contrairement à ce qui est régulièrement avancé, ce crime s’est étendu sur, non pas quatre cents ans, mais sur un millénaire. En effet, il faut intégrer à la traite occidentale (atlantique), la traite orientale (arabo-musulmane). Sur l’echelle des atrocités, celle-ci était assurément plus violente, plus inhumaine que la traite occidentale.
 Comprendre cela, permettra peut-être aux uns et aux autres de mieux cerner les origines du mal subit dans le monde arabe par les noirs. ‎Ici, il ne s’agira pas d’analyser les motivations politiques ou religieuses de ces « maîtres blancs ou arabes ». Notre analyse est essentiellement et objectivement à charge.
La traite occidentale ou traite atlantique ‎est certainement la plus connue, la mieux documentée et la plus intense en terme de flux. Elle s’est étendue entre le XV° et le XIX° siècle. ‎Si l‎es estimations varient quant au nombre exact d’Africains arrachés au continent pour être vendus comme esclaves dans les champs de cannes à sucre et autres, le fait est qu’en terme démographique, le drame est si grand que l’Afrique en porte toujours les stigmates. L’importance du facteur démographique tient en ce que plus y a de population, plus forte est la division du travail et donc la productivité.
‎L’origine de la traite remonte en 1441, lorsque des navigateurs portugais enlèvent des africains et les transportent au Portugal pour en faire des esclaves. Le commerce triangulaire qui, lui, est véritablement le cadre dans lequel la traite negriere va atteindre son paroxysme, se deroulait entre l’Europe, l’Afrique et les Amériques. Il consistait pour l’Europe à échanger des marchandises contre des captifs noirs en Afrique, à déporter ces derniers, attachés et entassés dans les cales des navires négriers, vers le Nouveau Monde, pour en faire des esclaves. Une nécessité au développement de l’économie coloniale dont les denrées seront renvoyées en Europe.
Selon‎ les travaux de l’historien Olivier Pétré-Grenouilleau (Les traites négrières, Essai d’histoire globale, 2004), le nombre d’Africains vendus comme esclaves sur la côte Atlantique entre le XV° et le XIX° siècle s’eleve à 11 millions , auxquels il faut ajouter les 17 millions d’esclaves africains vendus entre le VIII° et le XX° siècle dans le commerce transsaharien et la traite de l’océan indien. Soit au total, pour Pétré-Grenouilleau, 28 millions d’esclaves déportés de l’Afrique. ‎Des travaux bien plus anciens, comme ceux d’Henry Queneuil (De la traite des Noirs et de l’esclavage, 1907) estimaient à environ 80 millions le nombre d’Africains vendus hors du continent comme esclave entre le XV° siècle et le début du XX° siècle. C’est-à dire, sur la seule période de l’esclavage atlantique. Un différentiel qui s’explique par une carence des statistiques disponibles à l’époque.
Pour W.E.B. Dubois, théoricien américain, se limiter à déterminer le nombre d’esclaves vendus pour mesurer la perte c’est faire fausse route. I‎l faut donc prendre en considération, au-delà des esclaves vendus et arrivés à destination, toutes les victimes collatérales de ce commerce, ceux qui sont morts plutôt que de se laisser capturer, ceux qui n’ont pas survécu aux conditions de détention et de transport, les enfants qui sont morts parce que leurs parents ont été capturés. Pour Dubois, pris dans cet ensemble, on compterait en moyenne 4 victimes collatérales pour 1 esclave vendu.
Vu sous cet angle, que vous soyez partisan de la théorie de Pétré-Grenouilleau, ou de celle de Queneuil, faites les calculs. On l’a fait, les chiffres sont fous.
‎Dans ce drame, t‎outes les grandes puissances de l’époque y ont pris part. D’abord les Portugais et les Espagnols, ensuite, les Anglais et les Français en 1674 et,  les Hollandais et les Danois.
Rappelons que dans une Europe très religieuse, avec un pouvoir religieux indéniable, cette traite a été menée avec le silence coupable de l’Église. Quelques voix se sont tout de même élevées pour faire part de leur opposition, philosophes ou même papes. ‎
Très souvent oublié, l‎a traite orientale quant à elle fut‎ la plus longue en durée et la plus importante en nombre d’esclaves. Certains la qualifie même d’amnesie historique, tellement il ne fait pas bon d’en parler.  Elle s’est étendue entre le IX et la fin du XIX° siècle. Mais on pourrait aisément repousser la date de son commencement au VII siècle, avec l’expansion de l’islam. En effet, l‎es Nubiens, sous la pression numérique des Arabes, furent contraints de signer en 652 le traité de Bakht : ils s’engageaient ainsi à livrer annuellement un lot de 360 captifs à leurs envahisseurs.  On pourrait aussi repoussé la date de sa fin, vu que, à l’heure où nous écrivons ses lignes, certains noirs sont encore captifs en Mauritanie, à tout juste quelques kilomètres du Sénégal, dans le silence coupable de l’UA.
‎Pour revenir à cette traite, elle a permis d’alimenté le monde musulman en esclaves noirs, d’abord dans l’empire arabe puis dans l’empire Ottoman.
Elle se distingue par son caractère génocidaire. En effet, pour éviter la reproduction des esclaves, mais surtout pour éviter que les femmes arabes ne soient attirés par ses hommes, naturellement mieux fournis, il était pratiqué la castration systématique des esclaves. Une épreuve d’autant plus difficile qu’environ un esclave sur quatre survivait.
Si quelques auteurs africains ont pris sur eux d’en parler, de façon générale, le silence autour de ce pan de notre histoire s’explique par une forme de solidarité religieuse.
Le dernier marché aux esclaves a été  fermé au Maroc en 1920 et l’Arabie Saoudite n’abolira l’esclavage qu’en 1963.
Ce passé qui est le notre doit être connu de tous. Il permet de mieux comprendre la complexité de nos rapports avec les autres.

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