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Fêtes de fin d’année : foie gras, étoile et sapin de Noël… Des traditions pharaoniques plagiées, aujourd’hui rejetées par les Africains

Selon le professeur Jean-Philippe Kalala Omotunde, spécialiste des sciences et mathématiques africaines et des humanités classiques africaines, beaucoup des symboles de fêtes d’hiver occidentales que nous connaissons, puisent leurs racines dans la tradition africaine. Déformés et dénaturés, ils sont rejetés par certains Afro descendants. 

“Noël n’est pas une fête africaine, ne faisons pas une récupération de ça”, écrit une jeune femme ce mardi, sous une publication de notre page Facebook visant à savoir comment les Africains célèbrent Noël et les fêtes de fin d’année en général. La barre des commentaires est prise d’assaut, et les offuscations fusent. Comment pourrait-on imaginer qu’il puisse y avoir un quelconque rapport entre l’Afrique, berceau de l’humanité et ces traditions européennes ? Comme cette utilisatrice, d’autres Afro descendants tendent à bouder voire rejeter Noël soit par conviction religieuse, soit par volonté de faire un pied de nez au capitalisme, ou encore par affirmation identitaire.

En effet, après des siècles d’asservissement et de colonisation où l’humanité et la dignité de l’Homme noir ont été systématiquement remises en question, affirmer son identité en tant que peuple devient vital. L’identité. Une question forgée déjà dans les années 1930 par les grands Césaire et Senghor, notamment avec le concept de “négritude”, et qui résonne encore aujourd’hui. Il faut s’affirmer pour exister dans un monde où le Noir reste humilié, discriminé, tué, uniquement à cause de la couleur de sa peau. 

Conscience historique et libération de la servitude intellectuelle 

De cette démarche d’affirmation ou encore d’autodétermination est né le Kémitisme dans les Etats-Unis des années 1970. Un “Kemet”, selon l’intellectuel sénégalais Cheikh Anta Diop, est un “Africain qui […] a compris[..] après la lecture d(‘) ouvrages, (et) aura senti naître en lui un autre homme, animé d’une conscience historique, un vrai créateur, un prométhéen porteur d’une nouvelle civilisation et parfaitement conscient de ce que la terre entière doit à son génie ancestral dans tous les domaines de la science, de la culture et de la religion”.  

En affirmant ainsi dans les années 1950 que les Égyptiens de l’Antiquité étaient Noirs, l’historien et anthropologue libère les générations futures de la servitude intellectuelle et déconstruit les mythes sur la prétendue infériorité de l’Homme noir. De ce point de vue, il est donc compréhensible que certains Africains expriment la volonté d’épouser leurs racines profondes, ce qui peut se traduire par le refus de célébrer Noël. Une tradition qu’ils n’estiment pas en accord avec leur nature.

“Il n’y a rien d’occidentale dans la notion de fêtes de fin d’année, mais c’est tellement bien présenté que ça donne l’impression que quand on [célèbre] les fêtes de fin d’année, on est dans une tradition étrangère à la tradition africaine.”

En 2018, lors de son intervention sur la chaîne guadeloupéenne Canal 10, Jean-Philippe Kalala Omotunde, parlait déjà de l’origine africaine des fêtes de fin d’année. Le vin, le foie gras, l’étoile au sommet du sapin… Tous ces éléments trouveraient, selon l’intellectuel, leurs origines en Egypte et des fresques pharaoniques en témoignent. “Il n’y a rien d’occidentale dans la notion de fêtes de fin d’année, mais c’est tellement bien présenté que ça donne l’impression que quand on [célèbre] les fêtes de fin d’année, on est dans une tradition étrangère à la tradition africaine. Alors que la seule tradition qui célébrait les fêtes de fin d’année, c’est la tradition africaine. Pour la simple et bonne raison […] que l’Afrique a inventé le calendrier”, déclare-t-il franchement. Il dénonce un plagiat du calendrier nilotique par les Romains, mais aussi celui d’une fête africaine qui se déroulait au mois de décembre.

“L’Afrique noire a initié l’Europe sur la voie de la civilisation. Lors des fêtes de fin d’année, la population africaine de l’époque avait l’habitude de se souhaiter la bonne année (Rénépèt Néférèt, en égyptien), et on se faisait des cadeaux. Toute cette tradition festive vient du continent africain”, explique le professeur. Et de poursuivre :  “Quand Alexandre le Grand arrive en 332 de l’ère ancienne africaine, il voit une civilisation qui fonctionne avec ces fêtes et leur côté grandiose et majestueux va faire que [les Européens] vont copier ces fêtes-là”. Au sujet de la tradition du sapin, il déclare : “Le nouvel an en Afrique se passait le 19 juillet, et une étoile particulière apparaissait dans le ciel en même temps que le soleil (le lever héliaque), qui est l’étoile Sirius, et c’est cette étoile-là qu’on plaçait au sommet d’une construction pyramidale. C’est pour ça qu’au sommet du sapin, on met une étoile.”

Dans son entretien, Jean-Philippe Kalala Omotunde parle également de l’institution chrétienne que constitue la date de la naissance de Jésus, fixée au 25 décembre, mais aussi du récit de la fuite vers les marécages, une histoire africaine évoquant une vierge, qui aurait été plagiée pour devenir le récit de la fuite de Marie devant Hérode. 

Des archéologues affirment que Jésus était noir 

Considérant le christianisme comme une forme d’aliénation et un outil de domination, de nombreux Africains se sont détournés des croyances chrétiennes pour revenir à leurs spiritualités originelles telles que l’animisme. Pour d’autres encore, l’histoire de la Bible aurait été falsifiée, et le Christ souvent représenté comme un sémite à la peau blanche, aurait en fait été noir. En 2015, en se basant sur les techniques de l’anthropologie médico-légale et des extraits bibliques, des archéologues ont découvert que le prophète avait la peau mate et des cheveux frisés. Le Jésus aux cheveux longs n’apparaît dans l’iconographie qu’au VIe siècle. 

Dans l’iconographie traditionnelle de l’Église éthiopienne, où le christianisme apparaît dès le Ier siècle, Jésus était représenté noir. Ainsi, dans certains foyers afro-américains, il est de coutume que le petit Jésus reposant dans la crèche soit noir, rapporte The Daily Beast (tout comme le père Noël par ailleurs). Appropriation ou réaffirmation d’une réalité bafouée ? Les interprétations divergent selon le prisme à travers lequel on observe ladite réalité. Cependant, l’on relève un besoin d’identification et de convergence vers l’harmonie entre conviction et mode de vie. 

Africanité et adéquations 

A chaque fois qu’on apprend quelque chose, on essaye par la suite de changer nos habitudes”, explique Andréa Mbuyamba, cofondatrice du média PanafricanStories. La jeune femme d’origine congolaise a été bouleversée par son voyage au Ghana en 2017. Depuis, elle s’efforce d’avoir une approche africaine dans tout ce qu’elle entreprend, et ce, même pour les fêtes de fin d’année. “Cette année, avec l’équipe de PanafricanStories, nous avons fêté Kwanzaa et organisé un ‘secret afro-business santa’. Chacun devait offrir à une personne un cadeau issu d’une entreprise noire”, raconte-t-elle. Et d’ajouter : “Kwanzaa se démarque des fêtes occidentales et représente bien l’esprit d’union que l’on souhaite créer au sein de notre groupe”. La fête de Kwanzaa a été créée en 1966 par l’activiste afro-américain Maulana Karenga, et son le but initial était de réaffirmer les liens entre les Noirs d’Amérique et l’Afrique.  Mais bien que la fête afro-américaine ait gagné en visibilité ces dernières années, certains Africains ne se reconnaissent pas en elles. 

“Ce serait un gros chantier de faire célébrer Kwanzaa à mes parents”, admet Andréa. Mais quand j’aurai ma propre famille, je fêterai plus Kwanzaa que Noël. Le 26 restera une date spéciale.” Son associée, Iden Lida, la rejoint mais émet tout de même des réserves : “Abandonner Noël, oui mais seulement si l’on arrive à s’approprier parfaitement Kwanzaa. Ce que je continuerai, pour sûr, c’est de mettre en avant les Black Business”, déclare la jeune femme qui souhaite au maximum intégrer des éléments africains dans son quotidien, et trouver une tradition en accord avec son africanité. 

Naomi Mackako

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