[SOCIETE] SOMMES-NOUS TROP ATYPIQUES POUR ÊTRE « BELLES » ?

Elles sont blondes aux yeux sur du papier glacé ou brune aux yeux verts sur les panneaux publicitaires. Vous en trouverez avec les cheveux bouclés ou les yeux foncés, de temps à autres mais chanceux sera celui qui retrouvera une figure de beauté noire parmi tous ces magazines.

Saviez-vous que durant la Fashion Week de 2013 seulement 6% des mannequins étaient noirs ? Au total 13 marques n’ont pas fait appel à un mannequin noir. Dans les magazines, on estime à 5% environ la représentation d’un mannequin noir dans les magazines dits féminins comme Grazia, Be, Elle,… Hadrien Bal, assistant de production chez Grazia explique que, selon lui, il est plus difficile de trouver un « bon mannequin » noir plutôt qu’un bon mannequin blanc et que cette tâche demande deux fois plus de temps. Miguel Olivares, directeur de l’agence Evidence, soutient lui que c’est les magazines français qui font la fine bouche et qu’il est évident qu’un mannequin noir aura bien plus de chances d’être embauché aux États-Unis qu’en France, ce qui en fait des mannequins extrêmement chers, car le déplacement aux États-Unis est compris dans le contrat. Comment expliquer cette différence ? Par la représentation. Les mannequins noirs sont bien mieux représentés aux États-Unis qu’en France. Selon les services de communication des magazines, le lectorat français serait en réalité celui qui fait la fine bouche : les françaises veulent quelqu’un qui leur ressemblent, donc une mannequin noire ce n’est pas elle et elle n’achètera pas, comprenez-vous ? Il est vrai que la française moyenne fait un 34.

F. Godart vous parlera d’un « racisme institutionnalisé », nous vous parlerons d’un racisme toléré et validé. Comment expliquez-vous qu’en 2013, le magazine Numéro ait sorti un dossier du genre « African Queen » avec un mannequin blanc peint en noir de la tête aux pieds. « Pourquoi engager une mannequin noire quand on peut peindre une mannequin blanche… » ainsi parla le blog Foudre. Bien sûr, ce n’est pas à Numéro qu’il faut s’en prendre vu qu’ils rejetteront la faute sur le génie créatif de S. Kim, le photographe du shooting. Si cet argument ne vous suffit pas, que dites-vous à Christine Phung, styliste, qui durant la Fashion Week de Paris a engagé Lily Fofana et qui a pu s’entendre demande ce qu’était « cet homme noir dans une robe argentée » du fait des cheveux courts de Lily Fofana, sans compter les autres remarques désobligeantes. L’industrie de la mode aurait donc un sérieux problème avec la beauté colorée, notamment la beauté noire. Bien sûr, il y a quelques tops models qui ont su s’imposer comme Naomi Campbell, Tyra Banks, Jordan Dunn, Waris Dirie ou encore Alex Wek, mais cela ne représente qu’une minorité et donc trop peu de modèle pour permettre à nos jeunes filles à la peau bronzée ou foncée de s’identifier à des modèles de beauté.

Cependant, les choses ont tout de même évolué. Cela commence notamment en 1998, durant les présentations des collections FW98 de New-York. Rappelez-vous le défilé de Betsey Johnson où Alex Wek, sublime dans sa robe blanche arrive au bout du podium et arrache la perruque blonde qu’on a mis sur son crâne avant de la jeter droit devant elle. Qu’il soit spontané ou non, ce geste a représenté pour beaucoup un symbole de libération de la beauté noire, un bras d’honneur aux standards occidentaux dans lesquels on ne retrouve pas. Plus récemment, en 2012 suite à un article d’Elle sur le « Black Fashion Power », Audrey Pulvar est montée au créneau et a épinglé les rédacteurs d’Elle, les poussant alors à une profonde remise en question. Aujourd’hui, bien qu’il n’y ait toujours pas assez de mannequins différentes, force est de constater que nos modèles de beauté sont plus variés et que les femmes de couleur deviennent égérie ou modèle de beauté comme Rihanna ou encore Willow Smith, Serena Williams, Beyoncé, Lupita N’goyo,… Aujourd’hui, le diction latin « Nigra sum sed formosa », ou littéralement « Je suis noire mais je suis jolie » n’a vraiment plus lieu d’être (s’il a un jour eu lieu d’exister). Nous avons la peau colorée et nous sommes jolies.

NegroNews

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