TUNISIE/ABOLITION DE L’ESCLAVAGE : 171 ANS APRÈS, LE RACISME EST TOUJOURS PRÉSENT

23 Janvier 1846, 23 janvier 2016… Il y a 170 ans, Ahmed 1er Bey, préfet représentant l’empire Ottoman à Tunis, abolissait l’esclavage des noirs en Tunisie. Mais avant d’arriver à la date du 23 janvier 1846, des décisions avaient déjà été prises en vue d’abolir définitivement l’esclavage dans le pays. En 1841, la mesure interdisant la vente d’esclaves sur les marchés en Tunisie était déjà entrée en vigueur. Un an plus tard, en 1842, tous les esclaves nés sur le territoire tunisien étaient considérés comme libres. Le décret Beylical de 1846 vient donc mettre un terme à l’esclavage dans toute la Tunisie.
Selon les observateurs de l’époque, le Bey de Tunis disposait d’une garde d’élite et de forces militaires composées de captifs noirs issus de la traite transsaharienne. Les esclaves retranchés dans les villes tunisiennes, exécutaient des travaux domestiques pour des couches sociales plus aisées. La plupart d’entre eux étaient réduits à l’esclavage suite à des guerres de tribus ou des opérations d’enlèvement.

Pour l’instant, il est difficile d’évaluer le nombre d’esclaves vendus en Tunisie. Dans le document, « Archives du Forgien office, Londres », le journaliste Anglais, James Richardson, donne 100.000 esclaves noirs, sur une population totale de 2.061.000 en 1845. Le chercheur Lewis Ferrière, quant à lui, dénombre 167.000 noirs libres et esclaves pour une population totale de deux millions d’habitants en 1848.

Même si l’esclavage des noirs en Tunisie a été aboli il y a 170 ans, pour beaucoup de tunisiens, le racisme est toujours présent dans le pays. Le mot « esclave » est encore utilisé pour désigner les personnes à la peau noire. En 2015, certaines associations en faveur de tunisiens noirs avaient souhaité une place importante dans la société. « La Tunisie dont je rêve… C’est une Tunisie dans toutes ses couleurs, toutes ses formes toutes ses religions », soulignait à la presse française, Saadiah Mosbah, militante pour la cause des Noirs en Tunisie.
Mi-janvier 2016, le Président de la Tunisie, Béji Caid Essebsi, a annoncé l’organisation d’un congrès sur la jeunesse et la révision des lois liberticides au printemps. Il souhaite mettre en place de nouveaux mécanismes qui devraient « lutter efficacement contre toutes les formes de racisme et de ségrégation sur la base de la croyance ou de la couleur de la peau ».

Herika Ouraga pour NegroNews

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