LES ANTILLES MEURENT DU CHLORDÉCONE

LES ANTILLES MEURENT DU CHLORDÉCONE

Pesticide ultra-toxique, le chlordécone est un perturbateur endocrinien reconnu comme neurotoxique, reprotoxique, pouvant altérer la fertilité et classé cancérogène dès 1979 par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Pendant longtemps avant, il est utilisé dans les plantations antillaises. Les Antilles en sont contaminées pour des siècles, car la molécule est très persistante dans l’environnement. Elle peut résister jusqu’à sept cents ans.

Tout a commencé en 1972 où la commission des toxiques qui, dépend du ministère de l’Agriculture, accepte la demande d’homologation du chlordécone, demande qu’elle avait pourtant rejetée trois ans plus tôt à cause de la toxicité. Dès lors, les « patrons békés » ont fait une utilité du produit sur les sols à travers toutes les plantations antillaises, manipulé à mains nues par les ouvriers, sans aucune protection. La quasi-totalité des Guadeloupéens et des Martiniquais sont contaminés par ce pesticide ultra-toxique, utilisé massivement de 1972 à 1993 dans les bananeraies. Les sols sont contaminés pour des siècles, la menace est invisible, mais omniprésente, les Antilles sont empoisonnées pour des générations.

Les plus pauvres sont les plus exposés, parce que les plus contaminés sont ceux qui s’approvisionnent sur les circuits informels (autoproduction, don, vente en bord de route), très prisés, mais où les aliments contiennent souvent un fort taux de chlordécone. L’intoxication se fait essentiellement par voie alimentaire.

Une étude menée pour la première fois à grande échelle par Santé publique France, et dont les résultats, très attendus, seront présentés publiquement en octobre révèle que la quasi-totalité des 800 000 habitants de la Guadeloupe (95 %) et de la Martinique (92 %) sont aujourd’hui contaminés.
Cette calamité a été remarquée au début des années 2000.

Le chlordécone, qui passe dans la chaîne alimentaire, avait non seulement contaminé les sols, mais aussi les rivières, une partie du littoral marin, le bétail, les volailles, les poissons, les crustacés, les légumes-racines. « À l’époque, on ne savait pas d’où ça venait », s’exclame un employée des plantations qui, depuis trente ans, travaille ici, dans ces plantations verdoyantes qui s’étendent jusqu’à la mer. « Quand on ouvrait le sac, ça dégageait de la chaleur et de la poussière, se souvient-il, on respirait ça, on ne savait pas que c’était dangereux. » Il a vu ses collègues tomber malades et mourir tour à tour sans comprendre. Ils disent c’est le cancer mais, les assassins, ce sont les patrons des plantations avec la complicité du gouvernement français.

Méconnue en métropole, ce scandale du chlordécone aux Antilles, est un dossier tentaculaire dont les répercussions à la fois sanitaires, environnementales, économiques et sociales sont une bombe à retardement. L’histoire est maculée de plusieurs zones d’ombre et fait objet d’une immense inquiétude aux Antilles.

Dunamis Adjigo

 

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