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[SOCIÉTÉ] UNE AFRO-AMERICAINE RACONTE LES TENSIONS RACIALES LARVÉES À CURAÇAO

Le rocher de soleil qui me sert de nouveau chez moi est peut-être désormais débarrassé de l’ouragan, mais je ne peux pas m’empêcher de penser que je suis en train de m’engager dans quelque turbulence personnelle, à la fois culturelle et intellectuelle, à un mois de temps passé ici à Curaçao.

L’une des plus importantes raisons pour lesquelles je voulais passer plus de temps à Curaçao était le fait que je suis tombée amoureuse du mélange de différentes nationalités et de cultures ici sur l’île. Avant d’y venir vivre, j’avais une idée rose de Curaçao comme étant un grand monde tropical de diversité à la United Colors of Benetton. De façon réaliste, je savais que la situation raciale ne pouvait pas être totalement harmonieuse à cause du rôle historique de Curaçao dans la traite négrière néerlandaise.

Mais bon, je pense que les gens semblent faire de leur mieux pour pouvoir coexister.

Cependant, les récentes élections législatives qui ont eu lieu à Curaçao ont fait remonter beaucoup de tensions raciales et culturelles à la surface. Pour faire court, les élections législatives de Curaçao donnaient au peuple de Curaçao le choix de voter des partis qui souhaitent soit maintenir les liens avec la Hollande ou demander l’indépendance de Curaçao par rapport aux Pays-Bas. J’ai eu la chance de faire un reportage sur les élections ici et j’ai eu l’occasion de parler avec les habitants locaux de leurs points de vue.

Beaucoup de Néerlandais et d’autres immigrants sont mécontents de la victoire du parti politique Pueblo Soberano qui a à sa tête le controversé Helman Wiels . Wiels est largement perçu comme étant anti-immigrés. Il a été cité dans le passé pour avoir dit que les Néerlandais devraient rentrer chez eux, et dépendant de la personne à qui vous posez la question, on l’accuse d’avoir dit que les Hollandais doivent « retourner chez eux dans des sacs mortuaires ». A l’inverse, demandez aux néerlandais ce qu’ils pensent de Curaçao, et ils disent souvent que les gens d’ici sont ignorants, ne pensent pas à leur avenir et que  »Curaçao deviendra le prochain Haïti » sans l’aide des néerlandais. Un néerlandais m’a dit:  »Je ne sais pas quel est le problème avec les noirs. Ils ne savent pas comment penser à l’avenir.  »

J’ai entendu ici dans le passé des  »blagues » disant comment ce serait mieux si les gens d’ici retournaient simplement à la condition d’esclaves et que les Hollandais redevenaient les maîtres. Oui, vraiment.
Il est donc évident que les tensions raciales sont un véritable problème à Curaçao. Pourtant, quand je parle du racisme et de la discrimination contre les gens de couleur à travers le monde aux Néerlandais d’ici, ils se pressent de blâmer ceux qui sont attaqués d’être  »trop sensibles », et qu’il y a quelque chose « dans votre tête pour vous faire voir un problème quand il n’y en a aucun.  »

Je ne suis pas surprise. Je me souviens lorsque l’an dernier des articles ont été publiés au sujet de Sinterklaas et de Zwarte Piet (Sinterklaas c’est comme la version néerlandaise du Père Noël et Zwarte Piété, ou Black Pete, c’est son assistant qui apparaît habituellement à ce qui ressemble à un costume ‘blackface’), et le magazine néerlandais Jackie qui a utilisé le mot  »niggabitch » pour décrire une sorte de  »style ghetto « . Les commentateurs néerlandais sur le net ont vite fait de défendre ces pratiques en accusant les Américains d’être trop sensibles et politiquement corrects. Il y a des gens qui m’ont dit , « Vous les Américains,c’est vous qui avez un problème racial, pas nous.  »

Je ne sais pas comment réagir face à de telles situations. Je n’ai jamais été auparavant dans environnements sociaux où les gens refusent de réfléchir de manière critique sur l’histoire ou les structures de pouvoir dans le monde. Je ne me suis jamais trouvé auparavant dans les situations où je dois porter le fardeau de la preuve, de devoir démontrer en quelque sorte que le racisme existe toujours hors de ma propre tête de noire américaine. Les États-Unis ne sont d’aucune façon un paradis post-racial, mais chaque fois que j’aborde avec les gens d’ici les questions de discrimination raciale et culturelle, leurs réponses me font penser que je suis de retour dans les années 1700.
Mes options de réponse sont limitées. Je peux: 1)Les ignorer. 2) En discuter avec eux et espérer encourager les gens à penser de manière un peu plus critique. 3) Changer de sujet. 4) Me fâcher. Généralement, trois des quatre alternatives ne sont pass spécialement efficaces. Discuter avec les gens sans être émotionnellement frustré sur les pouvoirs asymétriques basés sur les questions raciales est quelque chose de difficile.

J’ai un amie sur l’île qui est née à Curaçao, mais qui est d’origine surinamaise. Elle a vécu en Hollande pendant un certain temps avant de revenir à Curaçao. Nous avons discuté de ces problèmes autour d’un verre. « Il faut juste développer une peau dure », dit-elle. « Si tu deviens émotif, tu cadres avec leur stéréotype te qualifiant de  » personne ethnique émotive  ». Donc, il faut juste essayer de leur dire les fondamentaux … pour qu’ils essayent d’imaginer être dans la peau d’un autre que dans la leur.Il faut leur dire de s’arrêter un instant et de réfléchir à ce qu’ils disent et des raisons pour lesquelles ils le disent.  »

Ce sont les mêmes raisons qui me font penser que New-York est une ville fascinante que celles qui me font penser que Curaçao l’est aussi ; des mondes dans des mondes de cultures partageant un petit morceau de géographie.

Mais je ne peux m’empêcher de ressentir parfois quelque chose à propos de cet endroit. C’est comme si Curaçao n’est pas libéré émotionnellement, spirituellement, économiquement et financièrement de son passé colonial. Comme s’il y a des blessures cachées au sein de toutes les communautés, masquées par des non-dits et des dialogues évitées par le biais de tabous socialement construits des deux côtés sur le fait de parler de race. Je suis contre les hiérarchies internes et la discrimination entre les habitants en fonction de qui est Yu di Korsou, soit un vrai Curaceleno …. mais il en sera question dans un autre message à venir.

Ces derniers temps, il m’arrive de ressentir que les États Unis me manquent, son ouverture, ses libertés dans un certain sens.

Jusqu’ici, tout se passe bien à Curacao!

Source : Guyzo du Camer

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