• Accueil
  • >
  • SOCIÉTÉ
  • >
  • [SOCIÉTÉ] M.OBAMA : « AUJOURD’HUI, NOS ÉCOLES SONT AUTANT SÉGRÉGUÉES QU’À L’ÉPOQUE DE MARTIN LUTHER KING »

[SOCIÉTÉ] M.OBAMA : « AUJOURD’HUI, NOS ÉCOLES SONT AUTANT SÉGRÉGUÉES QU’À L’ÉPOQUE DE MARTIN LUTHER KING »

Soixante ans après l’arrêt de la Cour suprême interdisant la ségrégation scolaire, des raisons surtout économiques semblent expliquer cet apparent retour en arrière. La First Lady, Michelle Obama, tire la sonnette d’alarme

En 1950, Kenneth Clark, de l’Université Columbia, publia une étude qui fit date. Il avait testé un enfant noir en lui présentant deux poupées, l’une blanche, l’autre noire. L’enfant choisit la blanche, car elle était plus sym­pathique et plus attrayante. Selon le premier docteur afro-américain en psychologie de l’université new-yorkaise, la ségrégation scolaire est de nature à créer un complexe d’infériorité durable chez les élèves noirs. Sa thèse battait en brèche un concept largement accepté jusque-là au sujet des écoles: «séparées, mais égales». Elle paraît d’autant plus pertinente que la politique du logement menée en Amérique montre aujourd’hui encore ses effets pervers. Les Afro-Américains (et également les Hispaniques) tendent à vivre dans des quartiers défa­vorisés. Comme les écoles publiques sont souvent financées par les impôts fonciers, ces mêmes quartiers héritent d’établissements scolaires médiocres, dotés de peu de ressources. Et les élèves en subissent les conséquences.

Brown v. Board of Education

La persistance de ces problèmes est étonnante. 2014 correspond en effet au 60e anniversaire de l’arrêt de la Cour suprême du 17 mai 1954 Brown v. Board of Education, qui jugea inconsti­tutionnelle la notion selon laquelle des écoles ségréguées étaient ­égales. Une décision for­tement influencée par les TRAVAUX de Kenneth Clark et dont la First Lady, Michelle Obama, fut l’une des premières bénéficiaires. Celle qui s’appelait encore Michelle Robinson vivait dans le South Side de Chicago, un quartier dont la population était à 96% noire. La ségrégation raciale des écoles était totale. A la maternelle où ses parents l’avaient placée, 1214 des 1258 enfants étaient Afro-Américains. Mais elle a eu la chance de suivre un programme pour élèves talentueux dans le premier lycée mixte, quitte à passer une heure dans les transports publics chaque matin. C’était la politique du «busing», consistant à transporter des élèves noirs dans une école surtout fréquentée par des élèves blancs et vice-versa, afin d’accroître la mixité sociale.

New York, Etat le plus touché

Mais le «busing» n’a pas suffi. Aujourd’hui, l’Amérique remet en question une partie des progrès accomplis. La ségrégation raciale est de retour. Après que les tribunaux de certains Etats ont levé l’obligation juridique de mener une politique de déségrégation, jugeant les progrès réalisés suffisants, les acquis ont volé en éclats. De façon assez marquée sous la présidence de George W. Bush. Le phénomène de «re-ségrégation» est loin de se cantonner au Sud. C’est même à New York ainsi qu’à Philadelphie qu’il est le plus marqué. La cause est d’abord économique, mais elle a pour conséquence d’engendrer de nouveaux clivages raciaux.

En mai dernier, à Topeka, dans le Kansas, là même où, en 1954, le père de la jeune Linda Brown contesta le refus dont sa fille fut victime de pouvoir étudier dans une école à majorité blanche, Michelle Obama a tiré la sonnette d’alarme: «Aujourd’hui, nos écoles sont autant ségréguées que lorsque le docteur King [Martin Luther] donna son dernier discours. […] De nombreux arrondissements dans ce pays ont en réalité réduit leurs efforts pour maintenir des écoles intégrées, et bon nombre de communautés sont devenues moins multiculturelles.» La situation est si alarmante qu’est apparu le concept d’écoles «apartheid», au sein ­desquelles les élèves blancs représentent moins de 1% des effectifs. Le nombre de ces établissements est passé, à en croire une enquête d’une journaliste de ProPublica, de 2768 en 1988, apogée de ­l’intégration raciale à l’école, à 6727 en 2011.

Taux de réussite divergents

A Boston, on s’applique à combattre ce phénomène. L’inscription dans telle ou telle école se fait par le biais d’une loterie, qu’on soit pauvre, riche, Noir ou Blanc. Le Massachusetts a, depuis les ­années 1960 déjà, mis en place un programme baptisé «Metco» qui pousse à intégrer 10% d’étudiants défavorisés dans de bonnes écoles. Mais le problème persiste. Et si davantage de Noirs et d’Hispaniques s’inscrivent au lycée, leurs taux d’échec scolaire sont néanmoins beaucoup plus élevés que ceux des étudiants blancs. C’est précisément le débat qui fait rage aux Etats-Unis: le «achievement gap». Pourquoi les Noirs ont-ils un taux de réussite inférieur aux Blancs, même lorsqu’ils bénéficient des mêmes ressources économiques et éducatives? Quant aux universités, elles sont aussi ­ségréguées et inégales. Selon une étude du Center on Education and the Workforce de l’Université Georgetown, le système universitaire «réplique et accentue les ­inégalités raciales et ethniques» déjà présentes à l’école primaire.

Source :
http://www.letemps.ch/Page/Uuid/6f96c9d6-1734-11e4-9c88-1cf3650bdf92/La_s%C3%A9gr%C3%A9gation_raciale_%C3%A0_l%C3%A9cole_fait_son_retour

Commentaires

commentaires

Précédent «
Suivant »

Suivez-nous sur Facebook