RETOUR AU BERCAIL DU PATRIMOINE CULTUREL AFRICAIN

Depuis les années 1885, une dizaine de milliers d’œuvres africaines ont été arrachées des Africains par les colons. Représenté en dehors des frontières de l’Afrique, le patrimoine culturel africain enrichi les musées français. Acquis de manière douteuse au temps de la colonisation par les institutions muséales occidentales, le patrimoine culturel Africain est constitué de milliers d’objets. L’Africain, privé de tout un pan de sa culture, pourra reprendre ce qui lui revient de droit. Le président français, Emmanuel Macron, a rendu 26 pièces au Bénin. Il vient ainsi de tenir une promesse faite lors de sa visite le 28 novembre 2017, à Ouagadougou, dans le cadre de l’université Ouaga I : la restitution à l’Afrique de son patrimoine culturel.

Dans une interview accordée à afrik. com, Abdoulaye Camara, préhistorien et archéologue, chercheur à l’IFAN. Il a longtemps été le conservateur du musée historique du Sénégal à l’île de Gorée, de 1989 à 2005, et ensuite conservateur du musée d’Art africain de Dakar, de janvier 2005 à février 2008. Il donne son avis sur la question de la restitution du patrimoine africain conservé en Occident.

Selon l’archéologue, l’ex conservateur de musée au Sénégal, membre du comité de déontologie de l’ICOM (International Council of Museums), une part importante du patrimoine africain est conservée à l’extérieur du continent. Ce patrimoine est dispersé dans le monde, dans des collections privées ou publiques, ou chez des particuliers, pour lui la première démarche à suivre est de savoir comment ces objets sont sortis du continent.

D’une manière générale, les musées occidentaux ont tendance à croire que tous les anciens pays colonisés demandent la restitution de leurs objets, ce qui n’est pas le cas, les objets demandés ne sont que ceux volés, pillés, et qui sont sortis des pays de manière illégale.

L’ Article 4.4 de la cessation des collections stipule que :’’ si un pays ou un peuple d’origine demande le retour d’un objet et démontre que cet objet ou spécimen peut s’avérer avoir été exporté ou transféré en violation des principes de ces conventions et que cet objet fait partie du patrimoine culturel ou naturel de ce pays ou de ce peuple, le musée concerné doit, s’il lui est légalement possible de le faire, prendre rapidement des mesures pour coopérer au retour de l’objet. Si un musée achète un objet volé, il doit s’attendre à une demande de restitution de la part du pays qui a été privé de son bien’’.

Parmi ces objets volés, l’archéologue a cité des exemples. Il a cité entre autre, les expéditions militaires de 1894 contre le royaume fon du Dahomey (actuel Bénin) qui a permis à la France d’entrer en possession d’un butin connu sous le nom de « trésor de Béhanzin » ; ou celle de 1897 qui a permis aux Anglais de faire main basse sur des réalisations artistiques et cultuelles accumulées depuis des générations (donc, parfaitement bien conservés) dans les royaumes du Bénin (Nigeria):  »Ces butins de guerre sont pourtant autant d’informations qui devaient illustrer l’histoire de ces peuples. Il est important de comprendre que ces objets sont indispensables pour perpétuer des identités culturelles et historiques. », explique-t-il.

 

Amadou Mahtar Mbow,homme politique sénégalais, plusieurs fois ministre dans son pays et directeur général de l’UNESCO pendant 13 ans, lance un appel le 7 juin 1978, pour le retour à ceux qui l’ont créé d’un patrimoine culturel irremplaçable, le Directeur Général de l’UNESCO, notait : «Les peuples victimes de ce pillage parfois séculaire n’ont pas seulement été dépouillés de chefs-d’œuvre irremplaçables : ils ont été dépossédés d’une mémoire qui les aurait sans doute aidés à mieux se connaître eux-mêmes, certainement à se faire mieux comprendre des autres… ».

La restitution est une reconnaissance de la souveraineté d’un peuple ou d’un pays sur ses biens indûment exportés. De plus, il y a des objets qui ne devraient plus être dans des réserves occidentales. Certains de ses objets ont été déclassés et rendus à leur pays d’origine comme Saartjie Baartman, plus connue sous l’appellation de la Vénus hottentote : une jeune dame d’Afrique du Sud, capturée et réduite en esclavage, elle avait été emmenée en 1810 à Londres pour y être exhibée et pour montrer au public ses particularités physiques. Conservée à sa mort en France dans les collections du Musée de l’Homme, une loi votée en 2002 a permis sa restitution à l’Afrique du Sud. Avec la commande de restitution du patrimoine culturel de Macron, d’autres vont certainement suivre.

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