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UNE DESCENDANTE D’ESCLAVES ACCUSE HARVARD « D’EXPLOITER » LES PHOTOS DE SES ANCÊTRES

Tamara Lanier, une afro-américaine, a attaqué mercredi 20 mars en justice la prestigieuse université de Harvard, qu’elle accuse de détenir illégalement des photos de deux esclaves dont elle assure être la descendante, et d’en tirer profit.

Une plainte contre Harvard

La femme originaire du Connecticut poursuit l’Université de Harvard pour avoir commandé et photographié ses ancêtres, qui étaient esclaves, et profité des photos prises dans les années 1850 pour le compte d’un professeur raciste qui tentait de prouver que les Noirs étaient inférieurs.

Dans sa plainte de 24 pages déposée dans un tribunal de l’Etat du Massachusetts, Tamara Lanier explique être la descendante directe d’esclaves photographiés en 1850 en Caroline du Sud à la demande d’un professeur raciste de Harvard.

Ces images, d’un esclave et de sa fille connus sous les seuls prénoms de Renty et Delia, passent pour les premières photographies connues d’esclaves noirs américains. Harvard accusé d’avoir « aseptisé » et « exploité » ces images depuis des décennies.

Elles furent commandées par un célèbre biologiste de Harvard, Louis Agassiz (1807-1873), un Suisso-Américain connu pour ses travaux sur les glaciers mais aussi pour ses théories sur la supériorité des personnes blanches.

Le combat d’une descendante d’esclaves

Renty et Delia furent forcés de poser en partie dénudés, « sans dignité ni compensation », le professeur entendant par ces images « prouver l’infériorité biologique des Noirs », affirme Tamara Lanier, ex-contrôleuse judiciaire du Connecticut aujourd’hui retraitée.

Mme Lanier accuse Harvard d’avoir honoré un presseur qui étudie la « pseudoscience raciste » et de tirer profit des photos conservées au musée d’archéologie et d’ethnographie Peabody du campus de Cambridge, dans le Massachusetts, à Harvard – qui ont été prises sans le consentement du sujet.

« Ce que j’espère que nous pourrons accomplir, c’est montrer au monde entier qui est Renty », a-t-elle déclaré lors d’une conférence de presse à New-York. « Je pense que cette affaire est importante, car elle mettra à l’épreuve le climat moral de ce pays et le forcera à compter avec sa longue histoire de racisme ».

Tamara Lanier a établi un lien familial avec Renty et Delia par le biais de l’histoire orale de la famille et d’informations généalogiques. Elle avait d’abord contacté l’université pour leur demander de remettre les photos. Quand ils ont refusé, elle a escaladé et intenté un procès.

« En refusant la prétention supérieure de Mme Lanier aux daguerréotypes, Harvard perpétue la subversion systématique des droits de propriété des noirs qui a commencé pendant l’esclavage et s’est poursuivie pendant un siècle plus tard », a indiqué sa plainte.

« Des spécimens de recherche »

Agassiz a rencontré Renty et Delia lors d’une tournée de plantations en Caroline du Sud. Il effectuait des recherches pour un projet qui cherchait à confirmer son point de vue selon lequel les Noirs étaient une espèce différente. Cette étude a été approuvée par Harvard.

« Pour Agassiz, Renty et Delia n’étaient rien de plus que des spécimens de recherche », peut-on lire dans cette plainte qui accuse l’universitaire d’avoir forcé les deux sujets à « participer à un exercice dégradant, visant à prouver leur propre statut de sous-humain ».

Depuis lors, Harvard a continué de tirer profit de la souffrance de Renty et Delia, y compris en utilisant la photo de Renty sur la couverture d’un livre vendu au prix de 40 $. L’image a également été utilisée lors d’une conférence en 2017 intitulée « Universités et esclavage : liés par l’histoire », au cours de laquelle Harvard tenta ironiquement de confronter ses propres liens avec l’esclavage, note l’Associated Press.

Tamara Lanier réclame à Harvard la restitution immédiate des photographies de Renty et Delia, la reconnaissance par Harvard que l’université s’est rendue « complice en perpétuant et en justifiant l’esclavage ».

Elle demande aussi le remboursement des bénéfices réalisés grâce à ces photos, et des dommages et intérêts d’un montant non précisé. La direction de Harvard s’est refusée pour l’instant à tout commentaire, affirmant simplement ne pas avoir encore reçu la plainte.

NN

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