[CULTURE] ROYAUMES AFRICAINS: ROYAUME DE KOUSH

Le royaume de Koush est l’appellation que les Égyptiens antiques donnèrent au royaume qui s’établit au sud de leur pays dès l’Ancien Empire égyptien. Ce royaume eut une longévité peu commune et trouve ses origines dans les cultures néolithiques qui se développèrent dans le couloir nilotique du Soudan actuel et de laNubie égyptienne.

On a longtemps considéré cette culture à l’aune de la civilisation égyptienne et de ce fait peu d’études eurent lieu à son sujet, la reléguant alors soit au stade d’une principauté dépendante du royaume des pharaons ou encore à celui d’un avatar de cette civilisation, ne lui reconnaissant donc aucune spécificité voire une valeur relative.

Depuis les années 1950, et notamment la campagne de sauvetage des monuments nubiens menacés par la mise en eau de la région comprise entre la première et la seconde cataracte à la suite de l’édification du Haut barrage d’Assouan, un regain d’intérêt des égyptologues pour cette région nous permet aujourd’hui d’affirmer que ce royaume tant à ses débuts au troisième millénaire avant notre ère que jusqu’aux conquêtes chrétiennes du ive siècle était une culture et une civilisation indépendante et qui réussit la synthèse des différents apports culturels de ses voisins, y compris ceux de l’Égypte, dont il représentera l’ultime évolution aux alentours de l’ère chrétienne alors que Rome dominait l’ensemble des cultures de l’antiquité.

Royaume de Kerma

Le royaume de Kerma formé à partir du site éponyme qui en devint la capitale est un royaume assez puissant pour inquiéter son voisin du nord, l’Égypte de l’Ancien Empire qui organisait déjà des expéditions vers le cœur de l’Afrique et de ce fait devait nécessairement passer par les terres contrôlées par les nubiens. C’est principalement de ces sources égyptiennes que nous tenons les informations sur ce peuple présenté alors de manière quelque peu belliqueuse ou qui en tout cas n’entendait pas céder la place dans le contrôle des routes commerciales qui sillonnaient la région et reliaient les grandes régions de l’Afrique Centrale et Australe au reste du continent en évitant —et c’est un point non négligeable— les routes harassantes du Sahara qui déjà à cette haute époque était atteint par une désertification intense et qui ne cessa plus depuis.

On distingue trois périodes pour ce royaume qui couvre 1 000 ans ou plus de développement et de civilisation. N’étant pas une civilisation de l’écrit, il est donc assez ardu de restituer son histoire et les grands personnages qui la firent. De ce fait, et à l’inverse des autres civilisations antiques, c’est essentiellement l’archéologie de cette civilisation qui permet de la restituer dans son ensemble, et comme nous ne possédons pas d’écrits propres à ce peuple, nous en sommes réduits à faire des hypothèses sur son évolution culturelle à partir des vestiges qu’il nous a transmis, notamment au travers des innombrables sépultures qui attestent que cette civilisation était une civilisation urbaine, son peuple s’étant regroupé autour de grands centres cultuels et commerciaux.

Premier royaume de Kerma

(xxve siècle au xxie siècle avant notre ère)

Sous la dénomination Kerma ancien on entend regrouper l’ensemble des cultures nilotiques du Soudan moyen qui se regroupèrent par chefferies autour d’un puissant monarque qui avait donc sa capitale à Kerma, site du cours moyen du Nil soudanais. La population de cette époque est en effet constituée d’un ensemble de peuplades différentes, davantage marqué par les influences du sud du Soudan. On assiste déjà à un développement de la métallurgie (cuivre mais aussi bronze) et des arts : ébénisterie, ivoire, céramique, dont on a retrouvé beaucoup de témoignages dans les sépultures de l’époque. Les rites d’inhumation sont apparentés à ceux de la culture du Groupe C.

Les tombes acquièrent alors leur forme définitive : une fosse circulaire contenant le défunt inhumé en position contractée et la tête à l’orient, avec un matériel funéraire constitué essentiellement de céramique pour les plus humbles, l’ensemble étant recouvert d’un tumulus autour duquel les offrandes alimentaires sont déposées et les sacrifices funéraires opérés.

Les sépultures royales sont beaucoup plus imposantes (les tumuli royaux à cette époque dépassent alors un diamètre honorable de 40 à 60 mètres) et comportent outre un riche mobilier funéraire, des tombes subsidiaires destinées à l’aristocratie d’alors, tandis que l’entourage immédiat du roi est « sacrifié » le jour de ses funérailles et reçoit donc le « privilège » d’accompagner son souverain dans l’au-delà. Le site de Kerma est en plein essor et de nombreuses constructions attestent l’existence d’une monarchie organisée et à laquelle l’ensemble de la région vouait une certaine déférence.

Au nord de cette région, la Nubie était dominée par des peuplades que l’on regroupe sous le terme de Groupe C et qui interdisaient l’accès au sud en contrôlant drastiquement le commerce, voire en pillant les convois qui revenaient en Égypte ou en partaient. À l’Ancien Empire cette situation devenait critique pour les égyptiens qui avaient besoin de cet accès pour obtenir des biens précieux et rares en provenance de l’Afrique centrale.

Avec le temps le Groupe C semble avoir peu à peu pacifié ses relations avec son voisin égyptien allant jusqu’à fournir des mercenaires aux troupes des pharaons de laVIe dynastie. En retour l’Égypte lui garantissait une relative sécurité aussi bien au niveau militaire qu’économique, notamment en palliant les périodes de famines par l’envoi de grain aux peuples de la région. Les débouchés sur les mines d’or du désert oriental y étaient certainement déjà pour quelque chose.

En revanche le lointain royaume de Kerma représentait toujours un danger pour les expéditions commerciales qui entraient alors sans doute en concurrence avec le jeune royaume dont l’influence grandissait. Deux groupes de population et de culture distinctes occupaient donc toute la vallée du Nil soudanais jusqu’aux environs de la cinquième cataracte et formaient alors deux puissantes civilisations proto-urbaines avec lesquelles il fallait compter. On assiste en effet sur tout le long de la vallée à la sédentarisation progressive des peuples et à l’établissement de villages qui peu à peu deviennent de grosses bourgades. Kerma était alors déjà une cité étendue.

Deuxième royaume de Kerma

(xxie siècle au xviiie siècle avant notre ère)

À dater de l’époque du Kerma moyen, on assiste au développement du royaume et de sa culture notamment des pratiques funéraires ; les défunts sont toujours inhumés en position fœtale la tête à l’est avec un riche mobilier funéraire et on peut suivre à travers l’évolution de ces pratiques et le développement des tumuli une hiérarchisation de plus en plus marquée de la société. Une véritable classe aristocratique voit donc le jour et préfigure la puissance du royaume à la période suivante. De rares contacts directs ont lieu avec les voisins du nord mais le commerce est florissant et atteste de la stabilité de la région. On retrouve des traces de son réseau commercial sur les terres de Chillouk au sud de la vallée du Nil et jusque dans les montagnes du Tibesti.

Au nord du pays, le Groupe C domine toujours la vallée jusqu’à ce que les pharaons du Moyen Empire égyptien annexent littéralement la région jusqu’au Batn el-Haggar. On assiste alors à une réaction du royaume de Kerma qui protégea ses cités derrière des remparts et, signe des temps, les défunts masculins furent alors inhumés avec leurs armes de manière systématique.

Troisième royaume de Kerma

(xviiie siècle au xvie siècle avant notre ère)

Le royaume de Koush durant le Kerma classique étend son territoire de la première cataracte, aux environs d’Assouan, jusqu’à la quatrième cataracte à la suite de l’alliance des peuples nubiens (Groupe C) et du royaume de Kerma qui en devient alors la capitale. Les relations avec le voisin du nord sont au début pacifiques et le commerce est florissant avec toute la vallée du Nil et l’Afrique centrale.

On assiste à un bond de l’agriculture et de l’urbanisation de la région. Grandes constructions dans la capitale et nécropoles royales avec tumuli colossaux (certains dépassent les 100 mètres de diamètre). Au niveau culturel on assiste à un maintien des coutumes et traditions locales bien que certains éléments architecturaux ou décoratifs soient empruntés à la culture égyptienne qui reste assez présente sur le nord du royaume. Des relations diplomatiques entre Kerma et les dynastes Hyksôsdu delta du Nil sont prouvées et attestent que les deux puissances cherchèrent à passer alliance afin de contrer la montée en puissance d’une dynastie rivale située àThèbes. L’un de ces souverains, Kamosé reprit alors l’avantage sur le royaume de Kerma repoussant sa frontière au sud d’Éléphantine. Son successeur Ahmôsis Ierpoursuivit cette conquête des territoires du Soudan.

Domination égyptienne

(xvie siècle au xiie siècle avant notre ère)

Les pharaons du Nouvel Empire égyptien étendent leur domination jusqu’à la IVe cataracte (Nubie égyptienne). Destruction du royaume de Kerma par Ahmôsis Ier puisAmenhotep Ier et contrôle des routes commerciales ainsi que des mines d’or du désert oriental.

Construction des sites et monuments en Nubie égyptienne :

  • Beit el-Ouali,
  • Gerf Hussein,
  • Kouban,
  • Ouadi es-Séboua,
  • Amada,
  • Aniba,
  • Derr,
  • El-Lessiya,
  • Qasr Ibrim,
  • Abou Simbel.

Construction des sites et monuments en Nubie soudanaise et au Soudan :

  • Faras,
  • Aksha,
  • Bouhen,
  • Semna,
  • Ouronarti,
  • Koumma,
  • Amara,
  • Saï,
  • Sédeinga,
  • Djebel Dosha,
  • Soleb,
  • Sésébi,
  • Pnoubs,
  • Argo,
  • Kaoua,
  • Napata (Djebel Barkal),
  • Kourgous.

Installation d’un vice roi pour cette région qui subit une égyptianisation affichée. Capitale à Aniba.

Au xie siècle avec la fin de la domination égyptienne sur le Soudan à la suite de l’éclatement de l’Égypte en plusieurs royaumes rivaux, la Nubie devient indépendante autour du vice roi de Koush dont le dernier représentant attesté est Panéhésy (règne de Ramsès XI) et permet ainsi le développement à nouveau des chefferies et des principautés au Soudan qui semblent coexister pacifiquement notamment au sud du pays.

Au xe siècle on assiste alors à la constitution d’une principauté autour d’une dynastie locale à Napata (Djebel Barkal). Cette dynastie trouverait ses origines dans la lointaine Méroé alors encore simple place commerciale. Peu à peu l’influence de la principauté s’étend sur l’ensemble des royaumes du Soudan et constitue un puissant royaume au cœur de l’Afrique occidentale et centrale. Règne de six souverains inconnus. Au ixe siècle à la suite d’une guerre civile qui plonge la thébaïde dans le chaos, une partie du clergé de Karnak se réfugie à Napata sous la protection des princes de Koush.

 

Source: Wikipedia.

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