LES BLACK DOLLS EXPOSÉES A PARIS

Depuis le 23 février jusqu’au 20 mai, la maison rouge expose  la collection de Deborah Neff.

L’exposition « Black Dolls » réunit à la Maison rouge, à Paris, quelque deux cents poupées noires créées entre 1840 et 1940 par des Afro-Américaines anonymes. L’avocate américaine Deborah Neff a bâti en vingt-cinq ans cette collection qui propose une attachante et intrigante galerie de portraits. Chaque figurine raconte des histoires, garde secrets et confidences, révèle des fragments d’enfance.

Durant près d’un siècle, entre 1840 et 1940, des hommes et une majorité de femmes domestiques Afro-Américaines, ont conçu et fabriqué des poupées pour leurs propres enfants, ou les enfants que celles-ci gardaient.

Deborah Neff, une avocate de la Côte Est, a bâti en vingt-cinq ans la collection de ces poupées la plus ample et la plus rigoureuse qui ait jamais existé : elle a patiemment mis au jour ces 200 objets considérés jusque-là comme des artefacts domestiques indignes de mémoire, pour en constituer un ensemble dont la beauté, la richesse formelle, l’originalité – en un mot, la valeur artistique – s’imposent puissamment. S’y ajoute un fonds de 80 photographies d’époque, représentant des enfants posant avec leurs poupées entre la période de l’avant- Guerre de Sécession jusqu’au milieu du XXe siècle.

Diffusé dans l’exposition, un documentaire vidéo réalisé par Nora Philippe est accablant. Consignant des extraits de reportages de la fin du XXe siècle, le film met par exemple en scène un journaliste qui demande à des enfants afro-américains laquelle de la poupée noire ou blanche est la plus « méchante » et la plus « moche » : tous désignent systématiquement la poupée noire…

De toutes ces poupées, on sait en réalité peu de choses.

On suppose que l’objet était un jouet raciste dans un contexte où la poupée blanche dominait. Et on réalise alors que les communautés africaines-américaines eurent à cœur de créer des poupées à leur image… La collection Neff témoigne d’une pratique à la fois intime et résistante contre l’esclavage, la ségrégation et le racisme au quotidien.

Tout cela, on l’observe sur les photographies de la vie des poupées, des clichés d’époque sur lesquels les enfants les câlinent, les regardent tendrement comme les remplaçantes de leurs nounous noires ou les asservissent comme des servantes.

Formes ambigües, comme les poupées réversibles qui sont aussi posées sur des cercles translucides pendus au plafond. On les nomme topsy turvy, sans dessus-dessous : ce sont des poupées féminines à deux têtes opposées, l’une est noire, l’autre blanche « De quels jeux d’enfant, pose l’exposition, ces poupées étaient-elles les actrices ? »

Mi-noires mi-blanches, au sol leurs silhouettes en flaques sont toujours sombres. La superbe scénographie de l’exposition atteint le plus haut niveau de son pouvoir d’évocation quand elle suspend là la maternité double et l’usage binaire d’un métissage étrangement soudé.

 

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