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AÏCHA MACKY : « J’AI VOULU CHANGER LE REGARD SUR L’INFERTILITÉ »

Aïcha Macky, 35 ans, beauté Africaine aux yeux noirs perçants, ne boude pas son plaisir au moment de recevoir sa 41e récompense de la Société civile des auteurs multimédias (SCAM) qui distingue chaque année les 30 meilleurs films documentaires et les auteurs. Elle est la seule Africaine à figurer dans le palmarès 2017 des étoiles de la SCAM. Habillée au couleur de son pays le Niger, la jeune femme originaire de Zinder s’apprête à aller à la rencontre de son public à l’occasion du festival Les Étoiles de la Scam.

Grâce à son film son film « L’arbre sans fruit » qui aborde la question taboue de l’infertilité, elle remportait trois jours plutôt le prix de l’intégration au festival de Blitta au Togo. L’arbre sans fruit, c’est ainsi qu’on désigne les femmes sans enfants au Niger. Ce magnifique documentaire de 52 minutes fait immersion dans le quotidien des femmes marginalisées dans leur société, et contraintes d’endosser les problèmes d’infertilité que connaissent leurs couples. « J’ai rencontré des femmes qui m’ont dit qu’elles n’arrivaient plus à marcher normalement car elles ne se sentaient plus femmes », raconte Aïcha Macky, qui a mené des entretiens durant trois ans pour écrire son projet. « Quand je vois mes règles arriver, je considère que c’est un avortement », dit l’une d’elles dans le film. « Quand un être meurt sans descendance, on considère que sa vie n’a pas été accomplie ».

Interrogée sur son documentaire « L’Arbre sans fruit », elle affirme qu’il s’agit de son premier film professionnel après les deux premiers intitulés « Moi et ma maigreur » qui posait déjà le problème de l’acceptation de soi dans une société où la femme nigérienne veut devenir grosses pour répondre à la norme sociale, ensuite « Savoir faire le lit » qui est une étude comparative entre le Sénégal et le Niger sur la perception du corps de la femme et sur l’éducation sexuelle transmise par les parents.

Une vie familiale marquée par la perte tragique de sa mère, la perte d’une amie d’enfance pendant l’accouchement et le traumatisme vécu au sein de son propre couple, sont autant d’éléments qui l’ont convaincu sur la nécessité de cette production qui aborde un véritable problème de société. « On est des femmes incertaines ; j’ai perdu de l’assurance même dans mon foyer tellement j’ai honte de moi. » C’est le genre de témoignages qui m’ont marquée, dit-elle.

Pour la société nigérienne, une femme sans enfant n’est pas dans la norme : « Quand j’expliquais que je n’avais pas d’enfant après cinq ans de mariage, on me posait beaucoup de questions. C’est difficile car on rentre dans ton intimité. On me dit par exemple que c’est à cause de mon métier, ou on me reproche de vouloir faire comme les Occidentales. Parfois les gens me disent aussi : Tu ne veux pas avoir d’enfants pour ne pas grossir et garder la ligne. »

Avec ce succès qui dépasse de très loin ses frontières, Aïcha Macky sent désormais sur ses épaules une énorme responsabilité : Quand je vais présenter mon film dans des pays étrangers, je suis surprise, beaucoup de femmes viennent me voir pour partager leurs expériences. Je suis devenue comme une oreille amie, parfois je me demande même si je ne suis pas en train de devenir une conseillère matrimoniale ! Mon film part du singulier mais va finalement vers le général, et touche de nombreuses femmes à travers le monde.

NegroNews

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