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Xénophobie en Afrique du Sud : les étrangers témoignent

 «Un ami m’avait dit de venir parce que c’était bien et qu’il y avait des opportunités. Mais c’est trop, je veux rentrer chez moi avant la fin de l’année.»

Ces propos recueillis par Lina Rhirssi , journaliste indépendante,pour Slate.fr sont ceux de Petiros Tamire Suloro, commerçant éthiopien dont le magasin fut dévalisé le 8 septembre dernier. Il estime avoir perdu  près de 4800€ de marchandise.

Début septembre, les rues de Johannesburg et de Pretoria ont été le théâtre de violents affrontements orientés contre les populations étrangères, accusées d’être responsables du chômage et de la pauvreté. Ces événements rappellent ceux de 2008 qui ont causé la mort de 62 étrangers. Cette année,  douze personnes ont périt dont dix sud-africains  et des milliers de personnes ont dû fuir leurs habitations. La communauté internationale et certains dirigeants africains n’ont pas manqué de pointer du doigt l’inaction du gouvernement sud-africain face à cette résurgence.

Lili, 45 ans,  dont le mari travaillait pour le gouvernement congolais, a été contrainte à s’exiler avec sa famille suite au changement de régime. En Afrique du Sud, elle a le sentiment d’être constamment indexée, mise à l’écart voire en danger. «Avant je ne parlais même pas anglais. Maintenant j’ai appris, mais c’est toujours difficile. Ils parlent zoulou entre eux et je ne comprends rien. Même à l’hôpital, je leur dis que je parle anglais, ils me disent que je dois parler zoulou. Dans le bus, quand ils se rendent compte que je ne parle qu’anglais, il disent “Makwere-kwere” [terme péjoratif pour désigner les étrangers]. Alors je comprends qu’ils parlent de moi et je ne me sens pas en sécurité.»

Le théoricien et philosophe camerounais Achille Mbembe dans un discours sur la xénophobie, prononcé le 3 octobre dernier l’université de Witwatersrand à Johannesburg disait qu’il est inconcevable qu’un africain soit considéré comme étranger dans un pays africain en dépit de la souveraineté des 54 états que le continent abrite en son sein.

Des années après l’abolition de l’apartheid, la condition sociale et économique des noirs reste critique et les étrangers sont pris pour cible par des sud-Africains désabusés qui voient en eux une menace. Alors que 80% des appartient à la minorité blanche. Une étude de 2015 de l’institut national des statistiques d’Afrique du Sud a révélé que les familles noires gagnent en moyenne 6 444 euros par an ; soit cinq fois moins que les familles blanches.

Annabella Kemayou

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