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Trevor Noah : Le paria de l’apartheid devenu l’un des plus grands humoristes du monde

Trevor Noah, humoriste et présentateur sud-africain, premier ressortissant du continent à remplir le Madison Square Garden, vient d’être nominé aux Grammy Awards dans la catégorie réservée aux meilleures productions humoristiques.  Né d’une union prohibée entre un homme blanc et une femme noire ans un pays rongé par l’apartheid, peu de monde donnait cher de sa peau. Dans un milieu du stand-up sud-africain dominé par les blancs, peu de monde ont osé parier sur lui. Lui confier la tête d’un des talk show les plus suivis des Etats-Unis paraissait être une folie pour plus d’un. A chaque fois il a su défier les pronostics. Retraçons le parcours fou de celui qui est né « un crime ».

« L’enfant du crime »

C’est le 20 février 1984 que naît « le fils de Patricia » à Johannesburg, Son père Robert, suisse d’origine, il ne l’a pas bien connu, la douce vie d’une famille unie est à mille lieux de son quotidien. Dans un de ses spectacles, il raconte que sa mère devait prétendre être sa nounou lorsqu’elle se rendait dans la partie blanche de la ville pour renouer avec son amant. « Ma mère est l’une des personnes les plus « Gangsta » que vous pourriez rencontrer sur la planète. Le racisme était omniprésent, mais rien ne l’atteignait. Un jour on marchait dans la rue quand un homme de l’autre côté de la rue nous a insultés. J’avais à peu près 5 ans et j’ai demandé à ma mère ce qu’on pouvait faire contre les racistes. Elle m’a répondu : « on leur prend leur racisme et on le mélange avec l’amour de Jésus et on leur renvoie » », se souvient-il.

C’est sûrement d’elle qu’il a su tirer force, cette résilience. Un jour, raconte-il, un homme lui balance des insultes racistes alors qu’il traversait la rue. Face à sa haine, il lui adresse « salut mon frère », tout souriant. « Ma réponse l’a abasourdi. Il s’est garé et a regardé ses mains comme si elles étaient soudainement devenues noires. Il pensait passer une journée tranquille de raciste. C’était mal me connaitre. Je suis le fils de Patricia ».

Des débuts prometteurs

Pour soutenir sa mère, ses deux frères nés d’une autre union, Trevor se met à travailler très tôt, en faisant des courses pour ses camarades de classe pendant les pauses. Puis il vend des CD piratés et travaille même comme DJ pendant son adolescence. Petit à petit la passion pour la scène grandie en lui, et il décide se battre pour en vivre. Il commence à prester dans des Comedy Club, apparaît dans quelques feuilletons sud-africains et présente des émissions sportives à la radio. De quoi mettre assez de côté pour réaliser son propre spectacle à 25 ans, The Daywalker.

À quelques semaines de la première de son spectacle, le drame se produit. L’ex-mari  de sa mère, lui tire dans la cuisse et la tête parce qu’elle était sur le point de se remarier. « Pendant des années, ma mère a demandé de l’aide à la police, mais rien n’a jamais été fait. C’est une histoire trop commune en Afrique du Sud. L’affaire n’était jamais jugée », confie Trevor Noah. Fort heureusement la balle lui ressort par le nez et ne crée aucun dommage irréversible. Le beau-père de Trevor Noah sera arrêté en 2012 et condamné à 3 ans de réclusion criminelle pour tentative de meurtre.

L’humour dans une situation aussi dramatique a été salvateur : « Vous vous rendez compte. Elle est allée mieux en une semaine. Et vous savez pourquoi c’était génial ? parce que la facture de l’hôpital ne faisait que 24 000 rands (un peu plus de 1630 dollars ; ndlr) », dédramatise son fils dans l’un de ses spectacles. Alors qu’il songeait à laisser en plan son spectacle pour être à son chevet, sa mère sur son lit d’hôpital, lui lance « Et comment tu crois qu’elles vont se payer ces factures d’hôpital ? »

The Daywalker est un triomphe. Grâce à ce succès, lui ai accordé l’opportunité de présenter son premier talk-show de fin de soirée, « Tonight With Trevor Noah », diffusé sur M-Net et DsTV. Bien que tout lui sourit dans son pays natal, ce sont les étoiles américaines qui brillent dans ses yeux.

La consécration aux États-Unis

À peine avoir mis les pieds sur le sol américain, Trevor écume les petites salles de spectacle, histoire de se faire connaître, et ça marche : En 2012, il apparait dans « The Tonight Show », un talk-show diffusé sur la NBC, puis l’année suivante, dans le « Late Show with David Letterman », diffusé sur la CBS. Le sud-africain plait séduit la télévision américaine.

Quelques mois plus tard, il est le sujet du documentaire « You Laugh But It’s True » (vous riez mais c’est vrai; ndlr), qui parle raconte son spectacle et réalise d’autres spectacles. C’est en décembre 2014 qu’il foule le plateau de l’émission « The Daily Show ». Quelques mois plus tard, la chaîne Comedy Central, qui diffuse le talk-show, annonce que Trevor Noah a été choisi pour remplacer Jon Stewart, présentateur, vedette de l’émission. Mais comme c’est souvent le cas, une polémique éclate lorsque des blagues « jugées offensantes » pour les femmes, les juifs et autres communautés, postées par le sud-africain refont surface. En dépit des réactions hostile, la chaîne fait le choix de le garder « Comme de nombreux comédiens, Trevor Noah repousse les frontières, provoque et n’épargne personne ; même pas sa propre personne », communique-t-elle.

Mettre le doigt où ça fait mal c’est un peu sa marque de fabrique. L’année dernière, il déclare que l’équipe de France championne du monde est une équipe africaine parce qu’elle contient de nombreux joueurs noirs. Ces propos, qui prononcés déclenchent des réactions hostiles partout dans le monde. Finalement, il nuancera en expliquant qu’on pouvait être à la fois Français et Africain, notamment par ses origines.

Ces polémiques n’empêchent pas la star de la comédie d’aller de succès en succès. Son autobiographie « Born a Crime », publiée en 2016, est un Bestseller et sera même adaptée en film et Lupita Nyongo incarnera le rôle de Patricia, sa mère. Ses spectacles sur Netflix, le leader mondial du streaming et de la vidéo font un carton. Cette année il a rempli le Madison Square Garden et est désormais nominé aux Grammy Awards.

Malgré sa réussite fulgurante, il sait se rappeler d’où il vient. Il a créé une fondation pour aider les jeunes orphelins et enfants en difficulté de Johannesburg à obtenir les aptitudes scolaires et sociales nécessaires pour poursuivre leurs rêves.

Sans MBA ni de diplôme universitaire, Trevor Noah est la preuve vivante que la vie est notre meilleur professeur.

Annabella Kemayou

 

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