[SOCIÉTÉ] TÉMOIGNAGE D’UN GAMBIEN DE RETOUR AU PAYS

Il a du mal à dormir la nuit, depuis que le président Gambien Yahya Jammeh a annoncé l’exécution de 47 prisonniers en ce mois de septembre. Ce sont des souvenirs qui le hantent. Le jeune Gambien, qui a émigré par amour aux Pays-Bas s’était rendu aux pays pour enterrer son père. Mais là-bas, en Gambie, il a fini entre les mains de policiers corrompus. Une expérience qui l’a traumatisé à vie.

Il préfère rester anonyme. Nous l’appelons Idrissa. Chez lui, quelque part aux Pays-Bas, Idrissa écoute une radio gambienne sur Internet : Freedom Radio, ou Radio Liberté, diffusée d’un studio aux Etats-Unis. Tous les jours, 24 heures sur 24.

La situation actuelle en Gambie lui fait penser à ce qu’il a vécu il y a quelques années. Idrissa s’était rendu dans son pays natal pour enterrer son papa, qui venait de mourir.

* Tuons-le *
″12 ou 13 personnes m’ont capturé, puis frappé sans relâche. On les appelait la brigade des stups. L’un d’eux pointait un révolver contre ma tempe et disait aux autres, tuons-le et enterrons le dans notre jardin. » Ceci ne peut pas se passer en Gambie, pensait Idrissa, éspérant se réveiller à chaque moment d’un cauchemar. Mais hélas, ce n’était pas un mauvais rêve. C’était la réalité.

Le chef de la brigade a dit : « Ne fais rien ! Attache-le seulement ! » Ils ont emmené Idrissa au bureau de police. 3 minutes plus tard, un autre officier est venu, tenant dans sa main un sac plastique.

″C’était du hasch !″ se rappelle Idrissa, indigné. ″Il l’a jeté sur la table et m’a dit : nous avons trouvé cette drogue dans ta voiture. Je n’ai jamais fumé ni jamais bu. Je ne fais pas ça. Ma famille ne fait pas ça.″

* Piège *
« Je suis victime d’un piège », dit Idrissa aujourd’hui. Les hommes de la brigade auraient volé son portable et son argent, la police l’a mis en prison, où il a passé des jours sans boire ni manger..

« Je me souviens qu’un gars m’a emmené à la prison centrale. Il m’a dit : Soit nous t’enfermons pour 11 ans, soit tu paies une amende. Alors j’ai dit : je ne vais pas prendre 11 ans pour quelque chose que je n’ai pas fait ! Toute cette affaire m’a coûté la bagatelle de 8.000 euros. »

8.000 Euros pour racheter sa liberté, sans avoir commis un crime. Que se serait-il passé pour lui s’il n’avait pas pu payer ce bakchich ? Idrissa ne veut même pas y penser.

* Surveillance *
Le président gambien, Yahya Jammeh, qui est au pouvoir depuis son coup d’Etat en 1994, est accusé entre autres d’intimidation de ses opposants et de fraude électorale. Depuis le mois dernier, la communauté internationale condamne sa décision d’exécuter des prisonniers politiques.

« C’est un régime totalitaire qui règne en Gambie. La police est corrompue. Les téléphones sont écoutés. Les cafés Internet sont surveillés », dit Idrissa. Quand ils parlent de leur président, les Gambiens utilisent des dizaines de pseudonymes.

″Nous avons des noms spéciaux pour lui, comme Lamin Banjul. Quel que soit le sujet dont nous parlons, nous le faisons très précautionneusement. Certains l’appellent papy, comme papa. D’autres l’appellent Tony. Toutes sortes de noms comme ça.″

* Liberté *
Idrissa appelle son meilleur ami sur Skype. Après sa conversation, il affirme : ″Mon ami m’a dit : Raconte au journaliste exactement tout ce qui se passe en Gambie. Le monde entier devrait savoir que c’est un One man show.″

« La population gambienne entière se sent impliquée. Tous les Gambiens qui vivent à l’étranger ne sont pas vraiment heureux aujourd’hui. Regardez-moi, parler de la démocratie. Je suis libre de dire ce que je veux. Je suis libre de parler à qui je veux. C’est aussi ce que je souhaite aux gens qui vivent là-bas. »

Pour des raisons de sécurité, aucune date ni nom n’ont été mentionnés.

Source : rnw.nl

Commentaires

commentaires

Précédent «
Suivant »

Suivez-nous sur Facebook