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[SOCIÉTÉ] PRINCESS ERIKA DONNE SON AVIS SUR LE « RETOUR DE LA FRANCE RACISTE »

« Me voilà ramené à ma condition nègre. Me voilà attablé avec d’autres Noirs parce qu’ils sont noirs », écrivait récemment Harry Roselmack dans un tribune pour dénoncer le retour de « la France raciste », suite aux injures dont Christiane Taubira a été la cible. Comme de nombreuses personnalités, Princess Erika aété appelée à s’exprimer sur le sujet. Mais elle ne partage pas l’avis du journaliste. Elle témoigne ici.

J’y étais à cette table de Noirs qui ne se rencontraient que parce qu’ils étaient Noirs, comme l’a écrit Harry Roselmack dans sa tribune. Déjà, il n’y avait pas que des Noirs à cette table. Et même si certains lui étaient inconnus, nous avions tous été sollicités au même titre pour répondre collectivement aux injures faites à Christiane Taubira.

J’y étais à cette table, mais j’avais prévenu au préalable que, je ne me sentais pas insultée par une idiote raciste, décomplexée ou pas, du FN ou pas, et que face à ce genre de délit, on ne répond pas, on attaque !

« Vous n’êtes pas en Afrique sur votre baobab »

C’est ce que j’ai répété à cette table. Je n’accorde aucun crédit à ceux qui me dénigrent racialement, et ce qu’ils disent ou pensent de moi ne me définit pas.

Mes parents m’ont armée pour cela dès mon plus jeune âge parce qu’effectivement, j’étais une Noire vivant dans un pays de Blancs avec tous les risques que ça comporte. Je me rappelle mon institutrice en CE2 qui, parce que je tapais du pied en réfléchissant à mon problème de calcul, m’avait raillée ainsi :

« Mademoiselle Dobong’na, vous n’êtes pas en Afrique sous votre baobab en train de jouer du tam-tam ! »

Je me suis mise debout, à huit ans, sur ma table et j’ai hurlé et joué à la sauvage. Ma mère, convoquée, a exigé que l’institutrice soit sanctionnée. Après cela, elle ne m’a plus jamais emmerdée.

Je pense avoir été formée par mes lectures aussi, Frantz Fanon en particulier qui répète que c’est le Blanc qui crée le Nègre.

L’utilisation du racisme est politique et sociale

J’y étais à cette table, où je suis arrivée vive et énervée, parce que je savais que Christiane, brillante et fine, (je l’ai vue à Montreuil célébrer Césaire sans notes, le citant dans le texte), ne pouvait pas sérieusement s’offusquer de cette rhétorique du temps colonial. D’ailleurs, au départ, elle a gardé le silence pendant trois jours. Puis une réponse qui lui vaut d’être poursuivie… alors qu’elle était en position de force.

J’y étais à cette table pour dire que je ne voulais pas réagir sous injonction et selon une grille de lecture qui ne serait toujours pas la mienne.

J’y étais à cette table pour dire que je n’étais l’idiote utile de personne, manipulée par personne et que le FN n’avait certainement pas le monopole du racisme en France, et que l’utilisation du racisme est souvent politique et sociale. Alors ne soyons pas émotifs.

Depuis, Christiane a déploré qu’aucune belle et haute voix ne se soit levée pour la défendre. C’est vrai qu’Audrey s’est tue. J’ai vu, lu, entendu beaucoup de réactions plus ou moins heureuses. De François Morel qui insulte une enfant (sic) à Christine Angot qui ne pouvait pas parler en passant par Yann Moix…

Mais j’en ai vu de magnifiques aussi, plein sur les réseaux sociaux et dans les discussions quotidiennes. Beaucoup de réactions.

« La France ne devient pas, elle est raciste »

Hier Léonora Miano, une « compatriote » qui vient d’avoir le prix Femina, expliquait calmement à Élizabeth Lévy que la mutation est la facture à payer de la colonisation. La France blanche n’existera plus.

Dans la cour de récré de mon fils, tous les petits blancs veulent lui ressembler… C’est vrai qu’il est trop beau, mais surtout, la couleur, ils s’en foutent ! Serait-ce l’avènement de l’homme neuf ?

J’y étais à cette table pour la dernière fois. Parce qu’en définitive, la prise de parole est individuelle et l’action collective ne sert que lorsque nous sommes d’accord.

En 2005, dans son émission sur Europe 1, Daniel Schick m’avait coupée au montage lorsque, répondant à sa question suite aux émeutes « la France deviendrait elle raciste ? », j’affirmais : « La France ne devient pas, elle est raciste ».

Aujourd’hui, on ne coupe plus. Face à un racisme certainement plus décomplexé, les réactions le sont d’autant moins.

Source : leplus.nouvelobs.com

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/968277-taubira-roselmack-et-le-racisme-en-france-face-a-ce-delit-on-ne-repond-pas-on-attaque.html

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