• Accueil
  • >
  • SOCIÉTÉ
  • >
  • [SOCIÉTÉ] POURQUOI LES ÉRYTHRÉENS AFFLUENT EN EUROPE ?

[SOCIÉTÉ] POURQUOI LES ÉRYTHRÉENS AFFLUENT EN EUROPE ?

Afin d’échapper à un régime despotique, un nombre croissant de migrants érythréens arrivent en Europe après avoir traversé l’Afrique. Explications.

La tragédie de Lampedusa avait déjà attiré l’attention sur leur sort. Cette année, les réfugiés érythréens représentent la majeure partie des migrants illégaux arrivés en Italie. Ils sont aujourd’hui de plus en plus nombreux à venir trouver refuge ou à transiter par l’Hexagone. Le phénomène a pris une ampleur inédite ces derniers mois, au point de justifier une réunion de crise au ministère de l’Intérieur, comme l’a révélé ce mardi Le Figaro .

• D’où viennent ces migrants?

Située dans la Corne de l’Afrique, l’Érythrée est un pays jeune, qui compte quelque 6 millions d’habitants. L’indépendance de cet État remonte tout juste à 1993. Celle-ci a été a acquise au terme d’un conflit qui aura duré plus de trente ans contre le voisin éthiopien. Depuis cette date, le pays est gouverné par le même homme: Asaias Afeworki, l’ancien chef des indépendantistes. De plus, cette région du monde est particulièrement instable. Un conflit larvé oppose toujours l’Éthiopie à l’Érythrée. Celle-ci s’est aussi mise à dos la quasi-totalité de ses autres voisins, en soutenant les rébellions en Somalie et au Soudan. Pour cette raison, Asmara est d’ailleurs soumis à des sanctions de la part de l’ONU.

• Pourquoi fuient-ils leur pays?

De libérateur du pays, Asaias Afeworki s’est rapidement transformé en despote paranoïaque. L’Érythrée est à présent, avec la Corée du Nord, l’un des régimes les plus fermés du monde. «La situation a même empiré au cours des deux dernières années après un coup d’État raté», explique le journaliste Léonard Vincent, auteur d’un livre sur le sujet*. Le pays est quasiment devenu une prison à ciel ouvert. Selon Amnesty International, l’Érythrée comptait au bas mot 10.000 prisonniers politiques, détenus dans «des conditions atroces, inimaginables». Par ailleurs, pour bon nombre de majeurs qui souhaitent éviter une conscription obligatoire et dont la durée est aléatoire, l’exil est l’unique espoir d’avenir. «C’en est quasiment devenu un rite initiatique pour les jeunes», ajoute Léonard Vincent. En dix ans, 305.000 Érythréens ont ainsi pris la fuite, affirme l’agence des Nations unies pour les réfugiés.

• Quelles routes empruntent-ils?

Pour quitter leur pays, les candidats à l’exil devront affronter tous les périls, et en premier lieu le franchissement de la frontière. Cette ancienne zone de conflit, parsemée de barbelés et de mines, est toujours gardée par l’armée, qui a pour ordre de tirer à vue. S’ils ne sont pas tués, les contrevenants, accusés de trahison, encourent au mieux plusieurs années de prison. De l’autre côté, ce sont les camps de réfugiés qui les attendent. Plus de 200.000 Érythréens s’y entassent déjà, répartis entre le Soudan et l’Éthiopie, le tout sans espoir d’obtenir un visa. Beaucoup choisissent donc de reprendre la route. Pour cela, il faut traverser le désert dans des camions surchargés. Direction la Libye. Là, la situation qui les attend n’est guère meilleure: viol, travaux forcés, détention…

Quelle est leur destination finale?

«Pour bon nombre d’entre eux, l’Europe n’est pas une destination au départ, relate Jean-François Dubost, responsable du programme Personnes déracinées à Amnesty international France. Ils mettent souvent plusieurs années avant d’arriver, et c’est davantage les conditions dans le premier pays d’accueil qui déterminent la suite de leur parcours.» Israël a un temps semblé une alternative. Une importante part d’Érythréens y séjournent. Ils constituent de loin le premier contingent de demandeurs d’asile. Leur situation reste pourtant très précaire. Mais, depuis 2012, Benyamin Nétanyahou a considérablement durci les conditions d’accueil, allant même jusqu’à envisager une reconduite dans le pays d’origine et à les envoyer dans un pays tiers. De plus, la route égyptienne est devenue extrêmement dangereuse, sans parler des preneurs d’otages et trafiquants qui les attendent dans le Sinaï. «Dans ces conditions, la route vers l’Europe est redevenue principale», conclut Amnesty International dans un dossier daté du mois de mai.

Commentaires

commentaires

Précédent «
Suivant »

Suivez-nous sur Facebook