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[ACTUALITÉ] MAROC : IL PASSE 43 JOURS BLOQUÉ DANS UN AÉROPORT

On pourrait croire à une mauvaise reprise du film « Le Terminal », dont le « héros » incarné par Tom Hanks est contraint de vivre dans un aéroport de New York faute d’autorisation de sortie. Mais la situation de Kokoba de Jacques, réfugié ivoirien, n’a rien d’une fiction. Il est actuellement coincé dans la zone de transit de l’aéroport international de Casablanca car la police marocaine lui refuse l’entrée sur son territoire.
Depuis le 11 février dernier, Kokoba de Jacques dort dans la zone de transit de l’aéroport Mohamed V de Casablanca, deuxième ville du pays. Installé dans le royaume depuis 2012, cet Ivoirien a quitté son pays en pleine crise post-électorale. Après un périple de plusieurs mois, il finit sa course au Maroc, encouragés par des compatriotes qui l’ont aidé à plaider sa cause auprès du Haut commissariat pour les réfugiés (HCR). Demandeur d’asile inscrit auprès de l’agence onusienne depuis février 2012, Jacques s’est adressé à la préfecture de Casablanca, fin janvier dernier, pour demander une autorisation de quitter le territoire qui lui a été accordée. Mais à son retour d’un séjour de quatre jours en Mauritanie, la police des frontières refuse de le laisser passer.
Kokoba de Jacques dans la salle d’attente de la zone de transit de l’aéroport de Casablanca.

« Les policiers de l’aéroport m’ont dit que c’était une erreur d’avoir traîné la DGSN devant la justice »

Officiellement, la police me demande de justifier d’un lieu de résidence et de ressources avant de me laisser rentrer au Maroc. Or je vis à Casablanca avec ma fiancée qui m’héberge, j’ai même un document de la mairie qui en atteste. Quant aux ressources, je travaille, certes au noir, dans un centre d’appels, mais j’ai de quoi vivre sans être entretenu, et j’ai aussi les revenus de ma compagne qui avait officiellement déclaré me prendre en charge. De plus, même en tant qu’Ivoirien, et sans bénéficier d’une carte HCR, j’ai le droit de résider au Maroc pendant trois mois sans titre de séjour. Dans tous les cas, la police des frontières a vraiment fait de l’excès de zèle.
Face à cette situation, mes proches ont contacté le HCR qui m’a fourni une avocate. Elle a porté l’affaire devant la justice marocaine qui a tranché en ma faveur, début mars [FRANCE 24 a eu une copie du jugement du tribunal administratif de Casablanca, NDLR]. Mais rien n’y fait, je suis toujours bloqué ici. On me dit qu’on attend l’autorisation de la direction générale de la sûreté nationale (DGSN) pour me laisser passer.
Comme précisé sur ce document, le Maroc n’a pas le droit de renvoyer le ressortissant ivoirien dans son pays car il bénéficie de la protection internationale du UNHCR.
« Je n’ai pas pris de douche depuis un mois et demi »

En attendant, j’essaye de tuer le temps comme je peux ici. À mon arrivée, j’avais une centaine d’euros sur moi que j’ai dépensés pour des repas chauds. Comme il n’y a pas de restaurants en zone de transit, ce sont les policiers qui allaient m’acheter quelque chose à manger dans la zone de départ ou d’arrivée. J’avoue qu’ils se sont montrés très humains. Comme je n’ai plus de quoi manger depuis une quinzaine de jours, ils m’apportent quotidiennement du pain et du fromage. Mais il est difficile de vivre sans même pouvoir se changer, car je n’ai même pas pu récupérer mes bagages, ni prendre une douche depuis un mois et demi. Je me lave comme je peux dans les toilettes mais j’ai honte de me présenter comme cela devant les voyageurs en transit. Certains sont intrigués de me voir installé dans cet espace, au milieu de mes affaires, alors je leur raconte mon histoire. Parfois, ils acceptent de me prendre en photo pour m’aider à faire parler de ma situation. Le reste du temps, je le passe sur mon ordinateur pour garder contact avec mes proches ou j’erre dans les couloirs de la zone. Et le soir venu, je m’aménage un petit coin pour dormir. Les premiers temps, je me couchais sur les chaises métalliques que je poussais contre un mur. Ensuite j’ai pu récupérer quelques cartons. J’ai étalé dessus une couverture avec laquelle j’ai voyagé dans l’avion et c’est désormais mon lit.
Kokoba de Jacques mangeant son sandwich du jour.
Kokoba de Jacques dormant sur les chaises de la salle d’attente.
Et par la suite sur les cartons…
Plusieurs policiers de l’aéroport m’ont dit que c’était une erreur de ma part d’avoir fait appel à la justice. Selon eux, la DGSN va prendre cela pour un affront personnel et ne me laissera entrer au Maroc que quand bon lui semblera. Malheureusement, le racisme est une réalité ici, même lorsqu’on s’estime protégé par son statut. Rien de tout cela ne serait arrivé si je n’avais pas été subsaharien.
Le racisme contre les ressortissants subsahariens est une réalité au Maroc. Depuis le 21 mars, date de la journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale, il y a au Maroc une campagne intitulée « Ma smitich ezzi » (« Je ne m’appelle pas ‘le noir’ « ), menée par le collectif « Papiers pour tous » et qui vise à lutter contre les actes racistes dans le royaume.
Source : Sarra Grira

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