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[SOCIÉTÉ] LES ALBINOS : DE SOUFFRE-DOULEURS À STARS DES PODIUMS

Un reportage de la BBC consacré à un mannequin albinos qui a défilé fin octobre pendant la fashion week d’Afrique du sud m’a donné envie d’aller creuser cette tendance. En jeu, la reconnaissance d’une forme de beauté atypique par les acteurs de la mode. Mais aussi, un moyen de lutter contre la stigmatisation, parfois la persécution, dont sont victimes les personnes touchées par cette maladie génétique.

Comme tous les mannequins, Diandra Forrest est une grande perche rachitique à l’allure de gazelle. Pourtant, à 23 ans, c’est bien parce qu’elle sait faire la différence que cette afro-américaine cumule les contrats avec les agences pour supermodèles : Élite à New York et Ford à Paris. Même si elle a les traits d’une africaine, sa peau est dépourvue de pigments. En outre, sa vue est tellement faible qu’elle est exposée au risque de devenir aveugle. Comme elle, environ une personne sur 20.000 est atteinte d’albinisme, principalement en Afrique du Sud, en Tanzanie et au Zimbabwe. Mais c’est dans les rues du Bronx, son quartier natal, qu’elle est « castée » alors qu’elle est encore au lycée. Cette opportunité lui permet de passer du statut de vilain petit canard martyrisé par ses camarades de classe à égérie pour Vivienne Westwood et invitée dans un clip de Kayne West (« Power »).

C’est un conte de fée similaire que vit l’Afro-Américain Shaun Ross. Tout démarre en 2008 lorsque l’une des vidéos qu’il poste sur Youtube est repérée par un chasseur de tête. Quelques mois plus tard, ses dix-sept bougies à peine soufflées, il a déjà droit à son portrait par le New York Times. Lui aussi a grandi dans le Bronx et lui aussi a dû supporter toute son enfance une série de subtils quolibets, allant de Casper à Tippex (« White-out »), « et d’autres que vous ne voudriez même pas entendre », précise-t-il pudiquement au quotidien américain. Cette époque doit cependant lui sembler lointaine depuis qu’il est devenu la coqueluche des séries mode des magazines, d‘I-D au Vogue italien, et des popstars comme Katy Perry et Beyoncé.

Même si la presse aime parfois les présenter comme les premiers mannequins albinos, Diandra et Shaun ne sont pas les précurseurs. La première à avoir arpenté le podium d’un grand créateur est Connie Chiu. En 1994, Jean-Paul Gaultier fait défiler cette mannequin d’origine Chinoise forcée d’immigrer en Suède pour ne pas avoir à trop souffrir la lumière du jour. Plus récemment, Givenchy a utilisé un physique similaire pour sa campagne printemps-été 2011. Riccardo Tisci s’était en effet tourné vers le top Stephen Thompson, qui a affirmé au New York Magazine que ses « gènes sont rebelles » parce qu’ils ont décidé de le doter d’un physique hors du commun.

Loin du cliché « soit beau et tais-toi », on demande ainsi à ces modèles de réagir sur leur singularité. Au pays du story telling, plus exactement sur le plateau du Tyra Banks show, Shaun et Diandra ont évoqué leurs années de persécution scolaire, comprenant notamment pour Shaun des épisodes de maltraitance physique. Mais au-delà de la violence du bizutage, il est aussi question d’éduquer les gens à la différence. Aux États-Unis, mais aussi en Afrique puisque c’est le continent qui concentre le plus de personnes à la peau dépigmentée. Le travail de top sud-africaines comme Thando Hoppa, dont le Guardian vient de dédier un portrait, ou de Refilwe Modiselle qui a grandi à Soweto, le quartier symbole de la ségrégation noire du temps de l’apartheid, est donc un outil pour faire évoluer les mentalités.

Mais il faudra certainement un peu de temps avant que l’aura de toutes ces nouvelles icônes de beauté n’atteigne les régions les plus reculées de Tanzanie. Selon l’ONG Under the same sun, 71 individus touchés par cette déficience génétique y auraient été tués entre 2006 et 2012 et 31 autres auraient survécus à des attaques à la machette. Une croyance persiste dans ce pays selon laquelle les albinos seraient investis de pouvoirs magiques, pour cette raison il faudrait utiliser certaines parties de leur corps comme « ingrédients » pour mener à bien un rituel de sorcellerie qui protège la santé.

La réalité de cette sordide chasse à l’homme est évidemment très éloignée de l’univers glamour des podiums. Autrement dit, le rôle de la mode est plus de faire rêver que de militer contre la misère du monde en se lançant dans l’humanitaire (même si servir une bonne cause constitue un excellent argument marketing). Il n’en reste pas moins que choisir de faire défiler un top albinos lors de la semaine des défilés sud-africaine, comme l’a fait a créatrice Jacob Kimmie avec Diandra Forrest, est plus qu’un choix esthétique. C’est un acte politique.

Source : lexpress.fr

Image d’illustration : Les mannequins Shaun Ross et Diandra Forrest.

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