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[SOCIÉTÉ] LE RÉCIT D’UN IMMIGRÉ CAMEROUNAIS EN BELGIQUE

« Fuir l’insécurité et la misère au Cameroun », aurait-on pu titrer cyniquement. Elombo est Camerounais. Il a dû fuir son pays, il y a deux ans. Aujourd’hui en centre fermé de Merksplas, il doit être renvoyé en Espagne, en application d’un règlement européen appelé « Dublin II ». Il nous racconte son parcours. Une histoire extraordinaire… q

ue vivent pourtant de nombreux migrants. Au bord des pistes de l’aéroport de Zaventem, Elombo nous raconte son histoire. Il est tout jeune et semble un peu perdu, enfermé dans ce centre fermé 127 bis que les coups de peinture vive n’égayent pas vraiment. A seulement 19 ans, il semble avoir tout vécu. Du Cameroun à la Belgique, son voyage a duré plus de deux ans. Le conduisant au Maroc puis en Espagne.

Aujourd’hui, Elombo est en Belgique. Il voudrait « vivre ici paisiblement, jouer au foot ». Il s’est d’ailleurs inscrit dans un petit club. Mais ce qui l’attend, c’est l’expulsion. Enfin, disons plutôt le « transfert » vers l’Espagne. Car s’il est aujourd’hui détenu, c’est que le règlement européen dit «Dublin II » doit lui être appliqué. Selon ce règlement, un demandeur d’asile qui arrive en Belgique après avoir traversé un autre Etat européen, ici l’Espagne, devra être renvoyé dans cet Etat, qui aura la charge d’examiner le bien-fondé de sa demande.

« Tout ce que je vois ici, l’asile, le règlement Dublin, je ne savais pas tout ça. Tout ce que j’essaie c’est de me sauver moi-même », lâche Elombo, le regard sombre.

« Ils brûlent les tentes, il y a des blessés »

Pour Elombo, tout a commencé en 2010. Il préfère ne pas dévoiler les graves difficultés qui l’ont poussé à quitter « son petit village ». Ce qu’il confie, c’est qu’il devait partir pour « sauver sa peau ». Pas d’autre choix. A 17 ans, il s’esquive en direction du Maroc où il retrouve une forte communauté camerounaise rêvant de se rendre en Europe. Le souvenir de ces deux années passées au Maroc est douloureux. Il y était coincé. Ne pouvant revenir au Cameroun et attendant très longtemps un possible passage vers l’Europe. Certains de ces amis y sont morts.

Il se souvient des premiers temps à Oujda. Cette ville proche de l’Algérie, non loin de la mer, est depuis des années un lieu de regroupement informel de migrants, réunis dans des campements de fortune. « Je vivais à l’intérieur du domaine de la fac de Oujda. Une partie des clandestins vivait là, une autre dans la forêt. Il y avait des tentes en plastiques un peu partout. Les gens attendent pour passer (vers l’Europe). Certains mendient. Tout le monde se débrouille. »

Un compatriote d’Elombo lui donne un peu d’aide. Mais à la mort de ce dernier, tout devient plus dur. « Même dans la fac, la police débarque, témoigne-t-il. Ils nous attrapent, cassent des pieds et des jambes. Ils brûlent les tentes. Il y a des blessés. Et puis on te jette à la frontière avec l’Algérie. Si tu es attrapé par les gardes algériens, ils te jettent dans le désert. Dans ce cas, tu marches deux ou trois jours pour gagner la ville la plus proche et tu dois y rester, faire des manœuvres, travailler pour gagner de quoi revenir à Oujda, ça m’est arrivé une fois. »

Alors qu’AElombo rentre d’Algérie, il décide de tenter le passage vers l’Europe par un autre chemin. Direction Al Hoceima, non loin de l’enclave espagnole de Melilla. Là aussi, les migrants vivotent dans les forêts alentours, guettant le moment propice au passage. Une attente de plusieurs mois pendant lesquels il rencontre d’autres migrants qui, pour certains, deviendront ses amis. Des journées interminables où il fallut aussi apprendre à esquiver, à se méfier pour passer entre les gouttes des terribles violences entre migrants et du racisme des habitants.

Elombo sur le rivage

Puis vient le jour du passage vers le nord. Fin 2011. Un groupe de migrants suit un passeur. Escaladent une montagne. S’entassent dans une fourgonnette. « Certains tombent, personne ne les regarde », se souvient Elombo. La fourgonnette s’arrête. Il y a la mer et, en face, au loin, l’Espagne. D’après Elombo, des garde-côtes marocains sont là, de mèche avec les passeurs. Ils laissent faire.

Tout le monde attend sur le rivage. Elombo fait partie d’un groupe de 46 migrants. Il aperçoit la lumière d’une lampe-torche. Deux coups secs. C’est le signal. Le passeur demande aux migrants, un à un, de nager jusqu’au Zodiac où les attend un « capitaine » sénégalais.

Le voyage ne se passe pas comme prévu. Le Zodiac tombe en panne, se dégonfle peu à peu. Les 46 migrants sont à la dérive, pendant deux jours. Un navire les repère. Et puis s’en va. « Il y avait des enfants, une jeune femme enceinte sur le bateau. Tout le monde avait peur, tout le monde pleurait », raconte Elombo. C’est après de longues heures d’attente que vint la délivrance. Un bateau de la Croix-Rouge qui les récupérera. Direction l’Espagne.

D’abord l’Andalousie, dans une cellule, pendant trois jours. Puis Barcelone, dans un centre fermé durant trois semaines. Ses compagnons de galère sortent un à un. Il fait partie du dernier groupe à profiter de l’air libre. « A la sortie du centre, des ONG sont venues nous chercher. Ils nous ont emmenés à l’hôtel. Ils nous ont dit ‘vous serez hébergés 15 jours. L’Espagne est en crise, on ne peut pas faire plus’. Et j’ai vu tous ces Africains qui survivaient en mangeant dans les poubelles. » Les 15 jours passent. Elombo prend le billet de 50 euros que l’ONG lui tend et quitte l’Espagne avec un ami ivoirien. Ce dernier part en Belgique rejoindre son frère.

A Bruxelles : dormir dans les gares

C’est ainsi qu’Elombo s’est retrouvé à Bruxelles, fin décembre 2011. Il se souvient de sa première nuit à la rue. « C’était le 26 décembre, à la gare du nord. » Le frère de son ami ivoirien ne pouvant pas l’héberger, Alpha cherche une solution. Il débarque en Belgique au moment où la crise de l’accueil bat son plein. Le nombre de places est limité. A l’Office des étrangers, dans les services communaux ou chez Fédasil, on lui donne des informations contradictoires. « A l’Office des étrangers on m’a même dit d’aller rue du Brabant, car il y a plein de Guinéens. » Puis les semaines passent entre nuits dans les gares et squat à Liège. Il finit par trouver une place d’accueil dans un centre ouvert, en Wallonie, où il commence à trouver un peu de quiétude.

C’était sans compter sur « Dublin II ». Alpha est bien passé par l’Espagne, c’est incontestable. C’est donc en Espagne qu’il devra se rendre pour qu’on examine sa demande d’asile. « J’ai eu rendez-vous à l’Office des étrangers. J’y suis allé. J’ai été appelé dans un bureau. Il y avait la police on m’a fait signer un papier et on m’a amené au centre fermé pour me renvoyer », glisse-t-il, hagard.

L’Espagne, il connait. « Après tout ce que j’ai vécu, je ne souhaite pas vraiment y aller, je n’y serais pas bien accueilli, ça ne se passe pas bien là-bas. Ce que je veux c’est vivre paisiblement. »

Pour Elombo, ce voyage n’en finit pas.

Source : Camer.be

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