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[SOCIÉTÉ] INSULTE, CRACHATS ET EXCRÉMENTS : J’ÉTAIS MISS FRANCE 2000 ET J’AI AUSSI SUBI LE RACISME

LE PLUS. C’est Flora Coquerel, une jeune métisse de 19 ans, qui a été élue Miss France 2014 samedi à Dijon. Une élection quelque peu gâchée par de multiples commentaires racistes sur internet. En 2000, Sonia Rolland, elle aussi franco-africaine, avait été élue Miss France. Avait-elle également été la cible d’attaques ? Pour le Plus, elle revient sur son parcours.

Pour tout avouer, je suis surprise que l’on s’étonne encore de lire de telles réactions racistes, même si elles sont consternantes… C’est prévisible que les gens s’expriment ainsi, même s’ils ne sont qu’une minorité (fort heureusement).

Quand j’ai été élue Miss France en 2000, il n’y avait pas de réseaux sociaux. Pourtant, j’ai reçu environ 2700 lettres d’insultes, d’ailleurs j’en ai publié quelques-unes dans mon livre « Les gazelles n’ont pas peur du noir ». Je suis au regret de vous apprendre que ceux qui insultent Flora Coquerel existaient déjà à mon époque…

Je me souviens d’une enveloppe qui contenait des excréments, assortis d’un petit mot : « Voilà ce que tu m’évoques quand je te vois à la télé. » J’ai eu des crottes ramassées dans la rue sur mon paillasson, des crachats sur ma porte. On a aussi déchiré la toile de ma voiture après y avoir écrit « négresse » en énorme… J’avais 18 ans, ça a été très violent.

J’ai choisi de me taire

À l’époque, bouleversée par tout ça, Geneviève de Fontenay voulait absolument qu’on en parle. Elle-même recevait des messages lui disant que je ne représentais pas la France. J’ai refusé qu’on en fasse une histoire. Je pensais que ça risquait de mettre en péril l’image de Miss France. Je ne voulais pas donner de l’importance à une poignée d’ignorants racistes alors que ceux qui m’avaient élue étaient justement assez ouverts pour élire une métisse franco-rwandaise.

Par-dessus tout, je ne voulais pas me mettre en position victimaire pendant mon année de Miss. J’ai fait le tour de la France pendant un an et j’ai été confortée dans l’idée inverse : la France n’est pas raciste.

Devenir Miss France m’a empêchée de basculer dans la haine

Récemment, à l’élection de Miss France, j’ai choisi d’exprimer mon amour à la Bourgogne et de souligner l’audace qu’elle a eu de me choisir pour la représenter à Miss France. On me l’a beaucoup reproché, m’accusant d’attiser la haine ou d’être moi même raciste. Je ne comprends pas… Je ne sais pas quoi répondre aux détracteurs, des deux côtés.

C’est un fait : je suis issue de deux cultures et je ne veux en renier aucune. Chez moi, il n’y a pas de culture dominante. Mais j’ai eu de la chance, j’aurais pu basculer de l’autre côté.

Il faut se mettre à la place de ces gamins qui grandissent avec le délit de faciès quotidiennement, à qui on demande de choisir une culture et qui finissent par se sentir chez eux nulle part. Lorsqu’on fait les frais du racisme au quotidien, qu’on vit dans un milieu défavorisé, qu’on subit tout comme les autres les difficultés d’une crise, du chômage et qu’en plus on vous reproche d’en être la cause, il est difficile de ne pas basculer dans la haine inverse.

Miss France m’a offert l’occasion de voir autre chose et de sortir de ce schéma. Mais les jeunes que je rencontre sont encore dans ce questionnement permanent : « Pourquoi on ne nous accepte pas ? » En parlant de « on », ils reproduisent les mêmes amalgames. J’essaye de leur apprendre les nuances, car en tant que femme métisse, j’ai appris l’importance de la nuance.

On ne naît pas raciste, on le devient

J’ai conscience que c’est difficile à comprendre pour des gens qui n’ont pas mon vécu et c’est pour ça que je n’en veux à personne. Je pense profondément qu’on apprend la haine. C’est d’ailleurs ce que disait Nelson Mandela… Je suis prête à discuter avec un raciste pour essayer de comprendre ce qui s’est passé dans sa vie pour qu’il en arrive là. Car on ne naît pas raciste, on le devient.

L’être humain passe son temps à rechercher un bouc émissaire pour tous ses maux et depuis toujours, c’est l’autre, l’étranger.

La seule chose que je déplore vraiment, c’est qu’on prenne à la légère le fait qu’une personne soit insultée pour sa différence, que ce soit une femme, une personne handicapée, ou noire… Tout est une question d’éducation. Je me sens extrêmement privilégiée de ce point de vue-là car mes parents m’ont appris l’analyse et le discernement.

On ne peut pas mettre un pansement sur une fracture ouverte

Avant que l’on connaisse l’identité du « tireur de ‘Libération' », quelqu’un m’avait dit : « J’espère que ce n’est pas un arabe, sinon ça va faire monter les courbes de Marine Le Pen. » C’est triste qu’on en arrive à penser ce genre de choses. Il est primordial de rétablir la confiance en soi chez les gens, mais on ne peut pas mettre un pansement sur une fracture ouverte.

Le racisme, je l’ai toujours vécu mais je n’ai jamais ressenti autant de crispations autour de ce mot.

Lorsque je dis que je suis choquée lorsqu’une grande marque commercialise un bijou « Style esclave », on me taxe de communautarisme. Quand je dis que j’aime la France, on me traite de vendue. Alors j’ai choisi de garder ma ligne : je ne fais pas attention à ce qu’on va dire de moi.

Mais finalement, nous allons dans le bon sens. Nous avons une ministre de la Justice noire, des députés noirs, maghrébins, asiatiques, une Miss France métisse… Il y a encore des choses à faire dans bien des domaines et la France devrait mettre en avant sa diversité de manière plus systématique. Plus il y aura d’exemples et de valorisations, plus les esprits s’apaiseront.

Ce sont les gens éduqués qui me font peur, pas les ignorants

Mais je n’ai pas peur des gens mal éduqués ou ignorants. Ceux qui m’inquiètent, ce sont les penseurs qui attisent la haine, ce sont les médias qui fustigent les immigrés ou les Roms, sans aucun sens des responsabilités. Il faudrait d’urgence changer de discours ou ne pas s’étonner des dérapages.
Quand j’ai été insultée, est-ce que j’ai eu raison de me taire ? C’est difficile à dire. C’était une époque sans relais aussi puissants que les réseaux sociaux… donc il ne fallait surtout pas leur offrir une tribune. Après réflexion, en me taisant, j’ai peut-être laissé des gamins être éduqués par des parents racistes… Si tout le monde se taisait, aucun enfant ne pourrait se relever de ce genre d’éducation.

Tout ce que je conseillerais à la jeune Flora, c’est de ne pas prêter attention à ces commentaires racistes qui circulent et de profiter de ce que va lui offrir son année de Miss. Elle n’a pas à s’excuser d’être Française juste parce qu’elle est métisse.

Tout comme elle, je suis fière de revendiquer une France cosmopolite et c’est tout le mal que je souhaite à mon pays.

Propos recueillis par Louise Pothier.

source: http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1044317-insultes-crachats-et-excrements-j-etais-miss-france-2000-et-j-ai-aussi-subi-le-racisme.html

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