[SOCIÉTÉ] GUADELOUPE : LE NOMBRE D’HOMICIDES EXPLOSE

A force de braquer l’essentiel des projecteurs sur les règlements de compte à Marseille (Bouches-du-Rhône), l’explosion de la délinquance en Guadeloupe passerait inaperçue. Si ce n’était la lettre adressée au Premier ministre, attendu ce jeudi sur l’île après un court passage en Martinique, et envoyée il y a dix jours par le député-maire des Abymes, Eric Jalton (PS). Dans un sursaut de désespoir, l’élu local constate que «la Guadeloupe bat tous les records nationaux… Pire que Marseille et dans une quasi indifférence des médias nationaux et des autorités centrales».

Depuis janvier 2013, le nombre d’homicides sur l’île oscille entre 19 et 23, selon les sources, contre onze à Marseille. Les observateurs de l’île constatent un «pic de meurtres» cette année. «De mémoire de Guadeloupéen, on n’a jamais vu ça», commente Christian Klock, secrétaire départemental d’Unsa-Police, contacté par 20 Minutes. Le nombre de braquages et de vols à main armée augmente aussi: 339 en 2011, 460 en 2012. «En Guadeloupe, le phénomène de délinquance d’appropriation immédiate est très inquiétant. Les jeunes, souvent désœuvrés, ont envie de consommer tout et tout de suite», poursuit le syndicaliste.

Hausse de 26% des violences physiques crapuleuses

Selon les chiffres communiqués par l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP), le nombre de violences physiques crapuleuses (règlements de comptes entre malfaiteurs, vols à main armée, vols violents…) est passé de 664 faits constatés sur les cinq premiers mois de l’année 2012 à 837 sur la même période en 2013. Soit une augmentation de 26%.

Le meurtre d’un jeune homme, froidement tué à la marina de Pointe-à-Pitre à coups de fusil pour un banal compliment glissé à une fille à la sortie d’une discothèque, a ému les Guadeloupéens. Les amis et proches de la victime espèrent d’ailleurs provoquer un électrochoc contre la violence et organisent une marche blanche le dimanche 30 juin.

La circulation des armes et les trafics de drogue sont pointés sur l’île comme la cause de la dégradation de la sécurité. «Les côtes ne sont pas assez bien surveillées. Il y a des arrivages d’armes et de drogue. Nous le savons, mais nous n’avons pas les moyens d’agir», explique à 20 Minutes un policier affecté à une brigade anti-criminalité (BAC) sur l’île.

«La ZSP ne nous a rien apporté»

Eric Jalton, l’élu socialiste qui a alerté le Premier ministre, compte sur la brève visite de Jean-Marc Ayrault pour que «nos populations se sentent comprises». «La drogue, les armes… Tout cela relève de la compétence de l’Etat qui doit jouer son rôle de garant de la sécurité. Mais ils s’en fichent pas mal. Il n’y a pas de budget, alors qu’il faudrait davantage de policiers», commente la sociologue guadeloupéenne Patricia Braflan-Trobo, sceptique quant à la promesse d’«un changement rapide».

Une zone de sécurité prioritaire a pourtant été installée à l’été 2012 aux Abymes et à Pointe-à-Pitre. Mais aucun effectif supplémentaire n’est venu renforcer les équipes. «La ZSP ne nous a rien apporté. Un commissariat va encore fermer. Le dimanche, il n’y a qu’une seule patrouille opérationnelle pour tout le secteur [100.000 habitants]», s’inquiète Christian Klock, d’Unsa-Police.

La Guadeloupe est confrontée aux problèmes du chômage, comme les autres territoires d’outre-mer. Le taux oscille entre 20 et 30% et atteint 60% chez les moins de 25 ans.

Source : 20 minutes

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