SÉWA SOUROU, L’HOMME QUI LANCE UNE LIQUEUR THÉRAPEUTIQUE

Une liqueur étant une boisson spiritueuse résultant d’un alcoolat et dont la consommation peut procurer une certaine sensation, Séwa Sourou, ce béninois de la trentaine ajoute sa touche personnelle à l’alcool, en ne le réduisant plus à ce truc « qui ne sert qu’à se bourrer la gueule », mais plutôt à un vrai produit agroalimentaire avec des effets thérapeutiques et dont la consommation (modérée bien sûr) peut aider à prévenir la santé contre plusieurs maladies. Qan’Flan est le nom de cette merveille. Un petit entretien avec le jeune entrepreneur nous a permis de mieux comprendre son projet.

Que signifie Qan’Flan ?

Chez moi au Bénin (même si je préfère Danxomè, le vieux nom de mon pays), en langue Fon, on dit souvent Qan’Flan à quelqu’un à qui on est sur le point de dire une vérité qui choque. Donc en français, Qan’Flan veut dire « sauf votre respect » ce qui est en même temps le slogan du produit.

Racontez nous un peu l’histoire de Qan’Flan.

L’histoire de Qan’Flan commence depuis une quinzaine d’années. Mon père recevait souvent ses invités avec une composition spéciale de boisson, qu’il préparait lui-même et que ces derniers appréciaient beaucoup. Un jour j’organisai aussi une petite fête chez moi en invitant cette fois ci, mes amis à moi, tout en prenant soin de concocter 2 bons litres de ladite boisson dont j’avais entre temps soutiré la recette à mon père. Mais pour vérifier l’appréciation de ma boisson auprès de mes invités, je la mis en concurrence avec d’autres liqueurs importées et me suis donc empressé de servir en premier la mienne. Pour la suite, le service était libre, mais à ma grande surprise, mes amis n’ont presque pas touché aux autres liqueurs et se sont tous rués sur le local jusqu’à la dernière goûte. C’est donc à partir de ce jour que, j’ai eu la confirmation que je serai bientôt le promoteur d’une des liqueurs les plus consommées de la planète. Je mis donc rapidement chez moi un petit laboratoire de distillation et fis une petite formation dans le domaine en accompagnant tout cela de recherches, pour plus perfectionner le produit en y ajoutant surtout son coté “thérapie préventive”.

Parlant  Justement de thérapie préventive, à quoi peut-on s’attendre quand vous dites que votre liqueur est thérapeutique ?

Oui Qan’Flan, à la différence de beaucoup d’autres liqueurs, est une boisson qui fait d’une pierre, plusieurs coups, car en dehors de la sensation habituelle que peut procurer tout alcool, les ingrédients qui la composent et qui sont 100% naturels dont la « racine de bonduc », ont de forts effets de prévention contre plusieurs maladies, notamment les maux ayant rapport avec la prostate. Elle a un gout agréable (sucré et amer en même temps), avec une contenance de 70cl, un volume d’alcool de 40 %, et est disponible en deux parfums (soft et hard). Elle est naturellement appréciée par tous ceux qui s’en sont déjà procurés Et ne coûte que 5.000 fcfa, soit 8€.

Qan’Flan est un nouveau produit et béninois, est il déjà sur les marchés extérieurs ?

 Le produit est Présent uniquement sur le marché béninois pour le moment. Cependant, de grosses commandes ont déjà été faites par plusieurs pays de part le monde entier.

Le produit est distribué par l’entreprise kama kÖji dont vous êtes en même temps le patron, dites nous en bref, les diverses activités de cette structure.

Kama kÖji est une entreprise de production et de distribution en agrobusiness, elle a aussi à son actif d’autres activités parallèles comme ,une ligne de vêtements africains, la vente et location de voitures, l’immobilier, le home pressing, le home coaching sportif, une structure de mutuel financier et d’autres.

Quels sont les projets à court et à long terme pour Kama KÖji ? 

 Le premier objectif de Kama kÖji, c’est de faire de Qan’Flan un produit qui sera connu et consommé dans le monde entier. On voudrait être à l’image des grandes marques de liqueurs. A moyen terme, notre entreprise compte lancer un nouveau produit courant 2019. Ce sera un thé qui prévient contre certains cancers notamment celui des seins, des poumons, du colon, du pancréas et aussi de la prostate. Et à long terme on voudrait implanter nos bureaux dans plusieurs autres pays africains et pourquoi pas du monde.

Qan’Flan se revendique d’un nom typiquement africain, est ce à dire que l’Afrique occupe une place dans ce projet ?

 Je suis un panafricaniste sur tous les plans et je suis très proche de la nouvelle vitrine du panafricanisme des temps modernes, je veux nommer Kemi Seba. Donc cela ne devait pas étonner que mes produits portent toujours des noms d’origine africaine. D’ailleurs, Kama KÖji, le nom de mon entreprise signifie, Terre d’Afrique. Kama pour désigner « le plus vieux nom de l’Afrique » et KÖji  qui veut dire « Terre, territoire, zone ou quartier » en langue Fon.

En tant que jeune entrepreneur au Bénin, pensez vous qu’il est facile et possible de s’en sortir ?

Facile, certainement non, puisqu’au Bénin comme partout en Afrique, les jeunes ne vivent pas vraiment dans un environnement qui favorise l’auto-emploi. Les réalités européennes, américaines et asiatiques n’ont rien à avoir avec celles des jeunes africains. Du Burkina Faso en passant par le Kenya pour atterrir au Bénin, les difficultés sont les mêmes, les Etats africains n’ont pas vraiment mis en place, un système qui encourage l’entrepreneuriat jeune. Du coup, c’est les plus têtus qui prennent le risque. Moi je me suis lancé dans l’entrepreneuriat en 2012, avec 10.000 fcfa (15 Euros). Aujourd’hui, je n’ai certainement pas encore atteint mes objectifs, mais j’ai connu beaucoup d’avancé et mes chiffres d’affaire mensuels sont moins vilains que ceux de mes débuts. D’où je peux dire que malgré cette difficulté, il est bien possible de s’en sortir en tant qu’entrepreneur au Bénin. Mais il faut oser, faire l’impossible, faire en sorte que deux droites parallèles se croisent…Bienvenu au Bénin et en Afrique, là où seuls les durs avancent même quand tout est dur. Il n’y a pas de place pour les flemmards.

Si Monsieur Sourou n’était pas chef d’entreprise, quel a toujours été son rêve ?

Rire…je ne parlerai pas de rêve au singulier, puisque à chaque étape de ma vie mes rêves changent. Plus jeune, j’étais un fou de musique et je le suis toujours d’ailleurs. Je me voyais en featuring avec Missy Elliot ou encore avec le célèbre groupe de rap sénégalais « les positive black soul ».  Je rêvais d’être un grand rappeur et j’ai même fais des disques qui passaient sur plusieurs radios de Cotonou.

En suite j’ai connu le sport, l’athlétisme, où, très vite je me suis imposé dans plusieurs disciplines comme les 100m, les 200m  et le saut en hauteur, mais finalement j’ai préféré me spécialiser dans les sauts horizontaux, à savoir le saut en longueur et le triple saut. Ce qui m’a valu toutes les grandes compétions du monde, avec plusieurs titres et un nombre considérable de médailles. Je suis même  le détenteur du record actuel du Bénin au triple saut, une performance établie depuis 11 ans.

Mais très vite j’ai raccroché ma carrière sportive. La raison est toute simple, j’ai été plusieurs fois déçu du traitement que les autorités en charge du sport de mon pays réservaient aux athlètes (surtout celles de la fédération béninoise d’athlétisme). Et je me suis lancé dans l’entrepreneuriat.

Comment avez-vous donc démarré dans l’entrepreneuriat ?

Un jour de 2012, celui de mon anniversaire, j’ai avec 10.000 fcfa décidé d’aller au marché me prendre 4 poules et un coq. Les poules on fait des poussins, ces derniers ont grandit et on fait d’autres poussins et le nombre était devenu énorme. J’ai alors décidé de commencer les poules pondeuses (élevage de volailles dans un but lucratif à travers la production et la vente des œufs de table)  qui sont plus rentables. L’espace à la maison de mes parents ne suffisait donc plus et j’ai été obligé de me déplacer pour créer une ferme. D’échec en échec j’ai fini par acquérir de l’expérience et aujourd’hui  c’est moi qui conseille d’autres jeunes dans le domaine. Mais ensuite je me suis lancé dans la transformation de certaines matières première en produits finis, d’où la naissance de Qan’Flan et autres produits. J’ai également associé d’autres activités à tout ça et c’est comme ça que l’entreprise Kama Koji est née.

Votre plus grande déception depuis votre parcours et votre plus grande joie.

 Des moments de douleurs j’en ai beaucoup eu mais les premiers qui me viennent tout de suite à l’esprit sont ceux que je traversais à la ferme. C’était beaucoup de souffrances. Et Ma plus grande joie dans mon travail est le jour où j’ai eu la sensation et la certitude que plus rien ne peut plus m’arrêter, ce jour, j’ai eu la confirmation que je suis destiné à accomplir de grandes choses. C’était un jour simple comme tout autre et j’ai eu comme un déclic et une confiance extraordinaire en moi, c’est comme une seconde force. Je sais que ce n’est pas simple à comprendre mais c’était un moment magique avec moi et moi-même. Difficile à expliquer.

Un conseil pour les jeunes qui aimeraient suivre vos pas ?

 Oser et croire en soi-même. Ce n’est que ça la magie. Le reste viendra de lui-même.

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