QUI VEUT LA PEAU DE L’EMIR DE KANO ?

« Vous pouvez suspendre un homme, mais vous ne pourrez jamais suspendre la vérité » dixit Muhammad Sanusi II.

Bien que cette phrase prémonitoire, prononcée, alors qu’il venait d’être limogé de ses fonctions de gouverneur de la banque centrale en Février 2014 continue de résonner. La vérité, l’actuel Emir de kano en a toujours fait une priorité.

Il y a quelques années, il dénonçait un énorme détournement de 20 milliards de dollars au sein de la compagnie pétrolière nationale. Si vous êtes un abonné des medias, et particulièrement de NegroNews, il s’agit de l’Emir Kano, qui fin 2016 a fait le buzz avec l’annonce d’une loi controversée. Celle interdisant aux hommes d’épouser plus d’une femme, s’ils n’ont pas les moyens matériels pour les entretenir.

Aujourd’hui, c’est lui qui risque d’être cloué au pilori. Il est accusé par une commission d’enquête fédérale d’avoir détourné des fonds publics. C’est par un courrier lapidaire signé de la main du surintendant de la police, Sulaiman Gusau, que la salve judiciaire s’est enclenchée. Dans ce dernier, l’Emirat de Kano, et l’Homme à sa tête sont invités à s’expliquer sur l’utilisation de 4 milliards de Naira (environ 16 millions d’euros), qui lui auraient été légués par son prédécesseur, Alhaji Ado Bayero. A ce titre, des fonctionnaires de l’Emirat, dont des collaborateurs du premier cercle de Sanusi, sont convoqués pour comparaître devant l’agence fédérale anti-corruption, la Kano State Public Complaints and Anti-Corruption Agency (KSPCACA), dès ce mardi 2 mai.

Mensonges, rétorquent ses partisans. Ces derniers dénoncent une tentative d’écarter cette personnalité du jeu politique nigérian, teintée d’une initiative destinée à l’intimider et le faire taire. Plus loin, ces partisans affirment que cette enquête est une riposte orchestrée par le gouverneur de Kano, Umar Gandujé, que l’émir a critiqué à plusieurs reprises publiquement. Gandujé est un proche de Muhammadu Buhari. Le porte-parole de l’Emir, Alhaji Mahe Bashir Wali, a lui aussi riposté et affirmé que les chiffres avancés sont faux et artificiellement gonflés. Il a ainsi donné des détails précis sur les avoirs de l’Emirat de Kano et leur utilisation, précisant notamment qu’une partie substantielle avait été consacrée à la construction de la ville royale d’Ado Bayero, laissant un solde de 893 378 927,38 millions de Nairas, un chiffre volontairement divulgué au centime près.

L’émir connu pour son manque de langue de bois n’a pas mâché récemment ses critiques envers la politique du gouverneur et du président. Des attaques qui font de lui un homme controversé jusqu’à chez les autres chefs traditionnels du nord du Nigeria où sa virulence dérange les habitudes. Le très influent Sultan de Sokoto par exemple, Alhaji Muhammad Sa’ad, réputé pour jouer le rôle de médiateur entre les monarques traditionnels et les gouverneurs de l’Etat Fédéral lorsque des tensions apparaissent. En privé, le sultan de Sokoto aurait affirmé avoir demandé à l’Emir de Kano, à plusieurs reprises, de tempérer ses flèches à l’encontre du gouvernement fédéral.

Bien que l’émir de Kano n’ait jamais exprimé publiquement ses ambitions de briguer la charge suprême, d’aucuns lui prêtent cet agenda, d’autant plus que Sanusi multiplie les initiatives à portée sociale dans son Etat.

La procédure judiciaire qui peut se solder sur le limogeage Sanusi II risque de provoquer des troubles ont prévenu ses partisans.

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