QUAND ALAIN MABANCKOU ENVOIE BOULER EMMANUEL MACRON 

Invité par le président de la République française à participer à une réflexion « autour de la langue française et de la Francophonie », le professeur de littérature française à l’Université de Californie à Los Angeles lui a répondu par une fin de non-recevoir.

« J’ai le regret, tout en vous priant d’agréer l’expression de ma haute considération, de vous signifier, Monsieur le Président, que je ne participerai pas à ce projet ». C’est par cette phrase que conclut la lettre ouverte de l’écrivain congolais Alain Mabanckou à destination d’Emmanuel Macron, parue sur le site de l’Obs le 15 janvier. Il faut dire que le président de la République française avait proposé à l’auteur de Mémoires de porc-épic, prix Renaudot 2006, de faire partie d’un groupe de personnes, chargé de fournir un travail de réflexion sur la langue française et sur la Francophonie, à l’heure où, selon Paris, la langue française perd de l’influence au niveau mondial, où l’anglais tendrait peu à peu à prendre le dessus sur le français, comme le prétendrait le journal Le Figaro en prenant pour exemples la République démocratique du Congole Rwanda ou encore le Canada.


Auto-flagellation

Cette vision des choses est fortement critiquée par Mabanckou. Le professeur de littérature française à l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA) estime que la langue française n’est pas menacée et que défendre ce point de vue-là est typique d’une séance « d’auto-flagellation » si habituelle en France, notamment chez ses élites bien-pensantes et déclinistes à souhait. Mabanckou en veut pour preuves du prestige mondial de la langue de Molière à travers les travaux de chercheurs états-uniens, considérés comme les meilleurs au sujet de l’étude de la littérature française au Moyen Âge ou encore, outre-Atlantique, le développement dans les facs de « départements de littérature française et d’études francophones ». Ce qui permet d’attirer de plus en plus d’étudiants états-uniens sur les écrivains francophones, mieux connus à Washington qu’à Paris selon Mabanckou.

Ce qu’il reproche au président Macron, c’est de s’inscrire dans une « définition étriquée de la littérature française », où finalement, les auteurs français sont mis en avant et les auteurs francophones mis au second plan. Le prof de UCLA en veut pour exemple le discours de Macron à Francfort, où le président ne citait aucun auteur francophone en-dehors de la France, puis portait « au pinacle » l’écrivain allemand Goethe et l’écrivain français Nerval, ironisant sur la phrase de Macron « l’Allemagne accueillait la France et la Francophonie ».


Un refus politique

Au-delà de l’aspect littéraire, Mabanckou rédige un refus politique dans sa lettre ouverte à Macron. Un refus justifié par le maintien de régimes politiques « autocratiques » dans l’Afrique francophone, où la liberté d’expression est une vaste plaisanterie, quand il ne s’agit pas de tirer sur des citoyens comme ce fut le cas en RDC, pays le plus peuplé de la Francophonie, lors de la messe de la Saint-Sylvestre, par exemple. Mais surtout, des pouvoirs locaux qui ont droit au silence coupable de la France et de l’Organisation internationale de la Francophonie tant ils bâillonnent une jeunesse qui exige la liberté, un mot si cher à la République française, même si cette dernière tend à être liberticide, au nom de la lutte contre le terrorisme.

Néanmoins, ce refus politique de la part de Mabanckou aurait pu être plus incisif en le reliant aux questions économiques, avec le débat sur le Franc CFA qui agite les esprits ces derniers mois et dont les institutions Francophones veulent en limiter la portée, comme en atteste le limogeage de l’économiste togolais Kako Nubukpo, dont les critiques à l’égard de cette monnaie commune, arrimée sur l’euro, sont publiques et répétées depuis un moment. Or, Alain Mabanckou ne le mentionne pas, alors qu’il s’agit, quand même, d’un resserrement de la liberté d’expression sur un sujet économique capital pour l’Afrique francophone.


Si cette lettre ouverte peut être bien perçue et qu’une certaine clarification s’opère de la part de Mabanckou, il n’en demeure pas moins que l’écrivain reste mesuré dans sa position critique.

Jonathan Baudoin pour NN

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