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PRÉSIDENTIELLE SÉNÉGALAISE : SONKO LE CANDIDAT ANTI-SYSTÈME

À 44 ans, le député porté par le pastef, a tout pour être différent. Un parcours scolaire et universitaire entièrement sénégalais et un goût tardif pour la politique. Souverainiste, antisystème et anti-impérialiste, cet énarque fin et pointilleux est la jonction charnière entre une classe politique mise en débandade par Macky Sall et un appel d’air venu de la jeunesse. Une sorte de macronnie tropicale. Décryptage !

Prudent et introverti, l’air d’une fausse timidité, l’ancien inspecteur des Impôts a été révélé aux Sénégalais par sa maîtrise des questions économiques et le pragmatisme anglo-saxon qui caractérise ses actions dans tout le pays, aussi bien dans l’humanitaire que dans la promotion de la citoyenneté. Il ralliera Dakar où la campagne est rude après un détour en Europe, Suisse, Espagne, Italie, Belgique et surtout, la France, comme un avertissement au monde avant le dernier ring dont le premier tour est prévu pour le 24 février.

Sa radiation de la fonction publique aurait pu calmer ses ardeurs, loin s’en faut, elle les ravive de plus belle. Il l’a d’ailleurs vécu comme une sorte de libération d’autant que depuis, avec son cabinet à Dakar, il s’en sort mieux. Et pour tout couronnement, son élection en 2017 comme député. Ses attaques répétées aux contrats pétroliers, souvent bourrés de rétro-commissions et d’incohérences l’ont relancé comme la porte-voix d’une société civile progressivement bâillonnée par le pouvoir. Indexant ouvertement Aliou Sall, maire de Guédiawaye (banlieue de Dakaroise) et frère du chef de l’Etat, il franchit le rubicond de l’audace.«Les contrats signés par l’État sont tous défavorables aux Sénégalais » incitait déjà le leader de Pastef.

Il était ainsi l’une des premières personnes à dénoncer l’opacité des contrats pétroliers signé par l’Etat du Sénégal sous le régime de Macky Sall. Ces déclarations fracassantes vont secouer le pouvoir de Macky Sall. Il s’est naturellement attiré la foudre du régime. Traqué et harcelé, Ousmane Sonko sera dans la foulée radié de la fonction publique par un décret présidentiel sous prétexte d’ « indiscrétion professionnelle ». Une sanction qu’il perçoit comme « un signe pour ne plus jamais lâcher ».

La comparaison avec Emmanuel Macron a quelque chose à la fois d’impromptu et d’évident. Il profite, à peu près au même âge que l’ancien ministre français de l’économie devenu président, d’un vide provoqué par des conjonctures similaires.
Les atouts dressés ne peuvent point occulter un handicap majeur qui pourrait porter préjudice au candidat Ousmane Sonko.

Il s’agit notamment de sa communication tout azimut et sa manie de tirer sur ce qui bouge. Par exemple, son engagement de sortir du franc CFA, même s’il est applaudi par ses partisans, est un pari très risqué qu’il pourra réussir difficilement. Beaucoup d’économistes en appellent à la vigilance sur cette question. Sachant qu’une élection ne peut se gagner sans une bonne coalition, le regroupement des partis autour du leader de PASTEF ne pèsent pas assez lourds sur la scène politique pour que Sonko en dépende. Plus importante est en effet cette question de l’argent, « sacrée pièce ». Sonko qui prône la politique autrement aura d’énormes difficultés à contrecarrer cette pratique honteuse mais qui fait gagner bien d’élections à travers le pays : l’achat de conscience.

Dans une élection où l’image est un atout fondamental, Ousmane Sonko aura du fil à retordre avec la machine de propagande du parti au pouvoir. Depuis quelques semaines déjà, de grands noms de la presse s’attaquent à ce qui fait l’image de l’homme politique. Même s’il s’en est bien sorti jusque-là, le candidat de « Sonko Président » risque de faire face à d’autres « cafards » que le pouvoir tentera de sortir de ses placards.

Surtout qu’à l’heure actuelle, l’affaire des 94 milliards détournés par Mamou Diallo, d’après lui, n’a pas fini de révéler tous ses secrets. Nonobstant son expertise en matière fiscale, Ousmane Sonko apparaît comme un novice en matière de gestion des affaires de la cité. Ainsi ses adversaires qui le considèrent comme un amateur pourraient l’attaquer sur son manque d’expérience.

L’autre faiblesse qu’on peut noter dans le discours de Sonko est son attaque permanente au « SYSTÈME ». Si certains en arrivent à l’accuser d’arrogance, c’est justement le fait que lui et ses partisans semblent prendre de haut le reste du « SYSTÈME ». Et pourtant, ce système lui a permis de s’auto-réaliser et il a en retour servi le système en tant qu’inspecteur. Dans ledit système, en vérité, les impôts et leur perception occupent une place prépondérante et Ousmane Sonko était au cœur. En tant que tel, il est relève d’une inconvenance pour ne pas dire du narcissisme que de soutenir que le système est corrompu dans son entièreté. S’il y a quelque chose qui pourrait constituer un obstacle à Sonko, à part le facteur argent, c’est bel et bien sa communication parfois en deçà de la moyenne. Sonko fera-t-il comme Macky Sall en gagnant l’élection dès sa première participation ? La réponse au 24 février.

Khoudia GAYE

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