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PRÉSIDENTIELLE SÉNÉGALAISE: MACKY À L’ÉPREUVE D’UN SECOND MANDAT

Le porte-drapeau de la coalition Bennoo Bokk Yaakaar, le président Macky Sall, qui rempile pour un second mandat, va s’appuyer sur deux éléments essentiels pour sa réélection : un bilan à défendre et un plan d’émergence à vendre aux électeurs. Comme tout président sortant, le candidat de Bennoo Bokk Yaakaar aura du fil à retordre, son mandat de 7 ans sera attaqué par l’opposition qui en relèvera les failles les plus saillantes pour le discréditer.

Appuyé par un parti né en 2008, puis par la coalition « Macky 2012 » et enfin adopté par la coalition « Bennoo Bokk Yaakaar » lors de la dernière présidentielle, la trajectoire entre 2009 et 2012 de l’ancien maire de Fatick relève d’un vrai « success story. Macky Sall a réussi à faire bouger les lignes des formations adverses et s’imposer comme le principal challenger du président Wade. Mais aujourd’hui, la situation a changé car celui qui fut un des outsiders de 2012 redescend dans l’arène avec le statut de président sortant.

Macky Sall n’a pas pu tenir toutes ses promesses inclues dans le programme « Yoonu Yokkute » dont la création de 500 000 emplois, mais il a pu « adoucir » le front social qui était en ébullition lors de son accession au pouvoir. Le président sortant peut mettre en avant cette stabilité sur le plan social.

Sur le plan infrastructurel, le candidat de la mouvance présidentielle a fait de bons scores. Le pôle urbain de Diamniadio, qui attire tous les regards tant par son emplacement que par les sentiers qui en sont sortis ou qui en sortent, est le symbole d’un mandat relativement réussi sur le plan infrastructurel. Le nombre de kilomètres d’autoroutes réalisés et l’avènement du Train express régional (TER) font l’objet de revue sans cesse à la campagne présidentielle. Mieux, le président sortant, à l’instar de Wade qui est allé jusqu’à descendre à l’aéroport Blaise Diagne en plein sentier, réserve la plus grande partie de son programme à des inaugurations. Rien qu’entre décembre et février, d’importantes infrastructures seront inaugurées (peu importe si elles ne sont pas prêtes ou fonctionnelles) par un candidat décidé à montrer qu’il est au temps de l’action.

Il ne faut pas s’y méprendre, le bilan est une chose et l’élection en est une autre. Le bilan de Macky Sall à lui seul ne saurait constituer l’élément le plus essentiel dans cette course pour la présidence. Le programme de campagne, qui pourrait se résumer à la phase 2 du plan Sénégal émergent (pse), ne pourra non plus suffire pour catalyser l’enthousiasme des électeurs et gagner leur sympathie.
Décrié par tous, l’achat de conscience demeure l’arme la plus fatale des présidents en quête d’une légitimité renouvelée. De ce point de vue, l’utilisation des moyens de l’Etat pour la campagne se fera immodérément car la fin justifie les moyens. Tant pis, si l’éthique et le Trésor publique réagissant sur le bilan de Wade en 2012, l’ancien président de la Raddho, Alioune Tine, disait : « Wade est un bâtisseur d’infrastructures mais un démolisseur d’institutions ». On pourrait autant dire de Macky aujourd’hui. Que ce soit avec la 12ème législature ou celle en cours, l’assemblée nationale se plaît dans son rôle de marionnette en lieu et place du travail de contrôle et de veille qui devait être le sien. Domestiquée, l’institution a fini par n’être qu’une chambre d’enregistrement des lois et un lieu de légitimation des désirs du pouvoir. En plus des lois très controversées qu’il a fait passer et parfois sans débat, l’institution parlementaire n’a jamais eu à se prononcer sur des nébuleuses (pétrole et gaz, mines de la Falémé par exemple) à travers une mise sur pied d’une commission d’enquête parlementaire. Sous Macky Sall, le bilan de l’assemblée se résume, hormis les votes de budget et des lois du gouvernement, à des règlements de compte avec l’opposition à travers notamment des levées d’immunité parlementaire.
La déliquescence de l’institution judiciaire est une autre « accusation » à laquelle le candidat sortant devra faire face pendant les 21 jours que durera la campagne. Depuis 2012, la justice est décrite comme une institution instrumentalisée et, pour ne rien arranger, la lettre/démission du juge Ibrahima Déme est venue confirmer cet état de fait. La réanimation de la cour de répression de l’enrichissement illicite (Crei) pour mettre Karim Wade en prison au terme d’un procès dénoncé par des spécialistes du droit et même par des institutions onusiennes. Et « l’accusation » la plus flagrante relative à cette cour d’exception se porte notamment sur le sort réservé aux 25 personnalités qui figuraient sur la liste « noire » de la Crei si l’on sait que tous, ou presque, ont rejoint le président sortant.

Dans cette « accusation » de justice aux ordres, il ne saurait y avoir d’omission ou de silence sur le cas de l’ancien maire de Dakar, Khalifa Sall. Tout, du début à la fin de son procès, donne l’air d’une affaire commanditée par celui aux commandes. Pendant ce temps, le candidat Sall avait avoué avoir mis beaucoup de dossiers sous son coude. Des rapports des corps de contrôle épinglant le directeur du centre universitaire des œuvres de Dakar (Coud) et le ministre Mame Mbaye Niang dans l’affaire « Prodac », par exemple, sont rangés aux oubliettes. Malgré la naissance de l’office contre la corruption (Ofnac), certains dignitaires du régime traînent des casseroles et aucune suite disciplinaire ou judiciaire n’est enclenchée à leur encontre. Cet affaissement de l’Etat de droit risque de ne pas profiter au président sortant, parce que le peuple électoral fait de l’égalité des citoyens devant la justice une demande sociale.
Paradoxalement, les points forts du candidat Macky Sall demeurent en même temps ses points faibles si l’opposition sait les exploiter. De son programme « Yoonu Yokkute » sur la base duquel il fut élu à la pratique de la transhumance devenue une prédilection, les autres candidats peuvent déconstruire le bilan du président sortant avec succès.
Visiblement, Bennoo Bokk Yaakaar aura du fil à retordre sur ce chapitre à cause de ces exemples de violation de la parole du chef. Rien de leur rhétorique, à travers les débats sur les médias traditionnels et dans les réseaux sociaux, ne pourra dédouaner celui qui a nommé son frère à un poste stratégique après avoir abhorré l’implication de la famille dans la gestion des affaires publiques sous le président Wade.

Le 24 février est loin d’être une affaire simple pour le sortant. Macky Sall et son bilan seront passés au laminoir par une opposition privée de parole pendant 7 ans. Pour avoir promis 25 ministres afin de réduire les dépenses de l’Etat, il se retrouve aujourd’hui entouré d’une armada de plus de 80, y compris ceux confinés au rang de conseillers. Considérant toutes ces contradictions entre le candidat de 2012 et le président sortant de 2019, il y a une très forte chance que l’élection présidentielle ne puisse se jouer à un seul tour.

Khoudia GAYE

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