[POLITIQUE] LA MORT DE MANDELA ET LE BAL DES HYPOCRITES

N’en jetez plus, la cour est pleine tant, dès l’annonce de la mort de Nelson Mandela, on s’est bousculé au portillon pour lui tresser des louanges les plus enflammées. Non que le premier président noir de l’Afrique du Sud ne les méritait pas. Mais l’ensemble du monde occidental a été du côté du pouvoir blanc sud-africain et de l’apartheid pendant plusieurs décennies. Ce pouvoir blanc minoritaire et fascisant en Afrique du Sud qui enferma Madiba plus de 25 ans aux travaux forcés.

Alors que le régime de ségrégation raciale se met en place en Afrique du sud à partir de 1948, l’OTAN, bras armé international des USA, va considérer ce pays comme un pion essentiel pour contrôler la route maritime du Cap empruntée par les supertankers pétroliers et pour protéger la source des minerais sud africains vitaux pour l’industrie de défense de la libre Amérique.

D’ailleurs, l’OTAN a toujours soutenu les dictatures. Le Portugal de Salazar en faisait partie quand son gouvernement fasciste perpétrait ses guerres coloniales interminables au Mozambique et en Angola. Ainsi, l’OTAN privilégiait ce qu’il appelait le « front anticommuniste ».

Sous l’égide de l’OTAN et de la CIA, dans la péninsule du Cap, l’armée sud-africaine avait installé une station d’écoute et de surveillance des mers du sud.

La France n’a pas été en reste dans sa collaboration avec l’Afrique du sud raciste de cette époque. Elle lui a vendu sa première centrale nucléaire dans les années 1970 et des armes, alors que l’ONU avait mis ce pays au ban des nations.

Lors d’un massacre dans le ghetto de Zovetto en 1976, qui fit des centaines de morts, le plus souvent abattus dans le dos par les forces de police raciales, l’ambassadeur de France resta en poste à Prétoria. En France même, le Congrès national africain (ANC) dont les dirigeants croupissaient en prison à Robben Island, était bien isolé. Lorsque des délégations du mouvement de libération, conduites par Thabo Mbeki, futur président noir, passait par Paris, il habitait dans une chambre et était ignoré par le gouvernement de Valéry Giscard d’Estaing.

Et en plein milieu de l’apartheid, l’équipe de France de rugby participa à une tournée en Afrique du sud en 1971.

Plus tard, au début des années 80, lorsque la situation de l’Afrique du Sud est devenue quasi insurrectionnelle, la droite française participe au stratagème de Pretoria pour favoriser une« troisième voie » en la personne d’un chef zoulou, un Noir « présentable ». C’est à coups de machette que ses miliciens s’en prennent aux militants de l’ANC. Pour autant Buthelezi est officiellement reçu par Ronald Reagan président des USA, et Margaret Thatcher, première ministre du Royaume-Uni, et, en France, par Jacques Chirac maire de Paris. Quant à l’extrême-droite française, Nelson Mandela n’est pour elle qu’un pur terroriste.

Et dans les manifestations anti-apartheid en France, la CGT et le PCF étaient bien seuls. Où était à ce moment-là, pour le boycott des produits sud africains en France et les sanctions économiques contre l’Afrique du sud, le parti de François Hollande et de Harlem Désir ?

Le consensus d’aujourd’hui autour de Nelson Mandela ne doit pas faire oublier les errements criminels d’hier qui ont contribué à le laisser plus d’un quart de siècle en prison, et à prolonger la durée de vie de l’apartheid.

Non, la France, la patrie des droits de l’homme, n’a pas été du bon côté.

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