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[POLITIQUE] CHRISTIANE TAUBIRA A MOUCHÉ NATACHA POLONY. ELLE PEUT SAUVER VALLS

Christiane Taubira était invitée sur le plateau du « Grand Journal » de Canal Plus ce mercredi. La ministre de la Justice a une nouvelle fois défendu les acquis du gouvernement et les valeurs de la gauche. En clouant le bec à Natacha Polony, elle rend aussi service au Premier ministre, estime notre chroniqueur Olivier Picard. Explications.
C’est un accident industriel. Le « logiciel anti-couacs » que Manuel Valls promettait de breveter à Matignon pour faire oublier les courts-circuits des 22 mois de Jean-Marc-Ayrault n’en finit plus de bugger. Après les surtensions Montebourg, Hamon et Thévenoud, voici que le modèle Kader Arif vient encombrer le SAV, déjà débordé, du Premier ministre. Ce n’est plus le bureau du chef du gouvernement mais une cellule d’intervention pour éviter le plantage complet du système.

Valls a bien essayé, mercredi, dans l’hémicycle, de neutraliser le retour du phobique de l’administration à l’Assemblée nationale en refusant par avance de comptabiliser le vote qui pourrait lui assurer – en théorie – la majorité absolue dans le vote de confiance du périlleux mardi 16. Un panache sans grand risque, en vérité, mais purement symbolique. Le salut, il le sait, ne tiendra pas au coup de pouce de l’éphémère secrétaire d’État au commerce extérieur qu’il vient de mettre à l’index.
Christiane Taubira, l’emmerdeuse indispensable

Bien plus décisives, évidemment, seront les voix des contestataires du PS. Et dans ce registre la parole de Christiane Taubira est précieuse. La ministre de la Justice, c’est désormais l’emmerdeuse indispensable du chef du gouvernement.

Oui, bien sûr, elle l’agace prodigieusement en jouant sans cesse avec la limite, promenant son insolence avec talent sur le fil instable de la fameuse « ligne jaune ». Un remarquable numéro de funambulisme politique qu’elle a inauguré au cirque estival du PS de La Rochelle en s’affichant au petit spectacle des « Frondeurs ».

Sur le coup, Valls a trouvé qu’elle « tirait un peu trop sur l’élastique », quatre jours seulement après avoir apporté son soutien à la politique du gouvernement par sa seule volonté de rester dans l’équipe… Aujourd’hui, il pourrait se féliciter de cette même élasticité, bien pratique pour tenir les deux bouts d’une majorité proche du point de rupture.

Une vraie leçon de com’ gouvernementale

De radio (France Inter, chez Patrick Cohen) en plateau (dans « Le Grand Journal »), « la Diva » assure le spectacle, garantissant une parole de gauche sans trembler et avec une énergie qui devient si rare dans un pouvoir s’appliquant à raser les murs, au risque de friser le ridicule, plutôt qu’à enflammer les planches. Une leçon de com’ gouvernementale.

Christiane Taubira dans « Le Grand Journal » du 10/09/14 (Canal Plus)

La ministre de la Justice fait en effet le job élémentaire que les autres ministres n’ont même plus le cœur d’assurer. Elle défend, en effet, les acquis dont peut se prévaloir ce gouvernement, ces réalisations effectives qui le différencient concrètement de ce qu’aurait pu faire un gouvernement de droite. Elle les a rappelés avec une efficacité de mitraillette face à Antoine de Caunes : prime de rentrée scolaire augmentée, plan de lutte contre la pauvreté, revalorisation du RSA, augmentation des bourses pour les étudiants, rôle moteur dans la constitution d’un fonds européen pour l’aide aux plus démunis…

Avec cette équation de principe : oui, « malgré les difficultés », il faut faire plus pour les plus modestes, pour les plus vulnérables. Ça ne mange pas de pain, diront ses pourfendeurs. Peut-être, mais ça va toujours mieux en le disant.

En la provoquant, Natacha Polony s’est cassée les dents

Évidemment, ce genre de discours fait sourire une Natacha Polony qui a vampirisé la musique historiquement progressiste du « Grand Journal » (lire l’excellente tribune de Bruno Roger-Petit sur le sujet) et ne prend même plus la peine de masquer son arrogance face aux invités de l’émission.

L’omniprésente chroniqueuse, inlassable ramenarde sûre de son intelligence et de sa pertinence, ne juge même plus utile d’écouter ses interlocuteurs (trices). Elle veut les assommer, les mettre au tapis. Mais avec Christiane Taubira, la procureur(e) Polony s’est cassé ses dents très blanches (qu’elle a très acérées).

Elle voulait la coincer dans un corner, ironisant sur son « problème de positionnement » au moyen d’une petite contorsion du récit. L’autre, en bonne professionnelle de la justice l’a mouchée en lui rappelant les faits : elle n’a jamais pris la parole publiquement, ni à La Rochelle, ni depuis, pour critiquer ouvertement la politique du gouvernement. Pan.

« La véhémence », alors (comme si c’était un crime), avec laquelle la ministre avait regretté qu’ »on laisse les Français se démoraliser » ? Haha, flagrant délit d’incohérence avec l’exécutif, madame la turbulente ministre ? Répondez ! Aïe, mauvais angle d’attaque. Car la « véhémence », c’est la spécialité de Christiane Taubira. Elle la revendique quand il s’agit de « refuser l’injustice » et de refuser « le désarroi collectif ». Joli but en contre.

La ministre de la Justice a fait un coup double

Autre chose ? La réforme de la justice, tiens, qui n’apaise pas les Français-inquiets-de-la-montée-de-la-délinquance ? Du gâteau pour Taubira qui, reprenant les études brandies par Polony, amène son accusatrice du jour à reconnaître elle-même, en bafouillant jusqu’à en perdre son (bon) français, que les Français sont majoritairement satisfaits de la façon dont la justice les a traités. Et qu’ils attendent plus de proximité et de sécurité juridique. Fin de la séquence.

C’est Natacha Polony qui a été déstabilisée. Promise à l’exécution, la ministre, elle, fait son show jusqu’à charrier un De Caunes amusé qui, à grands signes, la supplie de respecter les arrêtés de la pendule : « Mettez un tutu, je vous verrais mieux ».

Mine de rien, Christiane Taubira a fait coup double. Elle rend service à Valls en donnant des gages de fidélité aux valeurs de la gauche, tout en restant officiellement loyale au chef du gouvernement, et elle cloue le bec à une chroniqueuse, archétype de la fausse impertinente qui profite d’une situation politique délétère pour se laisse aller à une entreprise de goguenardisation systématique du pouvoir.
Cette résistance à une impunité journalistique détournée, c’est une façon pour le gouvernement et la majorité de sauver l’honneur. De rester digne. Merci qui, Manuel ?

Source :

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1239704-lgj-christiane-taubira-a-mouche-natacha-polony-elle-peut-sauver-valls.html

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