LE PILLAGE DES RESSOURCES NATURELLES EN AFRIQUE

Le pillage des ressources naturelles en Afrique est systématique. Pendant près de vingt ans, les économistes ont diagnostiqué une « malédiction des matières premières », un paradoxe par lequel les nations les plus riches en ressources naturelles souffrent souvent d’une grande pauvreté, d’une mauvaise gouvernance et de conflits. Le pillage des matières premières se poursuit encore aujourd’hui dans les colonies ou ex-colonies : à Arlit, dans le nord du Niger, Areva exploite l’uranium depuis 1976. L’Afrique connaît un système de pillage organisé.

Tom Burgis l’auteur du livre « The Looting Machine » La Machine à piller, journaliste du « Financial Times », démontre dans un entretien accordé à Le monde Afrique, comment les ressources naturelles en Afrique sont l’objet d’un pillage généralisé.

Le pillage des ressources naturelles a depuis toujours laissé une misère inhumaine en Afrique, que ce soit pour les économies, les sociétés et l’environnement. La vision Panafricaine a souvent entraîné une méfiance de la part du monde occidental. Les anciens colonisateurs gardent toujours avec force et de maîtrise une emprise sur les nations africaines. Pourtant, l’article 21 de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples stipule que : « La libre disposition des richesses et des ressources naturelles s’exerce sans préjudice de l’obligation de promouvoir une coopération économique internationale fondée sur le respect mutuel, l’échange équitable, et les principes du droit international. » Cette disposition unique démontre une volonté à protéger les ressources naturelles sur le continent.

Selon Tom Burgis, les pillards ne sont pas seulement des dirigeants africains. Les classes dirigeantes africaines sont certainement coupables dans de nombreux cas, mais ce sont surtout des réseaux transnationaux branchés sur l’économie mondiale qui servent leurs propres intérêts. Les alliés de ces classes dirigeantes comprennent des multinationales qui remportent des contrats pétroliers et miniers en partenariat avec des sociétés-écrans détenues par les autorités locales, ainsi que des entreprises du système bancaire international qui les aident à déplacer leur fortune personnelle à l’étranger. Au cœur de cette machine à piller, se trouve donc l’abus d’une fonction publique à des fins privées. Quand des compagnies comme Royal Dutch Shell et KBR (une ancienne filiale du groupe parapétrolier américain Halliburton) soudoient des fonctionnaires africains, ils sapent le pacte de base de l’Etat.

Le rôle d’institutions financières mondiales comme la Banque mondiale apparaît aussi controversé. De nombreux Africains ont ressenti les souffrances que les industries extractives leur ont infligées. Comme ces déversements de cyanure au Ghana, ces mauvaises conditions de travail qui ont conduit aux horreurs à Marikana en Afrique du Sud, cette dictature financée par le pétrole au Tchad. Mais la Banque mondiale a soutenu des projets mis en cause dans ces trois exemples. Quand une étude de leurs propres services a suggéré, il y a une dizaine d’années que les industries pétrolières et minières pourraient accroître la pauvreté, les responsables de la banque l’ont largement ignoré.

Aujourd’hui, des pays comme le Nigeria dépendent du pétrole pour près de 70 % de leurs revenus, et seulement 4 % de leurs recettes proviennent des impôts prélevés sur les contribuables. Donc, les gouvernants ne se sentent pas redevables à l’égard des gouvernés. Leur jeu est de capturer des rentes liées aux ressources. Une économie plus diversifiée s’appuyant sur un plus grand secteur manufacturier permettrait d’avoir davantage d’emplois formels, et donc plus de contribuables pour financer l’État et obliger le gouvernement à rendre des comptes.

En Afrique, le pillage des matières premières se poursuit et, comme aux temps des colonies, la transformation s’opère au Nord, avant que le produit ne revienne, éventuellement transformé, dans le pays producteur de la matière première. Ce dernier perdant donc au passage les gains de plus-value obtenue par la transformation.

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