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Phénomène de la dépigmentation au Sénégal : Les chiffres font peur

Au Sénégal,  la dépigmentation ou khessal « éclaircir » en wolof, date des années 70. Au départ, elle était pratiquée par des cercles restreints, notamment les prostituées. Mais aujourd’hui selon une étude de l’Association internationale d’information sur la dépigmentation artificielle (AIIDA), 67 % des femmes sénégalaises s’adonnent à cette pratique qui s’avère être très nocive pour la peau.

La quête effrénée de la peau claire

Beaucoup de femmes africaines estiment qu’avoir une peau claire les embellit. La majorité d’entre elles applique pour ce faire des crèmes de dépigmentation. La pratique s’est complètement banalisée : elle est totalement ancrée dans les grandes villes de Côte d’Ivoire, du Sénégal, du Nigeria et jusqu’en Afrique du Sud. De Dakar à Saint-Louis en passant par Podor, Matam et Dagana, toutes les villes du Sénégal semblent céder à cette tendance d’une peau plus pale.

La présidente de l’AIIDA, le professeur Fatoumata Ly est très inquiète au sujet de la dépigmentation qui fait des ravages au Sénégal. Elle a plaidé samedi pour l’interdiction de la vente des produits cosmétiques de dépigmentations afin d’éradiquer le phénomène croissant de « la dépigmentation cosmétique volontaire » (DCV) au Sénégal.

Elle s’exprimait à l’occasion d’un panel organisé par l’AIIDA sur le thème : « Quelles mesures pour une politique nationale de prévention de la dépigmentation cosmétique volontaire ? ». Fatoumata Ly répond : « Des mesures doivent être prises par les plus hautes autorités étatiques pour interdire la commercialisation de ces produits cosmétiques de dépigmentation pour éradiquer ce fléau », a-t-elle déclaré.

Des chiffres qui inquiètent

Coumba Bâ, vendeuse de friandises pour enfants au marché de Cambérène, à Dakar, le définit ainsi : « C’est rendre sa peau plus belle, plus attractive, parce que la femme n’a que sa beauté à vendre. Elle n’a que son corps à montrer, c’est son atout majeur. Le charme d’une femme, c’est la peau claire ». La dépigmentation apparaît plus fréquente chez les Dakaroises âgées de 20 à 40 ans, chez les femmes mariées, celles ayant un niveau de scolarisation primaire, celles ayant une activité professionnelle comportant un contact direct avec une clientèle et chez les femmes possédant des biens de consommation.

Mais cet usage de produits de dépigmentation est composé de lait ou crème à base d’hydroquinone ou de crèmes et gels à base de corticoïdes puissants. Un facteur à risque pour l’hypertension artérielle et le diabète. Les produits utilisés sont potentiellement toxiques, ont de nombreux effets secondaires, et sont très réglementés. Et de plus en plus de voix s’élèvent pour demander au gouvernement d’interdire comme en Gambie ou en France, l’importation des produits de dépigmentation.

Le Sénégal est en effet le 2e pays d’Afrique où la dépigmentation est la plus forte, juste après la République démocratique du Congo (d’après un classement de 2012). On estime que 2 Sénégalaises sur 3 se détruisent la peau. Les nombreuses publicités pour les produits éclaircissants misent honteusement sur ces croyances en jouant sur l’équation : « peau foncée équivaut à échec professionnel ». Plus grave encore, des parents appliquent même ces traitements sur leurs enfants. Une étude, datant de 2012, prouve en effet que 5 Sénégalaises sur 10, c’est-à-dire 52 % des femmes, pratiquent la dépigmentation avant 14 ans.

Awa TRAORE

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