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[PEOPLE] SONIA ROLLAND : « LE RWANDA A BEAUCOUP À NOUS APPRENDRE »

Pour les 20 ans du génocide, l’ex-Miss France a réalisé un documentaire « Rwanda : du chaos au miracle » programmé sur France Ô. Elle s’en explique.

Propos recueillis par Mérième Alaoui

Le Point Afrique : Vous êtes née au Rwanda et y avez grandi jusqu’à l’âge de 8 ans, un an avant le génocide…

Sonia Rolland : J’ai vécu au Rwanda jusqu’en 1989, puis avec ma famille, on l’a quitté pour le Burundi, car mon père rencontrait des difficultés avec son imprimerie. Quand le drame a éclaté, cela s’est répercuté aussi au Burundi. Ma mère a vite senti le danger et a décidé de nous rapatrier en France. Mon père est resté plus longtemps pour vendre son affaire, mais il est finalement rentré bredouille… Nous avons donc rejoint ma grand-mère paternelle en Bourgogne. Je suis retournée au Rwanda ensuite pour la première fois en 2001. J’y ai créé une association pour les enfants qui finance, par exemple, la construction d’écoles. J’y suis retourné ensuite chaque année. Cela m’a amenée à vouloir témoigner à l’occasion des vingt ans du génocide…

Sous la forme d’un documentaire de 52 minutes…

Je savais qu’on allait beaucoup parler du drame, et évidemment, c’est nécessaire. Mais je craignais qu’on ne retienne rien sur les avancées du pays. Il a accompli des prouesses économiques, sociales, sociétales impressionnantes en vingt ans. Les gens ne savent pas forcément tout cela… Je me suis lancée dans cette aventure pour ces raisons : expliquer exactement ce qui est en train de se passer aujourd’hui.

Le génocide du Rwanda est encore un sujet sensible, voire tabou en France… C’était important de diffuser ce film sur une chaîne publique ?

Oui, c’est important, notamment sur TV 5 Monde, car cela va être vu en Afrique, ça va peut-être encourager d’autres pays et d’autres Africains à sortir de la posture de victime… Oui, on le sait, l’Afrique a subi le colonialisme et elle le subit encore aujourd’hui sous forme d’un certain paternalisme… L’exemple du Rwanda montre qu’il faut sortir de cela, qu’il faut savoir se mettre en question pour pouvoir écrire à partir du passé. Il ne s’agit pas de l’occulter, mais au contraire d’éviter de reproduire les mêmes erreurs. Il y a une vraie désinformation sur la croissance de ce pays quant à la perception réelle de ce pays. Pour le financement du film, il a été difficile de convaincre les producteurs que le Rwanda connaît une évolution phénoménale. Honnêtement, quand j’en parlais, j’avais l’impression de raconter monts et merveilles !

On vous a même reproché d’avoir fait un documentaire qui sert Paul Kagamé…

Oui, mais c’est n’importe quoi ! Déjà, je ne l’ai pas rencontré. Dans le documentaire, je ne relaie que des propos de gens qui vivent là-bas ou des observateurs. Je n’ai eu aucun financement du Rwanda… Et puis, c’est très grave de réduire un peuple à un seul homme qui s’appelle Kagamé. Si l’évolution a été possible, c’est aussi car le peuple l’a voulu ! On sait tous que Kagamé est une personne très autoritaire qui ne manie pas du tout la parole diplomatique. Mais, en même temps, je défie qui que ce soit de pouvoir rendre les mêmes résultats sans faire preuve d’autorité, et en si peu de temps. Bien sûr, tout n’est pas rose, mais il faut souligner aussi ce qui va.

Est-ce que le Rwanda n’est pas finalement à l’image de l’Afrique d’aujourd’hui ? En pleine mutation, décomplexée et moderne ?

L’Afrique est multiple, elle a des ressources énormes et est capable de rebondir, on le voit bien à travers différents exemples. Il faut laisser à l’Afrique le droit d’écrire son histoire. Pourquoi ce sont toujours les historiens extérieurs qui écrivent l’histoire de l’Afrique ? Le Rwanda a retrouvé cette identité-là. Les Rwandais vont piocher dans les traditions précoloniales et les remettre au goût du jour pour qu’elles fassent partie des grands thèmes politiques, économiques et sociaux du pays. C’est l’exemple d’un nouveau concept politique. Le Rwanda a beaucoup à nous apprendre… Il faut donc que l’Afrique s’organise et qu’elle marche dans la même direction. Ensuite, elle va s’élever. C’est d’ailleurs ce qui fait peur à l’Occident…

Le Rwanda est donc un exemple économique ?

Comme le disait Kagamé, l’ambition est de devenir « le Singapour d’Afrique ». On mise notamment beaucoup sur le tourisme conférencier pour présenter les splendeurs du pays aux investisseurs. Des chaînes d’hôtels de très haut standing sont installées. Une politique environnementale très stricte est en cours, au Rwanda, tout est très propre ! De plus, la place de la femme est très importante, par exemple 64 % sont élues au Parlement, ce n’est pas rien ! Mais tout cela ne serait rien sans le consensus. On est sorti de l’individualisme, les gens ont compris que si on faisait un travail collectif, on arriverait à un bon résultat.

Source :

http://afrique.lepoint.fr/actualites/sonia-rolland-le-rwanda-a-beaucoup-a-nous-apprendre-26-11-2014-1884594_2365.php

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