PARIS: IL FAIT UN TÊTE À TÊTE AVEC UN POLICIER

Quand on parle de violences policières, on s’attend à des scènes violentes d’interpellations ou des « meurtres » commis par les forces de l’ordre, sur des victimes souvent désarmées, comme il est fort récurrent depuis quelques années.

La scène qui nous est rapportée par les Observateurs France 24, est assez inhabituelle ou du moins peu fréquente. Il s’agit en effet, « d’un duel » entre un agent des forces de l’ordre « en service » et un jeune homme, sous le regard d’un public plutôt spectateur composé de policiers eux-aussi « en service » et d’autres jeunes encourageant leur jeune « pugiliste ». Plutôt étrange, quand on sait que les forces de l’ordre ont pour objectif de faire régner l’ordre et éviter que des violences éclatent dans la société. L’altercation, filmée à Paris et diffusée sur les réseaux sociaux, a cumulé plus de
800.000 vues.

La scène se déroule dans la nuit du 27 juin dernier à trois heures du matin dans le quartier de Porte de la Chapelle à Paris. Réunis pour faire une partie de « FIFA » sur Playstation, entre potes, quatre jeunes se sont tranquillement installés devant la maison de l’un d’eux, rue Raymond Queneau dans le 18ème arrondissement, où ils ont installés tout le matériel disponible pour ainsi passer un bon moment. Le jeune homme de 20 ans, sans emploi, qu’on surnomme affectueusement « Dybala », comme le joueur argentin de la Juventus de Turin (sûrement pour ses prouesses dans le jeu), a l’habitude de rejoindre ses amis pour ce genre de soirée.
Tout semblait se passer normalement bien, jusqu’à ce que la police à fait irruption sur les lieux. « La patrouille est venue une première fois. Le policier avec qui je me suis battu par la suite était déjà nerveux et agressif. Il a menacé de nous gazer si on ne rangeait pas la PlayStation. Ses collègues étaient calmes. Je pense qu’ils ne voulaient pas montrer leur désaccord devant nous.  » rapporte le jeune « Dybala ». Sur le trottoir d’en face, « Samy » (prénom modifié*), 28 ans, est témoin de la scène « Au début, même s’il y avait un rapport de force, ça ressemblait à un contrôle de routine « , confie-t-il.

Peu de temps après, la patrouille revient. « Nous avions commencé à ranger quand le policier s’est dirigé vers moi et m’a poussé en me parlant mal « , rapporte Dybala. Rapidement, le ton monte entre le jeune homme et le policier. « Il a fini par me mettre une gifle. Moi aussi je suis nerveux et insolent, alors je lui ai dit de se décaler et de me gifler à nouveau s’il ose. Il l’a fait. »Tout s’enchaine. Les deux hommes se battent sous le regard du reste de la patrouille, des amis de Dybala et d’autres témoins. « Les agents de la patrouille ont dit de ne pas séparer. » Ce n’est qu’après avoir blessé le policier « à l’arcade » qu’une collègue du sulfureux policier a tenté de réagir, mais Dybala et ses amis avaient déjà pris la poudre d’escampette. Ils ne seront pas poursuivis par les agents présents ce soir, aucun renfort ne sera contacter pour tenter de rattraper les jeunes gens, chose inhabituelle dans ce cas de figure. Ils sont tout simplement remontés à bord de leur véhicule et sont repartis.
« Le policier est repassé deux jours après rue Raymond Queneau, il m’a nargué en me disant t’es content, tu fais le buzz. Cette fois je n’ai pas répondu « , confie le jeune Dybala.
La vidéo de la scène, qui semble avoir été filmée par un ami de Dybala, a été récupérée par Samy* qui l’a transmise à l’Observatoire nationale des violences policières. Sur la page de l’organisation, elle a été visionnée 60.000 fois, avant d’être relayée sur une autre page répertoriant des videos de combats de rue où elle a fait 745.000 vues.
Pour Amal Bentounsi, porte-parole de l’Observatoire et fondatrice du collectif « Urgence notre police assassine » après la mort de son frère tué par « un policier d’une balle dans le dos », « cette vidéo a fait surgir plusieurs témoignages qui laissent entendre qu’il ne s’agit pas d’une pratique isolée. Elle explique en outre qu’elle n’a toutefois connaissance d’aucune procédure judiciaire pour des motifs similaires à ce jour. Dybala reconnait que c’est une première pour lui, mais pas dans le quartier. « Je connais au moins trois personnes de ma génération à Marx Dormoy qui ont déjà fait un face à face avec un policier. »

Une autre réaction, est celle de Quentin Gourdin, porte-parole de l’association de policiers RAID Aventure, qui se dit interloqué à la vue de cette vidéo : « C’est une pratique d’un autre âge. En quinze ans de carrière dans les quartiers difficiles d’Île-de-France, dont je suis issu, je n’ai jamais rien vu de tel. C’est un manque de probité et un non-respect de la déontologie.  »

Quant à Axel Ronde, secrétaire général du syndicat CGT-Police Île-de-France, il reconnaît qu’en dépit de la fréquence des des situations complexes où les gens veulent obtenir un tête-à-tête avecdes policiers, « tout se limite souvent aux paroles ». Il avoue être surpris, et que c’est la première fois qu’il voit ce genre de faits se concrétiser. « On n’est pas sur un ring. Il faut attendre qu’il y ait une enquête pour se prononcer, mais les images sont extrêmement choquantes et surréalistes. Les policiers se ridiculisent et ça n’a aucun intérêt. Bien sûr il peut y avoir des dysfonctionnements. Mais que des agents tombent aussi bas ça doit nous interpeller sur le manque de formation et d’encadrement de nos forces dans les secteurs les plus difficiles. » Pour lui, la seule explication possible est que les deux protagonistes se connaissaient et avaient un différend. Ce que nie Dybala.

Pour l’heure aucune enquête en interne n’a été ouverte, et aucune plainte n’a également été déposée, des deux côtés.

Aux yeux de la justice, le jeune homme et le policier, même s’il est avéré qu’ils étaient consentants, restent responsables pénalement de leurs actes. Ces violences constituent un délit qui peut être puni jusqu’à trois ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende. Le policier risque par ailleurs des sanctions administratives, comme les autres agents de la patrouille, pour qui ces sanctions « peuvent aller jusqu’à la révocation « , précise Axel Ronde, notamment pour n’être pas intervenus et pour non-dénonciation d’un délit.
Le policier « bagarreur » cherchait-il à faire le buzz ? était-il dans un état normal au moment des faits ? pourquoi ses collègues ne sont-ils pas intervenus et n’ont-ils pas poursuivi le jeune Dybala et ses amis ?

Autant de questions que vont devoir répondre les intéressés, en cas d’ouverture d’une enquête, ce qui semble imminent.

Une fois de plus, la police a fait montre d’immaturité et de non-maitrise face aux habitants. Ce qui pose aussi la question de la qualité de formation des agents des forces de l’ordre qui de plus en plus manquent cruellement de « sang-froid ». Une bavure de plus, une de trop. Il est plus qu’urgent que les autorités compétentes prennent des sanctions pour enrayer le phénomène des violences policières.

NegroNews

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Etudiant Journaliste, Blogueur, 25ans. Passionné de lecture et de sport (Football, Judo, Boxe). Gabonais, j'ai une Licence en Lettres Modernes Option Littérature, civilisation et culture française et francophone.

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