LES ŒUVRES D’ART DU BÉNIN SERONT-ELLES RAPATRIÉES ?

Selon l’UNESCO, 90% des pièces majeurs de l’histoire de l’Afrique subsaharienne se trouvent hors du continent africain.
Au bénin les autorités affirment que 4.500 à 6.000 objets du patrimoine culturel du Dahomey (actuel Bénin) se retrouvent actuellement dans l’hexagone et font le prestige des musées français, principalement du Quai Branly à Paris. Ces œuvres sont témoins de l’histoire du continent noir, continent qui paradoxalement selon l’ancien président français Nicolas Sarkozy n’est pas assez entré dans l’histoire.

Le 27 juillet 2016, les autorités béninoises ont exprimé officiellement le désir de rapatrier ces œuvres pillées lors de la période coloniale sur le sol béninois et ont donc contacté les autorités françaises qui y ont opposé une fin de non-recevoir.

Les biens que vous évoquez ont été intégrés de longue date, parfois depuis plus d’un siècle, au domaine public mobilier de l’état français. Conformément à la législation en vigueur, ils sont soumis aux principes d’inaliénabilité, d’imprescriptibilité et d’insaisissabilité. En conséquence, la restitution n’est pas possible.

Avait déclaré le ministre français des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault à l’endroit des autorités françaises.

Depuis ce refus des autorités françaises, les réactions fusent de partout.

Pour le CRAN (Conseil représentatif des associations noires de France): certes, ces objets sont classés au patrimoine de la France. Mais il existe en France une Commission scientifique nationale des collections, dont la mission est justement de déclasser les objets soumis à son examen, en vue d’une éventuelle restitution. Le principal critère est le mode d’acquisition. Quand des objets du patrimoine ont été volés, la Commission statue en conséquence, et peut alors les déclasser en vue d’une restitution intégrale. Par conséquent, ces biens, qui ont été emportés par les armées coloniales (il n’y a évidemment aucun débat sur leur origine) peuvent être déclassés et restitués.

D’après un certain Yves-Bernard Debié avocat spécialisé en droit du commerce de l’Art, le Bénin n’a pas la légitimité de réclamer ces œuvres d’art car selon lui ces œuvres n’appartiennent pas qu’à lui.

L’autre problème juridique qui est soulevé ici, c’est l’origine même des objets. Le Royaume de Dahomey s’étendait sur ce qui est à la fois le Bénin et le Nigeria aujourd’hui. Est-ce que le Bénin est fondé à faire cette demande?

A-t-il affirmé. Visiblement, l’avocat en question a quelques soucis de compréhension des faits historiques. Car en effet, le royaume du Dahomey est un royaume Fon qui était situé dans l’actuel Bénin. Un petit cours d’histoire fera du bien et permettra de ne pas revenir sur la question de légitimité, car ceux qui ont emporté ces œuvres, reconnaissent clairement l’origine de ces œuvres.

Pour Marie Cécile Zinsou, directrice de la fondation Zinsou, la récupération de ces œuvres est également une façon pour le pays de récupérer son histoire.

Certains affirment que le Bénin n’a pas la capacité d’entretenir ses objets s’ils sont rapatriés. Un argument que les autorités béninoises balaient du revers de la main.

Macron a de son coté affirmé qu’il s’engagerait pour faciliter la restitution temporaire ou définitive de ses œuvres. Si certains ont apprécié cette affirmation de Macron, pour la plupart de ceux qui milite pour la restitution, celle-ci n’est qu’une opération de charme qui en réalité n’apporte rien au débat.

Il a fallu attendre le déplacement du président béninois en France pour qu’il y ait une petite avancée qui peut toujours être considérée comme une opération de charme.En effet lors de la conférence de presse animée par le président béninois Patrice Talon et le président français Emmanuel Macron, ce dernier a affirmé que deux universitaires : Felwine Sarr et Bénédicte Savoy vont discuter de la possibilité du rapatriement des œuvres avec les autorités béninoises. Mais depuis, il n’y a eu aucune avancée sur le sujet.

Ce jour, lors de la conférence internationale sur la circulation des biens culturels qu’accueille l’UNESCO, le président Patrice Talon reviendra sur la question dans son franc parlé afin que le retour de ses œuvres au Bénin devienne le plus tôt possible une réalité. Plusieurs autres pays africains dont une bonne partie du patrimoine a été emportée au cours de la colonisation vont également envoyer des représentants.

Le Bénin qui désire faire du tourisme un levier de développement ne voit en aucun cas son patrimoine matériel drainer des milliers de touristes vers la France.

Dah Minwicodji

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