LA NON-MIXITÉ, UN CONCEPT QUI DÉRANGE

Le festival Nyansapo et la vive polémique qui l’a suivie ont permis de mettre le doigt sur un problème bien de notre temps et qui dérange au plus haut point la société française, c’est le besoin ressenti de « non mixité ». ‎

À l’annonce de l’organisation du festival, à Paris, du 28 au 30 juillet 2017, l’on a assisté à une déferlante contre le collectif afro-féministe Mwasi (Femme en Lingala). Le motif de ses attaques, le festival serait « interdit aux blancs ». Nous n’allons pas revenir sur ses éléments factuels qui ont déjà été exposés dans le cadre d’un autre article. Ici, ce qui nous intéresse c’est de savoir en quoi ce concept de non mixité dérange ou non.

Pour y parvenir, le magazine Jeune Afrique s’est entretenu avec Françoise Vergès, une intellectuelle française, militante féministe et antiraciste qui a livré son analyse sur le sujet. D’emblée l’avis de l’écrivain tranche d’avec le sentiment ambiant. Elle soutient le principe de la non-mixité, au motif qu’elle est une forme de préalable à une lutte antiraciste et féministe unitaire.‎‎

Pour l’intellectuelle, la non-mixité répond à un besoin réel d’avoir un cadre d’expression libéré, pour un groupe d’individus vivant dans une société où un autre groupe détient le pouvoir et en abuse. Ce désir consistant à vouloir se retrouver avec les siens permet un échange libre et dépourvu de tous soupçons, mais surtout permet de librement exprimer colères et frustrations. Ce fut par exemple le cas avec les afro-américains, pour les communautés gays, ça l’est même toujours sans que cela ne pose de problème particulier.

Pour ce qui est de la France, Françoise Vergès nous rappelle que, dès événements non-mixtes, l’Hexagone en a connus. Ainsi illustre-t-elle ( morceaux choisis), « Prenons un exemple : les journées de dénonciation des crimes contre les femmes à la Mutualité en mai 1972. Il y avait dans ce cadre des réunions de femmes non-mixtes (…) La réelle nouveauté, c’est que jamais auparavant une organisation antiraciste ou une élue de gauche n’avaient cherché à faire appel à la loi pour les interdire.», avant de rajouter, ‎«C’est la première fois qu’une organisation qui se dit antiraciste et une élue de gauche font confiance à la fachosphère».

La non-mixité a certes, toujours suscité des débats, mais, dans le contexte français, l’événement « Nyansapo » est marqué d’une particularité, «Ici le sexisme croise le racisme». En effet, que des femmes veuillent déjà se retrouver, cela est de nature à déranger la classe élitiste, mais qui plus est, des femmes noires, la pilule ne passe pas.

Il faut dire que la Licra et SOS racisme ont aussi fustigé la tenue de ce festival. Pour Françoise Vergès, cela dénote simplement d’une fracture entre l’idéal qu’entendaient défendre ces organismes et leur réalité d’aujourd’hui. Du fait d’une pénétration du politique dans ces organes, du fait d’un désir excessif de control, il y est désormais question d’un anti-racisme qui se veut politique et non plus moraliste.

«C’est totalement hypocrite. Certes l’ignorance protège et il vaut mieux penser que on est « tous pareils », « frères et sœurs ». Mais avant qu’il y ait des alliances, il faut bien parler de ce qui divise et qui a été institué historiquement : les privilèges accordés aux membres de la société colonisatrice. Il suffit de lire les rapports du gouvernement lui-même ! Que vois-je quand je regarde l’Assemblée nationale, un club de chefs d’entreprise, le monde des arts et de la culture, le gouvernement, les présidents d’université, les boards des grandes écoles ? Une majorité d’hommes blancs se plaçant à la tête d’une société dont l’Institut national d’études démographiques (Ined) dit qu’elle est aujourd’hui constituée de 30% de non-Blancs.»‎

Source Jeune Afrique‎

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