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MIGRANTS : UNE ACTION EN JUSTICE INTENTÉE CONTRE L’ITALIE

Une action en justice, au nom de 17 survivants d’un drame filmé en Méditerranée, a été intentée contre l’Italie auprès de la Cour européenne des droits de l’homme. La plainte s’est appuyée sur la vidéo de seize minutes, extrêmement documentée, publiée le 26 décembre par la section « Opinions » du New York Times.

Une embarcation de fortune à la dérive, un bras émergé au-dessus de l’eau, appelant désespérément à l’aide avant de sombrer sous les flots houleux, des migrants se débattant au milieu de la mer sous le regard presqu’insensible de garde-côtes libyens, des cris de désarroi, des tirs d’intimidation, des sauveteurs en difficulté… et de petits enfants au milieu de tout ça. Voici de quoi se compose la vidéo mise en ligne sur le site du journal américain New York Times et dont la version française diffusée le 2 janvier dernier sur la chaîne YouTube du magazine d’information Courrier international a été vue à ce jour près de 50 000 fois.

Dans cette séquence filmée d’une quinzaine de minutes, on voit un sauvetage d’une embarcation de 150 migrants en Méditerranée, en novembre 2017. Ce jour-là, vingt personnes se sont noyées. Avec l’aide de cette vidéo, le Global Legal Action Network et l’Association pour une étude juridique de l’immigration, soutenus par des étudiants de l’école de droit de Yale, ont intenté, au nom de 17 survivants de ce drame, une action en justice contre l’Italie auprès de la Cour européenne des droits de l’homme.

La vidéo produite par le quotidien américain avec le Forensic Oceanography (organisation qui tient le compte des morts de migrants en Méditerranée) et le Forensic Architecture (un groupe de recherche qui enquête sur les violations des droits de l’Homme) montre la responsabilité des garde-côtes libyens dans ce drâme. Selon les auteurs de la vidéo, les garde-côtes n’ont pas vraiment pour objectif de sauver les migrants proches de la noyade et compliquent l’intervention d’ONG de sauvetage en mer, comme Sea-Watch, une organisation allemande, présente ce jour-là. On peut les entendre, en effet, sommer ainsi les travailleurs humanitaires : « On vous surveille depuis plusieurs jours. Ne revenez pas près de nos eaux territoriales. La prochaine fois, vous serez pris pour cible… N’approchez pas sinon [on] vous tue ! »

Puis les marins libyens jettent des projectiles contre les humanitaires venus sur les lieux, avant de maltraiter les rescapés montés à bord. « Voilà le partenaire privilégié de l’Europe à l’œuvre », commentent les auteurs de la vidéo. Parmi ces migrants hissés sur le pont des garde-côtes, certains choisissent même de repartir dans l’eau plutôt que de rester sur le bateau, tandis que les autres seront ramenés en Libye, où ils seront maintenus dans des camps de détention, dans des conditions généralement déplorables. Ce jour-là, Sea-Watch aura secouru 58 personnes, 47 seront reparties avec les garde-côtes.

Les auteurs de la tribune du New York Times annoncent espérer « que cette plainte incitera la Cour européenne à juger que les pays ne peuvent pas sous-traiter leurs obligations légales et humanitaires à des partenaires douteux, et qu’ils peuvent être tenus pour responsables des résultats de ces violations ».

Stéphane Baï

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