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MACRON VEUT CONTRÔLER LA FÉCONDITÉ DES FEMMES EN AFRIQUE

Emmanuel Macron a déclaré que de nombreuses femmes africaines choisiraient de fonder des familles moins nombreuses si elles avaient davantage accès à l’éducation et à la planification familiale.

«L’un des problèmes critiques de la démographie africaine est qu’il ne s’agit pas d’une fertilité choisie», a déclaré Macron, s’exprimant le 26 septembre 2018,  lors de la manifestation «goalkeepers» de la Fondation Gates en marge de l’assemblée générale des Nations Unies à New York. Cet événement annuel réunit des «leaders dynamiques de la planète» pour «comprendre les défis de l’humanité».

«Je dis toujours:« Présentez-moi la femme qui a décidé, étant parfaitement éduquée, d’avoir sept, huit ou neuf enfants. Veuillez me présenter la jeune fille qui a décidé de quitter l’école à 10 ans pour se marier à 12 ans »  rapporte The Guardian.

Il a ajouté: «C’est simplement parce que beaucoup de filles n’étaient pas correctement éduquées, parfois parce que ces pays ont décidé que leurs droits n’étaient pas exactement les mêmes que ceux du jeune homme. Ce n’est pas acceptable ”.

Établissant ses trois piliers pour le développement : santé, éducation et égalité des sexes, Macron a réexaminé la controverse suscitée par ses précédents appels au ralentissement de la croissance démographique africaine, notamment dans un discours prononcé en 2017 au Burkina Faso.

Lors de son déplacement à Ouagadougou, Le Président Macron avait déclaré qu’il ne sert à rien « de dépenser des milliards d’euros » dans « des pays qui ont encore sept à huit enfants par femme ».

En disant cela, il participe à une campagne idéologique visant à accréditer le fait que l’Afrique ne s’en sort pas à cause de sa démographie et de manière sous-jacente qu’elle constituerait une bombe migratoire. C’est le retour en force d’une vieille idée réactionnaire (que l’on pensait estompée) qui inverse les choses pour mieux masquer les responsabilités coloniales et néolibérales dans la situation du continent africain. Ces visions erronées ont jadis servi de substrat aux idéologies esclavagistes puis colonialistes. Elles continuent de prospérer de nos jours.

N’en déplaise à M. Macron, la réflexion sur la démographie africaine a commencé bien avant son discours. Les connaissances accumulées au fil du temps ont déplacé la problématique de l’approche malthusienne qui est la sienne à une vision beaucoup plus en accord avec les faits. Ainsi, la Conférence internationale du Caire sur la population et le développement en 1994 avait montré que l’accès à l’éducation, à la santé, au développement, singulièrement pour les femmes, amenait à une baisse du taux de fécondité. Le progrès social et la promotion des droits des femmes par l’amélioration de la santé génésique sont le meilleur moyen de réduire la fécondité.

Il est aujourd’hui clairement établi que la croissance démographique interagit avec l’économie et le social. Après avoir subi des années d’endettement, d’ajustement structurel et de pillage, des pays d’Afrique ont inauguré un modèle libéral de croissance forte sans développement réel, car très inégalitaire. Cette logique capitaliste d’accaparement à un pôle de plus en plus restreint se généralise dangereusement dans le monde. Elle se traduit par cette donnée rappelée par l’ONG Oxfam : 82 % des richesses nouvelles produites sur la planète sont captées par les 1 % les plus riches. C’est ce modèle qui déstabilise les sociétés, encore plus durement en Afrique. Que l’on permette aux pays africains de mettre en œuvre des choix de développement endogènes, créateurs d’emploi, valorisant les richesses du sol et du sous-sol au profit des populations, avec de larges programmes sociaux et un retour des services publics, et l’on verra automatiquement baisser le taux de fécondité. Voilà la réalité qu’il faut opposer au retour des discours dominants.

En dépit de son manque de popularité nationale, Macron est considéré à l’ONU comme le flambeau mondial du multilatéralisme. Dans son discours, il a expliqué comment il souhaitait remodeler les principales institutions multilatérales pour les protéger de l’obstruction populiste. La France présidera le G7, le rassemblement des pays industrialisés, en 2019, et il a placé la question des inégalités au cœur de son programme.

 

NN

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