L’ESCLAVAGE SE POURSUIT TOUJOURS EN MAURITANIE

Le 10 mai, c’était la journée commémorative du souvenir de l’esclavage et de son abolition, l’occasion est idéale pour se souvenir que, oui l’esclavage a été aboli, oui l’esclavage est un crime contre l’humanité, mais oui en Mauritanie cette ignominie se poursuit dans l’indifférence la plus totale.

«L’esclavage sévit toujours. C’est-à-dire qu’on fait travailler les victimes sans les payer. Toutes les tâches pénibles en Mauritanie sont confiées aux haratines. Des domestiques ont été envoyés en Arabie Saoudite où ils ont été abandonnés à leur sort. Les victimes sont dépossédées de leurs terres. Ils travaillent pour les maîtres sans être payés. Et l’État fait tout pour ne pas éduquer ces populations qui vivent à la marge, abandonnées à elles-mêmes dans les périphéries», affirme ‎Souleymane Niang, membre du collectif des Mauritaniens de France.

Il faut dire que, délaissées à elles-mêmes, les associations mauritaniennes doivent ‎généralement manifester pour maintenir une forme de pression sur les autorités du pays. On se demande bien ce que font les instances internationales, qu’est-ce qui justifie un silence qui a quasiment valeur d’approbation?

«Chez nous, les esclaves représentent 20% de la population. Ce sont des personnes qui naissent propriété d’autres personnes. Elles n’ont pas de papiers d’état civil. Elles n’ont pas le droit à l’éducation. Elles travaillent sans repos, sans salaire, sans soins et subissent des châtiments corporels. Le maître a le droit de castrer son esclave quand il est beau et qu’on peut craindre une aventure sexuelle entre lui et les filles ou les femmes du maître». Ces mots, sont de Biram Dah Abeid, président du mouvement antiesclavagiste mauritanien (IRA), lors d’un entretien accordé à Géopolis

Des mots qui‎ nous rappellent et nous ramènent aux heures les plus sombres de l’histoire du peuple noir. Mais cette fois, cela se fait en terre africaine, tout juste à côté du Sénégal et nous sommes bien en 2017‎.

Pour rappel, l’esclavage en Mauritanie est lié à l’instauration d’un système de castes remontant à l’antiquité. Déjà en 1905, il avait été aboli par le biais d’un décret des autorités coloniales. En 1961, si l’égalité des citoyens avait bien été insérée dans la constitution du pays, aucune mention n’a fait référence à ce crime. Un déni, une omission qui cadre bien avec le désir du pouvoir blanc en place de maintenir les populations noires dans cet état.‎ ‎

Il est temps que ce problème soit traité avec rigueur et non de façon aussi légère, voire même humiliante comme s’y est prise Urmila Bhoola, la rapporteuse spéciale des Nations unies chargée des formes modernes d’esclavage. Lors d’une visite en avril 2017 dans le pays, elle saluait les grands progrès accomplis dans le domaine de la lutte contre l’esclavage et l’éradication de ses causes.

Un propos qui a résonné comme une énormité pour BiramDah Abeid. «Je ne vois pas comment on peut parler d’amélioration alors que les mouvements ‎antiesclavagistessont réprimés chaque jour et leurs leaders emprisonnés. Je pense que cette personne a pu rencontrer des membres du gouvernement et des organisations inféodées au pouvoir et qu’elle s’est limitée à leur appréciation. En fait, il faut aller à l’intérieur pour observer le phénomène. Dans des quartiers périphériques et les coins les plus reculés du pays. C’est là où le problème subsiste» a-t-il répondu.‎

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