[LA PAROLE EST A VOUS] LE METISSAGE : CULTURELLEMENT, IN CONCRETO ? (2/4)

Suite à notre premier article « Le métissage : perception populaire », nous allons maintenant nous pencher sur le métissage en tant que question culturelle, en tant qu’apport ou non à l’individu, mais aussi en ce qu’il est une évolution, une construction ou dévolution, une déconstruction culturelle. Nous reprendrons le même principe que lors de notre premier article : un questionnaire posé à environ 300 personnes différentes par leur âge, leur sexe ainsi que leur catégorie socio-professionnelle. L’intérêt de cette enquête et de cet article réside en ce qui est de montrer l’appréciation populaire du métissage en tant que question culturelle relative à l’individu, mais aussi à la société.

Dans un premier temps, nous avons pu demander à ces personnes si pour eux le métissage était un mélange de différentes cultures ou bien un choix subjectif culturel (soit une culture dominant l’autre). La majeure partie des gens associant « métissage » à « mélange », c’est sans aucune surprise que la réponse à cette question fut la première. Cependant, certaines personnes sont venues nuancer leur réponse en assurant que s’il s’agissait d’un mélange culturel au début, en grandissant la personne finira par s’orienter plus ou moins vers l’une ou l’autre culture notamment par le biais de sa famille, de l’école ou alors de ses fréquentations. D’autres personnes ont choisi la seconde réponse sans pour autant expliquer pourquoi cela. Mais d’autres ont répondu en outsider en estimant que c’était plus un résultat qu’un mélange ou un choix ou bien que cela puisse être les deux, dépendre des cas. Un des sujets interrogés a pu répondre que selon lui ce n’était ni l’un ni l’autre, alors qu’un autre sujet a pu répondre que c’était un « mixage de couleur de peau ». Deux réponses sont particulièrement marquantes, celle de S. 22 ans étudiant actif qui a répondu « c’est quand tu sais que ton cul est entre deux chaises, mais au lieu d’en choisir une, eh bien tu tentes un grand écart. » montrant ainsi la difficulté d’être né entre plusieurs cultes et de devoir faire le choix ou non d’appartenir à l’une plus qu’à l’autre ou bien de se partager entre toutes celles qui sont en nous. La seconde réponse marquante est celle de R. 22 ans étudiant qui explique que selon lui, on ne se choisit en ce que l’on est à la fois son héritage ethno-culturel mais aussi la société dans laquelle on vit, car être métisse c’est aussi une construction sociale (cf. l’existence du métissage en France par exemple, mais pas aux États-Unis où on est noir ou blanc par exemple). Pour cet étudiant, être métisse c’est avant tout un travail : n’est pas métisse qui veut.

Dans un second temps, nous avons demandé aux participants si pour eux le métissage était une évolution, une construction culturelle ou bien une dévolution, une déconstruction culturelle. La plupart des personnes voient cela soit comme une évolution culturelle ou bien une construction culturelle, voire les deux. Évolution en ce que le métissage a su se répandre de plus en plus au fil des siècles, historiquement en ce qu’il a été un des socles de l’humanité (cf. l’exogamie par exemple) mais aussi en ce qu’il est un symbole d’amélioration sociale et de bon vivre ensemble, une avancée en ce qui concerne le seuil de tolérance de chacun, c’est ce fait que cherche à montrer N. 20 ans étudiant « le métissage est l’évolution naturelle d’une société dont les différents groupes sont de plus en plus en contact. cependant, il ne s’agit effectivement pas d’un vecteur de distinction culturelle, mais bien d’uniformisation. quelle que soit la valeur qu’on accorde à l’une ou à l’autre. ». A. 25 ans chômeur affirmera même « C’est pour moi une évolution culturelle. Ni dans un sens forcément positif, ni dans un sens négatif. C’est surtout une conséquence de notre société actuelle où l’on vit plus mélangés qu’avant à cause des mouvements de populations. Je pense quand même que cela a plus d’aspects positifs que négatifs. » ou encore C. 31 ans actif qui dira « C’est le monde de demain » N. 20 ans étudiant ira jusqu’à parler de « révolution des principes archaïques » et J. 21 ans étudiant y verra une « construction culturelle qui véhiculera un message d’amour du prochain et non de peur ». Beaucoup relèveront l’apport et la richesse du métissage en tant qu’évolution et construction culturelle parlant même d’ « identité culturelle » C. 24 ans étudiant. Cependant, il y a des participants qui nuancent leurs avis comme L. 19 ans qui estime que c’est une « évolution tant que ce n’est pas l’appropriation culturelle » ou encore S. et A. étudiantes qui disent que cela dépend de l’éducation que les parents donnent montrant que certains enfants se retrouvent « intégrés » à une culture plus qu’à une autre pointant du doigt une évolution théorique, mais une déconstruction dans la pratique, avis partagé par O. 31 ans actif qui soutient que le métissage « est souvent construction, [s’il] n’est que qu’exotique déconstruction. ».

D’autres ne sont cependant pas d’accord avec les termes proposés, par exemple M. 17 ans lycéen qui estime que ce n’est « Ni l’un ni l’autre, c’est inévitable, c’est un fait, il n’y a ni bien ni mal, peu importe. », idée que reprend H. 25 ans étudiant « Rien de plus que le résultat de deux personnes qui s’aiment. » ou S. 20 ans qui nous parle d’un « joli mélange […] une nouvelle personne qui naît de deux cultures ». Ces arguments semblent montrer qu’une partie de la population ne considère pas ce phénomène comme autre chose qu’un fait social comme un autre. Certains y voient une question à régler subjectivement, au cas par cas comme B. 22 ans étudiant « Encore une fois, c’est au cas par cas, mais pour les parents une des deux cultures va « dominer » l’autre dans le sens où c’est l’un des parents qui va éprouver une attirance particulière pour une autre culture que la sienne, […], même si les deux cultures d’origines vont mutuellement d’influencer. Dans le cas des enfants nés d’un couple mixte, en général, ceux-ci choisissent une culture plus que l’autre, que ce soit en fonction de leur éducation, ou de la pression sociale. mais cette appropriation culturelle peut se faire sur une vision fantasmé et essentialiste de celle ci et donc opérer une régression, il n’y a pas de réponse absolue à cette question, ne serait que vis-à-vis des différentes cultures que l’on métisse et de l’endroit où est élevé l’enfant. » avis partagé d’autres individus comme R. 31 ans actif ou bien G. 27 ans actif. Cependant, rappelons que 3,9% des personnes interrogées se montraient clairement défavorables au métissage et nous avons pu noter que certains n’y voyaient qu’une dévolution et/ou une déconstruction comme R. 23 actif qui y voit une « dégénérescence des cultures » ou encore A. 19 ans étudiant «Le terme de dévolution me paraît peut-être un peu fort, je dirais plutôt une contre-évolution négative, qui crée donc une déconstruction culturelle. ». Bien cela constitue des avis pour le moins « radicaux », certains se sont exprimés dans des propos plus nuancés comme C. 20 ans étudiant « Un problème que je constate est la déconstruction culturelle -comme vous l’appelez ici- a un petit niveau résultant d’un manque d’éducation et une faiblesse de caractère des jeunes d’origine française (imitation des autres cultures notamment arabe/maghrébine dans ce qu’elles ont de mauvais malheureusement) ».

Au terme de cette seconde partie de notre enquête, nous avons pu constater que le métissage est perçu majoritairement comme un mélange bien que certains d’entre nous y voient un choix d’appartenance culturelle du fait de la possibilité d’une culture dominant une autre au sein de l’individu. Cependant, si les individus envisagent le métissage comme phénomène sociologique à part entière plutôt qu’en tant qu’individu, il apparaît que certains individus envisagent ce phénomène comme une menace pour leur culture et les civilisations en général. Bien sûr ce groupe reste minoritaire et la majorité l’envisage plus comme une évolution corrélative à l’évolution humaine, ou alors à un phénomène sociologique sans conséquences néfastes voire comme un phénomène qui n’est pas à prendre comme tel mais, juste à considérer comme le fait d’un individu du fait de sa naissance.

NegroNews

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