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[INSPIRATION] YOUSSOUF TRAORÉ : D’ÉBOUEUR SANS ABRIS À GARDIEN DE BUT À VILLEMOMBLE

 

« J’ai dormi dans un local à poubelles pendant trois ans »

Vendredi, 7 heures, place de la Mairie à Bondy. Comme tous les matins depuis sept ans, Youssouf Traoré (28 ans), gardien de but de Villemomble (CFA 2), prend son poste d’éboueur. Vêtu d’un blouson orange et muni d’un balai, le portier, héroïque lors du 5e tour de la Coupe de France après avoir détourné deux tirs au but contre le FC Mantois (CFA), nettoie la ville de Seine-Saint-Denis jusqu’à 13 heures. Toujours dans la bonne humeur. « J’aime mon travail et il n’y a pas de sous-métier, lance ce colosse d’1,95 m. J’ai vécu des moments très difficiles pendant ma jeunesse. Cela me permet de relativiser dans toutes circonstances. »

Né à Bamako au Mali en 1985, Youssouf n’a jamais connu son père, décédé lorsque sa mère était enceinte. Passionné de foot, il intègre à 10 ans le centre de formation Salif Keita dans la capitale malienne. L’ado se révèle doué au poste de gardien et décide de tenter sa chance en France.
Seulement âgé de 15 ans, il arrive, seul, aux Lilas et emménage chez sa tante. Un soir, il retrouve toutes ses affaires au pied de la porte : « Elle m’a mis dehors sans aucune explication ! » Dans le froid et la neige, Youssouf passe alors cette nuit d’hiver à marcher, seul, avec un bagage à la main.
Le lendemain, il se réfugie au foyer de Romainville qui devient son domicile durant les trois années suivantes. « Comme le foyer était rempli, qu’il n’y avait plus un lit de disponible, je dormais par terre dans le local à poubelles, confie-t-il. Je me réveillais chaque nuit à 4 heures du matin, car le gardien du foyer lavait le local. Puis je me recouchais. C’était difficile, je pleurais beaucoup.
Je n’ai jamais osé raconter mon quotidien à ma mère, de peur qu’elle s’inquiète. » Sans papier, avec le risque d’être expulsé à tout moment, ses journées sont rythmées par de longues marches, des discussions au foyer et des rencontres. « On m’a proposé de vendre de la drogue ou de voler, mais j’ai toujours refusé, se souvient-il.

C’est la religion qui m’a sauvé. J’ai pris toutes ces péripéties comme une épreuve de Dieu. Le Coran indique qu’il faut souffrir avant de pouvoir toucher au bonheur. J’en suis la preuve vivante ! » En 2005, c’est l’année de la rédemption ! Ironie du sort, Youssouf trouve un métier comme… éboueur à Bondy ! Il obtient ses papiers, un logement et rencontre sa future épouse, qu’il avait connu dans sa jeunesse à Bamako. Il reprend également le foot.
Par l’intermédiaire d’un agent, Youssouf part faire des essais en Autriche, en Roumanie et au Viêt Nam, mais tous s’avèrent infructueux. D’abord 3e gardien puis doublure à Noisy-le-Sec (CFA 2) au début des années 2010, ce fan d’Oliver Kahn, l’ancien portier du Bayern Munich et de la Mannschaft, devient titulaire l’an passé lors de la deuxième partie de saison, puis signe à Villemomble cet été. « On dit souvent que la solidarité et la générosité n’existent pas en France, mais je les ai cotoyés pendant mes douloureuses années en rencontrant des personnes formidables aussi bien d’origine africaine, algérienne ou française, affirme le papa de Chaka (9 ans), Mohamed (6 ans) et Adama (2 ans).

Je n’ai jamais caché mon passé et mon présent à mes enfants. Un jour, j’ai montré à mon aîné le local à poubelles dans lequel j’ai dormi durant mon adolescence, et il s’est mis à pleurer. Mon histoire prouve que tout est possible quand on fait preuve de persévérance. » Du courage, Youssouf Traoré en a à revendre.

Source : LeParisien

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