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[INSPIRATION] SHONDA RHIMES : PORTRAIT DE LA SCÉNARISTE DE « GREY’S ANATOMY » ET DE « SCANDAL »

En moins d’une décennie, la scénariste des séries Grey’s Anatomy et Scandal a bousculé les stéréotypes et conquis un public de plus en plus addict. Récit d’une success-story à l’américaine.

On la tient pour la « showrunner » la plus puissante des États-Unis. Celle qui, en moins de dix ans, au prix d’un travail acharné, a modifié le ­paysage normé des séries télévisées. Augmenté la représentation des homosexuel(le)s et des Noir(e)s en prime time. Bref, fait, à sa façon – et sans le tintouin de la revendication –, avancer l’Histoire. Shonda Rhimes, 43 ans, auteur de Grey’s Anatomy (les démêlés amoureux et professionnels d’une bande de résidents au Seattle Grace Hospital) et de Scandal (plongée d’une experte en gestion de crise dans les coulisses de la Maison-Blanche) a su s’imposer dans un secteur où seuls 10% des scénaristes sont issus de minorités ethniques. Elle figure, depuis 2007, dans la liste des cent personnalités les plus influentes publiée par le magazine Time. Shonda Rhimes gagne 12 millions de dollars annuels mais n’a pas changé de train de vie. Bref, elle affiche une ­normalité presque terne.

Rien ne prédestinait cette fille d’enseignants, sixième d’une famille modeste de Chicago, à devenir la hitmaker » des chaînes de télévision. Il lui suffit désormais d’éternuer pour que les pontes d’ABC (la chaîne diffuse Grey’s Anatomy et Scandal) s’enrhument. Celle qui, gamine, avait toujours le nez dans un ­bouquin débute au bas de l’échelle : elle coécrit pour HBO un biopic de Dorothy Dandrige, la Marilyn ­Monroe noire, pétroleuse au caractère bien trempé qui refusa toute sa vie de jouer les esclaves ou les ­femmes de ménage ; elle enchaîne avec une niaiserie pour ados, Princesse malgré elle, de Garry Marshall, où Anne Hathaway fait des mines, et Crossroads, ode à l’amitié insipide signée Tamra Davis et censée lancer Britney Spears à l’écran. Des coups d’essai contestables mais rentables.
La Grey’s Anatomymania

Septembre 2001, à New York : deux avions percutent les tours jumelles du World Trade ­Center, changeant la face du monde, et très accessoirement son destin. Shonda Rhimes dresse la liste des choses à accomplir avant de mourir. Souhait numéro un : adopter des enfants, malgré son statut de célibataire. Ce sera Harper en 2002, puis Emerson en 2011. Mais Harper ne dort pas la nuit, et Rhimes la berce des ­heures durant, regardant du coin de l’œil les séries Buffy contre les vampires ou Felicity. Elle se souvient de ses années de bénévolat à l’hôpital local, et, en pyjama devant son ordinateur, imagine Grey’s Anatomy. ABC lui accorde une confiance encore mitigée et lui adjoint, la première saison (2005), un vétéran du genre, James Parriott. Les ­problèmes existentiels de Meredith, Cristina, ­Callie, etc. vont attirer environ huit millions de ­téléspectateurs chaque semaine outre-Atlantique (TF1 vient tout juste de diffuser la saison 8).

Pourquoi, puisque après tout Shonda Rhimes emprunte des chemins déjà bien labourés par Urgences (greffes de moelle, Alzheimer, syndromes étranges au développement fulgurant)? D’abord, et c’est une révolution, les personnages – féminins notamment – ne cachent pas leur ambition (Cristina). Ensuite, ils assument leur homosexualité (Callie). Enfin, ils ne sont pas uniformément blancs mais hispaniques, asiatiques ou noirs (le Dr Richard Webber). « Si la chaîne avait osé tiquer, j’aurais été horrifiée, explique Shonda Rhimes.

Mais je n’ai jamais eu le projet d’élever le niveau de conscience collectif en termes de diversité raciale, j’espérais juste montrer un monde qui ressemblerait au nôtre. J’ai grandi à une époque où les gens comme moi n’avaient pas de place à la télévision. Je comble le retard. » Au fond, Grey’s Anatomy, qui pose cette unique question « comment devenir adulte au cœur de ce ventre symbolique qu’est le Seattle Grace Hospital? », s’inscrit dans le concept très contemporain du « care », une manière de repenser les rapports humains et sociaux. Bien malin qui pourrait dire si Shonda Rhimes a potassé des ouvrages sur l’éthique du concept. Les interviews, qu’elle accorde au compte-gouttes (elle déteste le chahut médiatique), traitent le plus souvent de futilités.
La « Grey’s Anatomymania » lui impose de travailler en équipe – un cauchemar. « Au début, se souvient l’une de ses collaboratrices, Shonda nous regardait comme des vampires avides de lui sucer le sang. » Oprah Winfrey rectifie : « Pas d’abrutis autour de moi, c’est son seul mantra, et je l’aime pour ça », confie la célèbre admiratrice.

madame.lefigaro.fr

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