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[INSPIRATION] INTERVIEW : NEGRONEWS RENCONTRE ELYON’S, L’AUTEUR DE LA BD « LA VIE D’ÉBÈNE DUTA »

Peux-tu te présenter ? 

Mon nom d’auteur est Elyon’s. C’ est un mot hébreux qui veut dire le « très haut » et le ‘s (minuscule) signifie « la propriété ». Elyon’s veut donc dire « propriété du très haut » car je suis une croyante.

J’ai choisi ce nom d’auteur car je ne voulais pas que les gens en voyant mes dessins sachent tout de suite que c’est une femme qui dessine. Je voulais d’abord qu’on s’intéresse à mes dessins. Quand je me suis mise à dessiner au départ, on me disait à chaque fois : « Ah tu es une fille… tu dessines…c’est bien ». On ne regardait pas le fond du message. À côté de ça, je m’appelle Joëlle EBONGUE.

Quel est ton parcours professionnel et scolaire ? 

J’ai fait une licence en lettres modernes anglais et français. J’ai eu mon diplôme en langue anglaise. Je suis camerounaise et le Cameroun a deux langues officielles, le français et l’anglais. J’ai grandi dans la zone francophone mais j’ai choisi de passer ma licence en anglais aussi pour être parfaitement bilingue.

Après ça, je suis partie en Belgique avec la bénédiction et la confiance de mes parents pour avoir un autre diplôme en art graphique afin de me spécialiser en bande dessinée. Je voulais vraiment avoir une meilleure connaissance de ce métier et de ses techniques.

J’ai travaillé dans divers domaines mais toujours associés au milieu littéraire ou culturel. J’ai été chargée de mission au centre culturel français, j’ai animé des ateliers de bande dessinée que ce soit au Cameroun, en Belgique et j’ai eu le plaisir d’animer un atelier en Guadeloupe.

Concernant la bande dessinée, j’ai été publiée dans plusieurs collectifs que ce soit des collectifs camerounais, libanais, brésiliens, européens et j’ai été publiée chez Spirou.

Et pour le plan professionnel (hors BD), je suis actuellement conceptrice et rédactrice dans une agence de pub. Je fais ça le jour et je dessine le soir.

Qu’est-ce qui t’a donné envie de dessiner ?

C’est grâce à mes parents, ma mère m’a très tôt initiée aux bandes dessinées et aux dessins animés. J’ai été très vite exposée à ce moyen de communication et je voulais reproduire ce que je voyais. J’étais aussi fan de Disney et de mangas et j’ai commencé à dessiner entre 7 ans et 8 ans.

Quelles ont été les moments les plus importants dans ta vie d’artiste ? 

J’ai eu plusieurs moments importants dans ma vie d’artiste.

Le premier est en rapport avec mon père qui avait du mal à accepter mon choix de vie, le fait que je souhaitais devenir dessinatrice de BD. Je suis l’aînée de la famille, il ne faillait pas que je rate ma vie et il faillait que je puisse donner l’exemple au suivant. Quand j’étais au Cameroun, Spirou m’avait commandé des planches dans leur publication, ce fût le premier cachet que j’ai reçu dans ma vie d’artiste et cela a ému mon père.

Le deuxième moment le plus important de ma vie, c’est encore en rapport avec mon père. J’étais partie un mois en Guadeloupe grâce à la vie d’Ébène Duta. Avant de faire ma première apparition télévisée dans un pays étranger en tant qu’artiste, mon père m’a appelée, une minute avant que j’aille sur plateau pour me féliciter, m’encourager et me dire qu’il était fier de moi. C’était vraiment un moment fort car j’étais enfin acceptée par mon père en tant qu’artiste.

Ma mère est ma plus grande fan et elle se bat depuis le début pour convaincre mon père.

Et pour terminer, le dernier moment le plus important de ma vie d’artiste, c’est lorsque j’ai été publiée chez Spirou. Ce fût pour moi une reconnaissance de mon travail car la bande dessinée franco-belge reste le noyau de la bande dessinée européenne.

On peut constater dans ta réponse à la question précédente que tu t’es battue pour que ta famille reconnaisse ton travail, notamment ton père. Quelle critique avait-il envers toi ? 

C’était plus de la peur que ressentait mon père. Mais, c’était un métier que je voulais faire depuis longtemps et je n’ai pas pris cette décision à la légère. Sa vraie critique était « tu ne peux pas tout miser sur le dessin sachant à quel point, c’est un domaine précaire. Il faut que tu aies des diplômes, il faut que même si tu contactes d’autres personnes comme des dessinateurs étrangers, il faut que tu aies un discours construit, il ne faut pas que la passion t’emporte».

Quand, je parle de la « vie d’Ébène Duta », on se rend compte qu’il y a une vraie réflexion et  écriture derrière la création du personnage, cela n’a pas été fait par hasard.

Pourquoi elle s’appelle Ébène Duta ? Duta veut dire « dessin » dans ma langue maternelle, je suis « Douala » une ethnie au Cameroun. Dans notre langue, Duta c’est le dessin, Ébène c’est le bois d’ébène donc la couleur noire. Dans ma tête, l’idée était de faire le dessin d’une fille noire. Il y a une réflexion, ce n’est pas juste de la passion. Elle s’appelle Ébène et elle a le teint clair, c’était pour créer un contraste et créer un équilibre sur le fait que tu es noire quelque soit le teint de ta peau. L’autre personne de la « vie d’Ebène  Duta » s’appelle Claire Moula, Claire, c’est claire comme la teinte d’une couleur et Moula dans ma langue ça veut dire huile. C’est de l’huile claire, de l’huile raffinée. Ce n’est pas de l’huile grasse. C’est pour dire qu’avoir des formes ne veut pas dire être grosse.

Si je n’avais pas été à l’école pour comprendre la langue française que j’utilise aujourd’hui, je n’aurai pas pu donner plus de sens aux personnages que j’ai créés.

Comment t’es venue l’idée de créer le personnage« Mlle Ébène Duta »? 

J’ai toujours voulu véhiculer des messages mais la plupart des histoires que j’écrivais avant « la vie d’Ébène Duta » n’étaient absolument pas drôles. C’était plus des histoires dramatiques et sombres parce que je me disais à l’époque que si je choquais les gens, ils percevraient mieux les messages.

Il y a un dessinateur Belge, Eric WARNAUTS qui était mon professeur dans l’école où j’étudiais et un autre dessinateur Gabonais PAHÉ qui publie en Suisse, ces derniers me disaient tous les deux: « On lit tes histoires, elles sont déprimantes, pourtant, tu es une personne qui fait rire et qui a la joie de vivre. Tu ne peux pas autant faire rire les gens dans la vraie vie et déprimer à ce point quand tu dessines. Ce n’est pas possible, il faut que tu apprennes à écrire des choses joyeuses. Ces deux facteurs là m’ont permis de revoir mon écriture et m’entraîner à un nouvel exercice qui est d’écrire des histoires drôles. Étant inspirée de ma vie parfois, quand j’ai créé Ébène, je ne voulais pas qu’elle me ressemble physiquement. Je voulais vraiment faire un personnage très complexe et qui se bat dans sa vie pour s’en sortir. C’est vraiment comme ça que j’ai créé Ébène. C’est plus tard dans mes échanges avec les gens par rapport à la vie d’Ébène que j’ai créé Claire Moula. Au départ, il y avait Ébène, Lulu et Camille. Maintenant, il y a deux Noires et deux Blanches.

 Combien de temps il t’a fallu pour créer la bande dessinée « Ébène Duta »? 

Il m’a fallu près d’un an et demi pour avoir Ébène telle qu’elle est aujourd’hui. Ébène n’avait pas cette coupe de cheveux au début, la coupe a évolué avec le temps, elle n’avait pas forcement cette poitrine et je crois qu’au départ quand je l’ai créée, elle avait plus de poitrine et de hanches.

 Ébène est-elle inspirée de ta vie ou de ta personnalité ? 

Oui, je lui ai transmis quelques traits de mon caractère. Par exemple, le fait d’être maladroite. Les dessinateurs Eric WARNAUTS et PAHÉ m’ont encouragée à raconter ma vie. Ils me disaient : « en général, les gens aiment bien lire la vie des autres ». Ce n’est pas pour le côté voyeurisme mais cela permet d’avoir une certaine identification, une certaine association. Quand, j’ai créé Ébène, ce n’était pas pour que le personnage me ressemble.

Avant, j’étais très mince, j’étais vraiment comme Ébène et j’étais très mal dans ma peau. Je ne m’aimais pas comme j’étais, je me trouvais trop mince et je n’avais pas l’impression d’être une vraie africaine puisque les Africaines comme on me le disait « elles sont pulpeuses avec une grosse poitrine ». Mais je plaisais et je me faisais draguer (rires). Ses deux dessinateurs m’ont également fait la remarque que je dessinais toujours des filles pulpeuses et qu’il faudrait dessiner des filles qui me ressemblent. Or ce n’était pas ce que j’étais alors, j’ai dû apprendre à m’accepter telle que j’étais.

J’ai créé Ébène à ce moment-là avec mon physique,  mince comme le mien à l’époque, une fille apparemment mal dans sa peau. De plus, elle a beaucoup de poisse, mais il y a un trait de caractère que j’ai vraiment donné à Ébène, c’est la résilience, cela veut dire que quoi qu’il lui arrive, elle ne se laisse pas aller au-delà du raisonnable. Quelque soit les galères qu’elle cumule, elle ne lâche jamais l’affaire.

Par exemple : Dans un des minis épisodes Ébène est avec un jeune garçon blanc, il lui demande : « pourquoi tu es noire, ils sont tous comme ça dans ton pays ?» Ébène répond « je t’y emmènerai un jour», le garçon  lui dit « il doit être sale ton pays ».  Même avec ce genre des situations, elle ne laisse pas dire que la personne est raciste, que la personne est négative. Elle trouve toujours le moyen d’avancer. C’est le message profond que j’aimerai véhiculer avec la vie d’Ebene. À un moment on est rentré dans une campagne où on n’est passé de « Dark girl à beautiful ». Ébène est magnifique telle qu’elle est et Claire aussi. Ébène est africaine et belle, ce n’est pas parce qu’elle est claire, qu’elle l’est moins. Ce n’est pas parce  qu’elle n’a pas de poitrine, qu’elle l’est moins. Claire est magnifique comme elle est, ce n’est pas parce que elle ne correspond à aucun standard européen, d’anorexie par exemple qu’elle est moins belle qu’une autre femme. C’est vraiment le message de fond, c’est de s’aimer telle qu’on est.

L’histoire d’Ébène et de ses amis est-elle inspirée de faits réels ?  

 Il y a des anecdotes qui sont inspirées de la réalité et aussi des histoires fictives qui n’ont pas eu lieu réellement mais qui auraient pu être vécues et finir comme dans mes histoires. L’artiste peut donner ce qu’il a, mais l’imagination a ses limites. Je ne peux pas forcément m’avancer sur certains discours quand je ne les ai pas analysés ou que je ne les ai pas vécus.

Dans le cas d’Ébène, Claire, Lulu et Camille, il y a eu quelques aventures qui ont inspirées des gags. Comme par exemple : en Belgique, lors de mes petits boulots, j’étais modèle photo. On m’avait enregistrée comme métisse, je n’avais jamais vu ma fiche jusqu’au jour où elle traînait sur un bureau. J’ai dit à la personne que je n’étais pas métisse mais noire africaine. Elle m’a répondu qu’indiquer métisse était plus vendeur. En plus comme elle trouvait que je n’avais pas les traits d’une pure africaine, que mon nez était assez fin, mon teint clair, mes yeux tirés, elle a déduit que je devais sûrement avoir un ancêtre blanc. Quand elle me le disait, ce n’était pas par méchanceté mais c’est une chose qui m’a inspirée sur une bonne partie des épisodes d’Ébène. Par exemple, les séquences où elle cherche du travail, où on lui dit « tu n’as pas les formes qu’il faut » ou « oh ! Tu es noire mais tu n’as pas la couleur noire que l’on veut».

 Pour cette femme là, me dire que j’avais un ancêtre blanc était peut-être un compliment. J’ai bien insisté sur le fait que je suis noire Africaine et que chez nous, il y a plein de teinte de peau. À partir de ce fait, on pousse la réflexion sur l’identité « noire-métisse». Tu prends l’exemple de la Guadeloupe, la vie d’Ébène parle à beaucoup de Guadeloupéens, alors que le personnage n’est pas guadeloupéen, ni d’ailleurs dans les  Antilles ou des Caraïbes. Pourquoi elle leur parle ? Elle parle des situations auxquelles, ils s’identifient tous. On a tous eu à un moment, même ceux qui ne l’ont pas eu, un rapport avec l’identité. On nous remet en question notre identité pour qu’on l’a modifie.

 As-tu rencontré des obstacles durant ton projet ? Si oui, lesquels?

J’ai présenté la vie d’Ébène aux éditeurs au mauvais moment. C’est-à-dire quand ils regardaient les dessins, ils ne savaient pas dans quelle catégorie classer ma BD.

C’est vrai, quand on lit la vie d’Ébène, on ne sait pas trop dans quelle catégorie de BD  la situer. Les mangas on sait que ce sont des mangas car ils ont les yeux tirés et des traits de caractère typiques aux mangas. Ce n’est pas le style non plus  de Tintin, Asterix ou encore Lucky Lucke où on reconnait globalement le style de la BD franco-belge. Ça ne ressemble à aucune BD connues. Ça ne ressemble même pas aux BD girly de Margaux Motin  qui est l’une des grandes prêtresses de la BD féminine. Ils m’ont recommandée donc de créer une page facebook pour voir si on pouvait avoir un impact . Voir si les gens étaient intéressés de voir et lire la vie d’une fille noire avec tous ses papiers, qui ne recherche pas forcément un blanc, qui ne veut absolument pas mourir en France et qui se contente de vivre.

La BD n’est pas politique, il n’y a de violence, ni de sexe (et même s’il y ‘en a c’est toujours présenté avec pudeur) donc les éditeurs ne savaient pas quoi en faire. À l’heure où je vous parle, je suis à un peu plus de 13 000 fans sur facebook. Ce qui était motivant mais aussi impressionnant. Je me suis dit; « s’il y a des gens que ça intéresse je fais quoi ?».

Je reçois souvent des messages privés d’encouragement, de compliment… Ou même les gens qui me disent adorer la « Vie d’Ébène », et me demandent s’il peuvent trouver la BD à la FNAC par exemple. C’est là que je leur dis qu’elle n’est pas à la fnac car elle n’est pas éditée. On me redemande alors « quand sera-t-elle est disponible ? » Tout cela m’a donc poussée a me lancer dans le «crowdfunding» (la finance participative).

Ce n’est pas réellement un obstacle que j’ai rencontré. C’est plutôt ces détails qui m’ont aidée à avancer. Les éditeurs ne voulaient pas éditer ma BD et je n’avais pas les fonds pour la publier. J’ai donc voyagé un peu partout en Afrique, par exemple au Sénégal où les gens là-bas me disaient que ma BD leur parlait. Mais je leur ai demandé « vous êtes musulmans ?» Ils m’ont répondu « Oui, où est le problème? » C’est vrai qu’il n’y avait pas de problème. Je pensais que la BD n’allait pas leur plaire car, certains muslims sont voilés et Ébène ne l’est pas. Ils m’ont répondue que non ça ne leur posait pas de problèmes en particulier car il y a d’autres valeurs qui sont véhiculées.

Les fans qui explorent la vie d’Ébène sur facebook m’ont poussée à explorer et à faire des expériences. Le crowdfunding notamment, l’objectif est d’atteindre 12 500 € au 20 février 2014. Si je n’atteinds pas cette somme au 20 février l’argent sera remboursé et le projet annulé. Cette contrainte peut être un obstacle.

Pourquoi 12 500 € ? Parce que j’ai voulu faire une belle BD et pas juste un album à couverture souple comme un magazine. Le but est de faire un bel album que les gens pourraient ranger chez eux et lever le standard de la bande dessinée africaine. Je souhaite sortir un album de qualité et satisfaire mes fans. En quelque sorte je souhaite récompenser les fans via ce crowdfunding. Les frais de port seront à ma charge.  La personne qui contribue à hauteur de 35 euros aura juste à mettre ses pieds en éventail pendant que je lui envoie la BD, peu importe l’endroit dans le monde où elle se trouve. Je veux vraiment remercier mes fans qui me suivent et soutiennent.

 Après la sortie de la BD, as-tu d’autres projets pour l’avenir (Exemple : un film d’animation) ?

Mon objectif est de valoriser la BD africaine. Avoir une bonne visibilité de la BD, de la BD camerounaise en particulier. Quand je suis revenue au Cameroun, une journaliste m’a dit que j’aurai dû lancer mon projet à l’étranger mais éviter l’Afrique parce que ça ne marchera pas. Je lui ai répondu : « c’est possible que cela ne marche pas, mais si on n’essaye pas…Il y aura aucun souvenir qu’une personne ait essayé !».

La manière  dont est dessinée la vie d’Ébène est faite pour une adaptation en dessin animé si l’occasion devait se présenter. Elle peut être aussi adaptée pour un film d’animation. Le but n’est pas seulement que cela sorte en dessin animé. Le but est d’avoir plus tard une vraie maison auteur de BD, de créer des magazines de BD.

Je parle plus de projets qui pourraient vivre après moi. Créer des magazines de BD qui montreraient les talents des autres africains comme a fait Disney avec le journal de Mickey qui continue de paraître alors que son créateur est mort depuis très longtemps. Il a imposé Disney comme une marque. Il a réussi à faire durer son œuvre au delà de sa vie, près de 60 ans plus tard.

Donc voici mon objectif (ce qui va sortir, c’est 80 pages et c’est deux fois plus qu’une BD classique ): Publier la vie d’Ébène, avoir une certaine fidélisation comme AYA de Youpougon l’a fait avec Marguerite ABOUET. Avoir plus de BD afros qui sortent et pourquoi pas, faire en sorte que cela dure. Faire partie d’une lignée de personnes qui vont marquer notre couleur positivement.

J’ai été énormément inspirée par le dessinateur gabonais PAHÉ, il a des contrats à l’étranger mais il vit dans son village au Gabon tout en étant publié en Europe. Il fait des tours du monde, va en Europe et quand il a fini ses conférences, il rentre au Gabon. C’est vraiment la personne qui m’a fait prendre conscience que l’on peut réussir depuis son pays d’origine.

Pourquoi y a-t-il peu de Noirs dans ce domaine ? 

Je ne sais pas  si je peux dire qu’il y a peu de Noirs dans ce domaine, car il y a beaucoup de talents. JP KALONJI et Pat MASSIONI sont deux auteurs publiés aux États-Unis. Barly BARUTI est l’un des pères de la bande dessinée congolaise (RDC). Il a fait partie des premiers à connaître une médiatisation considérable. On peut citer aussi Tembo KASH ou Massire TOUNKARA. Il y a beaucoup de dessinateurs noirs. Il y en a pas mal qui sont installés en Europe pour avoir une meilleure visibilité en ce qui concerne leurs travaux.

J’ai découvert en Guadeloupe, un dessinateur Toshi D., dessinateur dans le style manga. Les auteurs de bandes dessinées africaines ne sont pas assez médiatisés. Ou alors comme la bande dessinée n’a jamais vraiment été bien considérée dans leur pays d’origine, leurs travaux ont souvent été assimilés à de la simple illustration.

C’est plus ça le problème, ce n’est pas qu’ils n’existent pas, ils sont présents mais on ne les voit pas. Quand tu te retrouves dans un pays où il n’y a pas de maisons d’édition et qu’on ne comprend pas ton travail, ça ne t’encourage pas à rester. Ces dessinateurs partent à l’étranger, dans des pays où il y a beaucoup d’autres dessinateurs. Il n’y a pas vraiment de référencement des dessinateurs de BD africaines. «La bande-dessinée conte l’Afrique» est sortie aux éditions Dalimen. C’est une maison d’édition algérienne. Je crois que maintenant aux éditions Harmatthan, ils ont publié «Le dictionnaire de la bande dessinée africaine» où sont référencés un bon paquet d’auteurs de bande dessinées africaines. Christophe CASSIAU-HAURIE, c’est un Français qui est né et qui a grandi au Cameroun. Cet auteur a toujours donné de la visibilité aux auteurs africains.

Aujourd’hui, une collection de bande dessinées africaines est sortie chez les éditions Harmatthan : Il y a «Chronique de Brazzaville» qui est publié chez Harmatthan. Il y a aussi «Sommet d’Afrique» qui est un collectif d’auteurs de Côte d’Ivoire, du Cameroun, du Mali et du Maroc.

Nous ne tenons pas forcément tous les médias pour relayer nos projets et faire nos publicités.

En Afrique, la tradition orale a toujours primé. Ce n’est pas comme chez les Européens où ils écrivaient et archivaient tout. Quand on était petit, on nous disait que la connaissance du passé, basée sur les écrits, ne concernait pas les Africains. Cela ne concerne pas les Africains car notre histoire est racontée à l’oral. Cette culture de la bande dessinée est arrivée chez nous très tard.

Contrairement aux États-Unis,  à l’Europe, à l’Asie, chez nous, c’est arrivé très tard, ce qui fait que chez nous, on ne peut pas dire qu’on a le style africain. Chaque pays africain a sa propre histoire, les différents pays africains n’ont pas communiqué entre eux, ces territoires n’ont pas été colonisés au même moment. Si nous avions eu une histoire commune, nous aurions peut-être partagé une écriture graphique commune. C’est aussi ça qui fait qu’actuellement, les dessinateurs africains sont en train de disparaître.

En Algérie, à chaque mois d’octobre, il y a un festival où des dessinateurs africains sont conviés. Au Cameroun, on a créé un festival qui s’appelle «Mboa BD festival», mboa veut dire dans ma langue « le foyer et maison ». Comme les dessinateurs africains n’ont pas d’écoles spécialisées pour être formés, ils sont autodidactes, ainsi certains autodidactes ont percé dans certains pays africains, mais pas dans d’autres, car la langue utilisée n’était pas la leur. Ce sont vraiment des initiatives pour donner de la visibilité aux auteurs et leur permettre l’accès à de bonnes formations pour se remettre à niveau.

As-tu quelque chose à rajouter ? 

J’ai passé un très bon moment (rires).

Interview fait le 2 février 2014 

Irène. A pour NegroNews

Soutenez le projet « La vie d’Ébène Duta », il ne reste plus quelques jours avant le 20 février  pour atteindre les  12 500 ! Sinon le projet est annulé sur le site, à partir de 5 euros/ 3 500 frs CFA sur http://fr.ulule.com/ebene-duta/

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