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[INSPIRATION] INTERVIEW DE RÉGIS MUTOMBO, DIRECTEUR DE NEGRONEWS POUR UN JOURNAL CONGOLAIS

Âgé de 28 ans, Régis Mutombo, originaire de RDC, est le fondateur de NegroNews. Totalisant entre 5 et 6 millions de visites chaque mois sur leurs différents supports, 800.000 visiteurs chaque mois sur leur site, 200.000 fans de leur page Facebook et les utilisateurs de l’application mobile, le média panafricain, lancé il y a quatre ans, est aujourd’hui le premier site d’information des noirs de France. Entretien.

Qu’est-ce qui vous a donné l’idée de créer NegroNews ?
J’ai séjourné en Angleterre où j’ai beaucoup appris sur l’histoire des Noirs comme jamais je ne l’avais apprise en France. À mon retour dans l’hexagone en 2010, j’ai senti que la meilleure façon de dispenser cette connaissance aux Noirs de France était de créer un média. Je n’avais pas les fonds nécessaires pour un créer un média traditionnel aussi j’ai utilisé les supports qui étaient à ma disposition dont les plus efficaces étaient la création d’une page Facebook et d’un compte twitter, ce que j’ai fait en avril 2011. J’y relayais tous les jours de l’information concernant les Noirs. J’ai vite compris que j’étais en train de répondre à une demande. Quelques amis sont rentrés dans l’aventure en s’associant à moi.  Nous avons ensuite créé un site internet et très rapidement nous avons vu le nombre de personnes affluer. D’autant qu’avec un nom comme NegroNews, nous avons attiré l’attention.

Pourquoi ce nom justement ?
C’est une référence au journal créé par Marcus Garvey, le Negro world. Passionné d’information, j’ai voulu créer un journal ayant la même ligne éditoriale. En dehors du nom qui peut paraître équivoque en France, nous nous sommes professionnalisés dans le contenu et la présentation des articles, dans les titres, ce qui nous a permis de nous démarquer de ce qui se faisait dans la presse panafricaine et d’être aujourd’hui reconnus.

Comment a évolué l’entreprise ?
Au début, l’ensemble de l’équipe était bénévole. Avec les premières recettes publicitaires, j’ai commencé à rémunérer les personnes qui travaillaient avec moi et nous fonctionnons ainsi jusqu’à ce jour. La rédaction est composée de journalistes en formation en France et de correspondants en Afrique. Moi qui suis titulaire d’un master en chef de projet informatique, je me suis formé au journalisme sur le tas, ce qui me permet d’encadrer mes équipes. Au début, toute l’équipe avait un emploi à temps plein en parallèle du lancement de NegroNews. Par manque de temps, nos contenus étaient à 90% des articles relayés et 10% nos productions propres. Aujourd’hui, nous sommes à 50% d’articles relayés et 50% d’articles écrits par notre rédaction.

Quelle expérience gardez-vous de la création de votre entreprise et quels conseils pourriez-vous donner à d’autres jeunes tentés par l’aventure ?
Quand j’ai lancé NegroNews, je terminais mes études et je travaillais. Je n’ai bénéficié d’aucune aide de financement ou autre, ce qui est un peu notre fierté, car j’avais le souci de notre indépendance. Malgré cela, nous avons réussi à créer et à faire vivre notre site et même à nous doter d’une application mobile, ce qui est très rare dans la presse panafricaine. Je crois que nous sommes le seul média noir en France à avoir une application mobile. Pour réussir, je dirais qu’il est important d’avoir une vision claire. Quand la vision est claire, le projet peut avoir une longévité même s’il faut apporter des ajustements au fil du temps. Il faut également être passionné, s’entourer de personnes qui partagent la même vision et être déterminé. C’est sur la durée que se fait la différence et que l’on voit qui est vraiment déterminé ou pas et qui a une vision ou pas.

Le secteur de la presse est en crise et doit se réinventer face au numérique. Comment avez-vous fait ce choix d’être un pure-player ?

Sans le savoir, j’avais déjà pris de l’avance.  Nous avons commencé directement avec le numérique et le digital en utilisant les supports qui étaient à notre disposition. J’ai pensé à un moment faire de la presse papier mais l’application mobile est beaucoup simple et plus accessible. De plus pouvoir diffuser de l’information directement à travers les téléphones est un outil beaucoup plus puissant que le papier. En créant NegroNews, j’avais pour but d’entrer dans le quotidien des Noirs et avec l’application mobile, c’est quelque chose que nous avons réussi à faire.

Les annonceurs et les médias  français semblent découvrir qu’il y a un vivier de clients largement inexploité dans la communauté noire de ce pays. Quel regard portez-vous sur cela ?
En France, on a peur de dire qu’il y a des Noirs ou des gens qui ont des besoins spécifiques en termes de traitement de l’information ou autre. Quand on sait qu’il y a 3 millions de Noirs en France, ce sont autant de consommateurs ou de potentiels électeurs. Cela représente un pouvoir économique et politique, mais il était difficile d’évaluer l’impact, la puissance, et le pouvoir que pourraient avoir les Noirs de France, les statistiques ethniques étant interdites. Sans forcément rejeter les autres, nous avons besoin d’une information assez spécifique.

Propos recueillis par Rose-Marie Bouboutou

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