GBAGBO ASSIGNÉ À RÉSIDENCE EN BELGIQUE

Acquitté le 15 janvier par la Cour pénale internationale, l’ex-président ivoirien Laurent Gbagbo a quitté, dans la soirée du mardi 5 février, les Pays-Bas pour la Belgique où il sera assigné à résidence jusqu’à la reprise éventuelle de son procès (dans le cas où la procureure Fatou Bensouda fait appel). Sa libération ainsi que celle de son ancien ministre Charles Blé Goudé sont assorties de conditions très contraignantes, une première dans l’histoire de la justice internationale.

C’est à 20 heures 30 minutes ce 5 février que Laurent Gbagbo a quitté son hôtel, escorté par des officiers de sécurité de la Cour pénale internationale (CPI) avant d’être remis aux autorités belges peu avant 22h.

Acquittés sans être libres

Quinze jours après avoir été acquittés par la Cour pénale internationale (CPI), l’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo et son ministre de la jeunesse Charles Blé Goudé, avaient été finalement libérés vendredi soir (01/02/2019), mais avec des conditions équivalant à celles d’une assignation à résidence. Ils vont devoir, entre autres, demeurer dans un pays européen, en attendant une éventuelle procédure en appel.

Parmi les autres conditions imposées par la chambre d’appel, figure l’obligation pour les deux acquittés de rendre leurs passeports et autres documents d’identité au greffe de la CPI. Ils ne pourront par ailleurs pas « voyager au-delà des limites territoriales de la municipalité de l’État d’accueil sans une autorisation préalable et explicite » de la CPI, ne pourront pas s’exprimer publiquement sur leur « affaire », devront se signaler chaque semaine auprès des autorités judiciaires et policières de leur pays d’accueil.

C’est la chambre d’appel de la CPI qui a pris cette décision, inédite dans l’histoire de la justice internationale. Elle avait suspendu, le 16 janvier au soir, leur remise en liberté, après une requête déposée par la procureure, Fatou Bensouda.

« On peine à trouver dans l’histoire des juridictions nationales et internationales d’autres cas de personnes acquittées, dont la libération immédiate a été ordonnée à deux reprises en 48 heures, qui ont été malgré tout maintenues en détention dans des conditions légales douteuses, avant de se voir finalement accorder une liberté de mouvements restreinte », écrit Fanny Pigeaud, journaliste à Mediapart.

Gbagbo, victime d’un « montage politique » ?

Le site d’information avait, pour sa part, démontré que la procédure engagée, en 2011, contre Laurent Gbagbo était le résultat d’un montage politique conçu par la diplomatie française, l’actuel président de la Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara, et le procureur de la CPI de l’époque, Luis Moreno Ocampo.

Désormais installé en Belgique dans un lieu pour l’instant confidentiel, Laurent Gbagbo sera censé résider dans le « plat pays » tant que les procédures à son encontre seront en cours devant la Cour pénale internationale.

Lui, qui aura passé plus de sept ans en détention provisoire, a finalement rejoint le pays où sa deuxième épouse réside depuis son incarcération. Charles Blé Goudé, qui a fait près de cinq ans en préventive, n’est pas encore fixé sur son futur pays d’accueil – la Belgique a refusé sa demande.

L’ancien chef d’État ivoirien s’est vu délivrer un visa belge de type C qui donne un droit de séjour de 90 jours sur le territoire du royaume. Il doit mettre à profit ce délai pour aller s’inscrire auprès de l’administration de sa commune de résidence qu’il ne pourra pas la quitter selon les termes de sa libération conditionnelle. Il devra pointer au commissariat de police ou auprès des autorités administratives locales une fois par semaine.

« Il y a eu de fortes pressions pour pousser la CPI à aller dans ce sens »

Cette libération sous forme d’assignation à résidence choisie par les juges de la CPI, aussitôt interprétée par de nombreux observateurs et Ivoiriens comme étant une décision politique visant à empêcher Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé de rentrer en Côte d’Ivoire.

Si l’on en croit Mediapart, « selon plusieurs sources, il y a eu, entre le 15 janvier et le 1er février, de fortes pressions pour pousser la CPI à aller dans ce sens, venues notamment de Côte d’Ivoire et du Maroc. Le dirigeant de ce pays, le roi Mohammed VI, est proche de l’actuel pouvoir ivoirien et possède de nombreux intérêts en Côte d’Ivoire ».

Faut-il dans voir dans ces bizarreries de la justice internationale contre les personnes de Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé, une nouvelle tentative du régime d’écarter d’importants adversaires loin d’Abidjan où déjà les différentes factions politiques se préparent activement pour la bataille présidentielle de 2020 ?

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