LE GABON DE PLUS EN PLUS DÉPENDANT DES AIDES DE L’AFD

Les années passent et la main tendue de l’État gabonais est encore plus dépendante de la « charité » de l’Agence française de développement (AFD). Dans le cadre de l’amélioration des infrastructures scolaires sur l’ensemble du territoire national, le comité de pilotage du Programme d’investissement dans le secteur de l’éducation (PISE) a annoncé récemment le lancement en juillet de ce programme qui sera réalisé grâce à un prêt l’AFD d’un montant de 100 milliards de Fcfa.  

Comment Libreville hypothèque son autonomie

La réunion tripartite entre le comité de pilotage du PISE, le ministre de l’Education nationale Francis Nkea Ndzigue et les représentants de l’AFD, avait pour objectif d’acter la réalisation de ce programme qui vise à améliorer les conditions d’apprentissage des élèves au Gabon.

Cette première phase, qui se concentrera sur les villes de Libreville et Port-Gentil, débutera finalement après moult atermoiements, au mois de juillet 2019. Les travaux, qui prévoient la construction de 223 salles de classe, seront lancés grâce à un budget de 101 milliards de Fcfa alloué par l’AFD. « D’ici le mois de juillet, les travaux d’extension et de construction des salles de classe vont commencer. La livraison des travaux est prévue pour la fin du mois de septembre. Nous avons choisi juillet parce qu’à cette période, les enfants sont en vacances », a expliqué Francis Nkea Ndzigue.

Afin de faire le point sur l’état d’avancement des travaux, le ministre d’Etat chargé de l’éducation nationale avait déjà présidé, le 4 décembre dernier, une réunion à son cabinet, au cours de laquelle il avait rappelé aux représentants du PISE la nécessité de respecter les termes de la convention signée avec l’AFD en 2016.

Cet appui français au Gabon n’est pas un hasard. D’après des sources gouvernementales au Gabon, elle intervient dans le cadre de l’accompagnement des bailleurs de fonds par rapport aux décisions prises par les chefs d’Etat le 23 décembre 2016 à Yaoundé lors du sommet extraordinaire des chefs d’Etat d’Afrique centrale.

L’Agence française de développement (AFD) a octroyé une enveloppe financière de 100 milliards de Fcfa au Gabon pour la construction de salles de classe dans les écoles. Le financement permettra au pays de pallier au manque de salles de classe dans les deux principales villes du pays. D’ici quelques mois, quinze nouveaux établissements scolaires seront ainsi construits à Libreville et à Port-Gentil, selon le ministre de l’Education nationale, Florentin Moussavou qui salue l’appui de l’AFD.

« Ce n’est pas de l’injection hasardeuse de liquidités »

« Cet accompagnement financier, ce n’est pas de l’injection hasardeuse de liquidités. Cet accompagnement permet de mettre en œuvre des réformes structurelles indispensables. Cet accompagnement, permet de rétablir la crédibilité de la signature de l’Etat au niveau intérieur et au niveau extérieur », a déclaré Régis Immongault.

Selon lui, ce financement devrait contribuer à la relance de l’économie du Gabon en facilitant le lancement de certains projets comme la construction des salles de classe et la réhabilitation du chemin de fer transgabonais. « Je peux vous rassurer que le Gabon est totalement engagé pour la réussite de ce programme de relance de l’économie », a promis l’argentier gabonais face à la partie française.

Du côté de la représentation diplomatique française, on précise que l’appui de l’AFD ira précisément pour relancer l’économie gabonaise en appuyant le désendettement du pays. Cet accord de financement vient « appuyer le désendettement de l’Etat gabonais et renforcer la gestion de sa trésorerie en contribuant à la résorption des arriérés intérieurs et extérieurs comme spécifié dans le plan d’apurement des arriérés du gouvernement », a confié Dominique Renaux. Le diplomate a poursuivi, précisant qu’il s’agit aussi pour l’AFD de « contribuer à lever une partie des contraintes structurelles pesant sur la gestion des finances publiques en appuyant la mise en œuvre des réformes définies dans le mémorandum de politiques économiques et financières annexé à l’accord conclu avec le FMI ».

Une plainte contre l’AFD

Le 19 août dernier, trois associations de la société civile gabonaise, représentées par Me William Woll, ont déposé une requête devant le tribunal administratif de Paris. Leur objectif : faire annuler la garantie que l’État français a accordée à un prêt que l’AFD a consenti au Gabon le 11 juin.

Selon les plaignants, ce prêt de 75 millions d’euros « n’a pas pour objet réel de […] concourir au développement du pays », mais de « maintenir en place le gouvernement d’Ali Bongo Ondimba ».

Englué dans une crise l’ayant contraint à agir contre nature, le Gabon est victime de la folie dépensière de ses dirigeants. Ainsi, alors que l’AFD disposera d’une enveloppe plus conséquente à la rentrée pour les pays en difficulté, ce sont déjà pas moins de 800 millions d’euros (525 milliards de Fcfa) qui ont été décaissés pour le Gabon en moins de dix ans.

Dans un récent rapport publié sur son blog, Douglas Yates, professeur des relations internationales et de la politique africaine à l’American Graduate School de Paris, fait remarquer : « L’aide en nature fournie par la France a engendré la dépendance en fournissant des biens et des services essentiels sans fournir le savoir-faire nécessaire pour les produire. Les aides financières sous forme de subventions, de prêts, d’investissements directs et d’aides aux projets ont également favorisé la dépendance. Il s’agit en grande partie d’une aide liée qui oblige les bénéficiaires africains à acheter des fournitures et des services en français ».

NN

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