FRONTIÈRES EUROPÉENNES ET LE CONTRÔLE À DISTANCE

Pour éviter les traversées périlleuses, décourager les réseaux de passeurs et rendre moins visible le flux de migrants, des dizaines de demandes d’asile sont examinées au Sahel depuis octobre 2017.
Que font des fonctionnaires français chargés de l’examen des demandes d’asile loin de leurs locaux du Val-de-Marne, sur le sol africain ? Depuis octobre 2017, l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a effectué trois « missions de protection » au Sahel, deux au Niger et une au Tchad, pour une durée d’environ une semaine à chaque fois. L’objectif affiché est la réinstallation de réfugiés africains en France, après les avoir évalués dans ces « pays sûrs ».
En principe, pour leur éviter de prendre des risques inconsidérés en traversant la Méditerranée. Mais il s’agit aussi de décourager les réseaux de passeurs clandestins qui ont longtemps prospéré dans ce pays au carrefour de l’Afrique noire et de l’Afrique du Nord.
Le contrôle des migrations est désormais une « politique de haut niveau » en Europe et une priorité pour l’UE. Par exemple, le 2 mai 2018, la Commission européenne a proposé que le budget alloué à la gestion des frontières extérieures, des migrations et de l’asile – fixé à 13 milliards d’euros pour la période 2014-2020 – soit porté à 34,9 milliards d’euros.

L’objectif principal est de contenir les flux migratoires en déplaçant la frontière le plus loin possible du territoire de l’UE.

Depuis deux ans, d’importants financements versés par l’Union européenne ont persuadé le gouvernement nigérien d’accepter de devenir de facto un de ses postes-frontières.

Une loi criminalise désormais les passeurs : transporter des migrants au-delà d’Agadez, la « porte du désert » au nord du pays, est passible d’emprisonnement.

Avec la mise en place de mesures répressives dans les pays qu’ils traversent, le nombre de migrants qui atteignent l’Europe a diminué, même si beaucoup empruntent à présent des routes plus dangereuses, à travers le désert, où ils disparaissent sans laisser de traces.
Mais pour les gouvernements de l’UE, l’objectif est accompli, avec des migrants moins nombreux et en tout cas moins visibles. Reste en échange à accepter d’en accueillir quelques-uns pour que la logique de cette nouvelle plateforme en terre africaine fonctionne. L’an dernier, Emmanuel Macron s’est engagé à accueillir en France 10 000 réfugiés supplémentaires d’ici la fin de l’année 2019, dont 3 000 personnes en provenance du Tchad et du Niger.

Emmanuel Macron avait annoncé que la France créerait des « points chauds » dans la région sahélo-saharienne afin de trier les éventuels réfugiés et « migrants économiques » et de sélectionner les quelques personnes heureuses qui seraient autorisées à venir en France pour demander l’asile. Celles-ci s’établiraient d’abord à Agadez (Niger) et au Tchad, puis éventuellement au Mali et en Libye.

L’initiative lancée par la France suscite l’intérêt d’autres pays. La Suisse et les Pays-Bas ont récemment effectué une mission au Niger. La Finlande, le Canada, l’Allemagne et le Royaume-Uni pourraient prochainement faire de même.
Selon the conversation.com, L’idée de Macron d’un « hotspot » à Agadez est donc une initiative unilatérale mais également une continuation de la politique de l’UE. Cela fait partie d’une politique de « contrôle à distance » mise en place dans les années 1990 pour dissuader l’arrivée de migrants sur le sol européen.

Les instruments politiques comprennent les visas, les sanctions imposées aux transporteurs, la sous-traitance aux pays de transit et les pays d’origine, et finalement la création de camps de migrants en Italie et en Grèce. Cela réduit donc la migration à un « problème » dont la solution est une question de logistique. La mise en place d’un centre à Agadez est typique de cette vue technique.
Pendant ce temps, Macron a essayé de présenter un aspect différent de la politique de migration de la France, déclarant que le pays accueillerait 3 000 réfugiés bloqués au Niger et au Tchad d’ici 2019.

Incapables d’accueillir dignement les personnes en quête de protection internationale, les États membres de l’Union européenne rejettent leurs responsabilités sur des pays toujours plus lointains, sommés de bloquer les candidats à la migration à leurs frontières. Cette politique d’externalisation du contrôle des frontières extérieures de l’UE ne cesse de se déployer à coup de millions d’euros dont les sous-traitants les plus méritants sont les premiers bénéficiaires.

NN

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