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Fatmata et Jamilatu, rejetées par leurs familles pour avoir échoué à immigrer en Europe

Si pour les ex-migrants, l’aventure de la traversée des déserts africains et de la méditerranée restent un pénible souvenir, le retour à la maison et à l’ancienne vie n’en est que plus douloureuse. Une réalité d’autant plus difficile que les anciens candidats à l’immigration clandestine souffrent bien souvent d’incompréhension et de rejet de la part de leurs proches, surtout lorsqu’ils ont eu, comme Fatmata et Jamilatu, à emprunter ou voler l’argent de leurs familles.

« Tu n’aurais même pas dû rentrer à la maison »

Fatmata une jeune Sierra-léonaise, qui a été utilisée comme esclave sexuelle dans le désert du Sahara, avait abandonné ses rêves d’une nouvelle vie en Europe après être passé par plusieurs souffrances entre les mains de trafiquants d’être humains. Mais à son retour au pays, il n’y a pas de retrouvailles émotionnelles, ni d’accueil, ni d’accolades.

À son retour, elle a appelé son frère. Mais la réaction de ce dernier l’a terrifié. « Il m’a dit ‘’Tu n’aurais même pas dû rentrer à la maison. Tu devrais mourir là où tu es allé, parce que tu n’as rien ramené à la maison’’ », explique t-elle. « Après ça, je n’ai pas eu le cœur à aller voir ma mère », a-t-elle ajouté. Si sa famille l’a rejeté, ce n’est pas pour l’unique raison qu’elle a échoué à entrer en Europe, mais en grande partie pour la manière dont elle a financé son voyage.

En effet, elle a volé 25 000 000 de leones (plus de 3 000 euros). Sa tante lui avait remis cet argent pour l’achat de vêtements dans le cadre de son commerce. « Si j’avais réussi à aller en Europe, j’aurais triplé l’argent, je prendrais soin de ma mère et de ma tante », dit-elle. Mais les choses ne se sont pas déroulées comme prévu et le commerce de sa tante s’est effondré ce qui a créé un désaccord entre elle et sa mère.

« Ce n’est pas vraiment facile pour eux »

Le cas de Fatmata n’est pas isolé. Ce sont environ trois mille Sierra-léonais qui sont dans la même situation. Il y a une époque où les membres de certaines familles se cotisaient pour envoyer quelqu’un en Europe. Les potentiels candidats gardent alors secrets leurs intentions de tenter l’aventure de ce long périple.

Jamilatu qui a vécu en captivité avec Fatmata en Algérie, avait volé 3 500 dollars dans la chambre de sa mère quand cette dernière n’était pas à la maison. Argent qui avait été rassemblé dans le cadre d’un micro crédit et n’appartenait pas à sa mère. Elle a subi les représailles des actes de sa fille ce qui l’a obligé à fuir Freetown.

Les ex-migrants qui ont financé leurs voyages en détournant des fonds ne leur appartenant pas se retrouvent sans soutien. Ils dépendent d’un réseau contre la migration irrégulière. Ce réseau dirigé aussi par un des leurs, Sheku Bangura, fait pression sur le gouvernement sierra-léonais pour qu’il fasse plus pour une meilleure intégration des migrants de retour.

M. Bangura assiste ceux qui rentrent d’aventure en aidant les sans-abris et les accompagne psychologiquement. « Ces jeunes sont dans la rue, ils n’ont pas d’endroit pour dormir. Ce n’est pas vraiment facile pour eux », dit-il avec consternation. Et d’ajouter : « J’ai eu beaucoup de migrants qui ont des problèmes mentaux ».

Harris DJIRO

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