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EMMANUEL MACRON ET IDRISS DÉBY, UNE COLLABORATION MALSAINE

Emmanuel Macron a effectué une visite au Tchad qui s’est déroulé du samedi 22 au dimanche 23 décembre dernier. Durant son séjour, il a rendu visite aux soldats hexagonaux de la force Barkhane, dont la majorité des 4 500 hommes sont stationnés à N’Djamena, la capitale tchadienne.

Une visite qui ne tombe pas à point nommé, d’autant qu’elle s’est effectuée en plein mouvement des gilets jaunes. Ce qui n’honore ni la France ni ses principes qui ont fait d’elle un « soldat de l’idéal », à mille lieues de toute realpolitik. Il est donc question de s’interroger sur des éléments pour le moins troublants qui a entouré ce déplacement présidentiel.

Tout d’abord, le séjour à N’Djamena début décembre d’Alexandre Benalla, qui a rencontré le frère d’Idriss Déby, Oumar Déby, directeur de la Direction générale de la réserve stratégique, chargée des achats d’armes. Ensuite, un prêt de 40 millions d’euros et un don de 10 millions ont été consentis par l’Elysée au Tchad quelques jours avant la visite de Macron, afin que le régime puisse payer le salaire des fonctionnaires pour le mois de décembre. Quand on sait le degré de corruption qui règne au sommet de l’Etat, il n’est pas dit que cet argent public bénéfice directement aux populations.

Enfin, la Centrafrique, plongée au cœur des ténèbres depuis 2012, a été au menu des discussions entre Macron et Déby. Pourquoi cet acharnement du président français à penser que le conflit centrafricain ne pourrait être résolu que grâce à son ami Déby ? Idriss Déby n’apportera pas de solution au conflit centrafricain !

L’autocrate des bords du lac Tchad ne sera jamais le bienvenu en RCA. A-t-on oublié qu’un collectif de victimes a été auprès de la Cour Pénale Internationale dans l’espoir de le faire condamner pour les crimes de guerre commis par ses soldats en Centrafrique ?

Le président Déby a une part de responsabilité énorme dans le chaos qui règne en RCA. La plupart des Centrafricains le tiennent pour responsable de leurs malheurs. En outre, ses propres compatriotes le combattent, les armes à la main.

Le Tchad a également joué un rôle plus que néfaste dans la crise centrafricaine, armant et soutenant ouvertement la Seleka, une horde de mercenaires qui a semé et sème encore le chaos, alimentant les tensions interconfessionnelles tout en pillant les richesses du sous-sol.

Dans une tribune au quotidien français Libération du 22 décembre 2018, l’écrivain Thomas Dietrich écrit sans détour : « Macron au Tchad : une faute morale et politique. » En se rendant à N’Djamena, c’est effectivement une lourde faute que commet le président français. Les homologues de Déby en Afrique centrale se méfient de lui, parce qu’il se croit investi par Macron comme proconsul et gendarme du centre de l’Afrique. Les relations entre lui et Sassou Nguésso, président du Congo, sont, par exemple, exécrables. Il est perçu par tous comme l’agent des basses œuvres de la Françafrique.

Idriss Déby, dictateur depuis 28 ans

Toutes les organisations de défense des droits de l’homme, d’Amnesty International à la FIDH, ont unanimement condamné le régime tchadien pour ses atteintes répétées aux droits de l’homme.

En 2008, le leader de l’opposition démocratique, le professeur de mathématiques à l’université d’Orléans, Ibni Oumar Mahamat Saleh, a été enlevé à son domicile par la garde présidentielle de Déby. Nous sommes restés sans nouvelles de lui depuis lors. En 2016, plus de 40 militaires ont été nuitamment exécutés pour avoir voté aux élections présidentielles un autre candidat que le satrape local, le vote s’effectuant sans isoloir.

A l’heure actuelle, une répression féroce se déroule contre les populations de l’extrême Nord du pays, coupables d’avoir réclamé leur dû dans l’exploitation de l’or dont regorge le sous-sol de leur région, le Tibesti. Pendant la quasi-totalité de l’année 2018, une grève générale a secoué le pays, les fonctionnaires protestant contre la réduction de leur salaire de 10 % à 40 % et la corruption endémique. Et les élèves ne purent se rendre en classe pour étudier, et les malades rentrèrent mourir chez eux, faute d’hôpitaux fonctionnels pour les soigner.

Bien que le pétrole coule à flot dans le sud du pays, le pays traîne dans les bas-fonds des classements internationaux en matière de développement (186e sur 189 à l’indice de développement humain de l’ONU). La faute à une captation systématique de la richesse produite par l’élite au pouvoir, au détriment de l’immense majorité de la population.

Le Tchad a toujours été le laboratoire de la Françafrique

Déjà, dans les années 80, l’Etat français a soutenu sans réserve Hissène Habré dans sa guerre contre la Libye, se rendant complice des exactions de masse que le dirigeant tchadien faisait subir à sa propre population. Les services de la DGSE ont favorisé l’accession au pouvoir d’Idriss Déby en 1990 et, depuis lors, il a été ardemment soutenu, jusqu’au plus haut sommet de l’Etat.

A deux reprises, en 2006 et en 2008, les hélicoptères de l’armée française sont intervenus pour mettre en déroute des rebelles qui menaçaient le palais présidentiel. Malgré sa promesse de rompre avec la Françafrique, François Hollande a rendu visite à Déby en 2014. Son ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, aujourd’hui ministre des Affaires étrangères d’Emmanuel Macron, a même qualifié le dictateur tchadien d’« ami personnel », interrompant ses vacances pour se rendre à son investiture après les élections présidentielles de 2016.

Si Boko Haram a fait de la région du lac Tchad un de ses bastions, c’est en raison de l’extrême pauvreté qui y règne. A cause de la disparition de 90 % de la surface du lac et de l’absence de toute politique étatique, les pêcheurs kanouri, n’ayant plus de poissons à pêcher, finissent par se jeter dans les bras des jihadistes.

Emmanuel Macron doit donc cesser ce pacte de Faust avec Idriss Déby et, plus généralement, avec l’ensemble des tyrans d’Afrique francophone. Par ailleurs, il faut que l’opération militaire Barkhane au Sahel, la plus grande OPEX française, fasse l’objet d’une évaluation afin de déterminer si son action est véritablement efficace contre le terrorisme islamique ou, si en plus de poser un évident problème de souveraineté, elle permet le maintien au pouvoir d’autocrates qui n’ont cure de la souffrance de leur peuple.

 

Opri Avérroèse Kalet

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