EMMANUEL ELONG, LE CAMEROUNAIS QUI RÉSISTE DEVANT BOLLORÉ

Tout a commencé par la diffusion sur France 2 le 7 Avril 2016 puis la rediffusion de complément d’enquête réalisé par Tristan Waleckx et retraçant le parcours de Vincent Bolloré. D’après le reportage, le groupe Bolloré dont 80% de la fortune vient de ses activités en Afrique, s’enrichit en faisant travailler les mineurs dans des plantations et en maltraitant les ouvriers, en participant aux campagnes électorales de certains politiciens comme le guinéen Alpha Condé pour avoir la facilité d’étendre son empire.

L’homme est prêt à tout pour étendre sa fortune et pour cela les médias qu’il a sous son autorité représentent pour lui une arme infaillible.

Très fâché, Bolloré porte plainte contre France Télévisions et plusieurs de ses agents dans les semaines qui ont suivi pour diffamation. Pour lui, cet élément a pour unique but de le nuire et de nuire à ses activités. Ce qui le pousse à réclamer une somme de 50 millions à France Télévision.


Pour ce procès, Bolloré n’est pas resté les mains croisées, il était important pour lui de mettre toutes les chances de son côté pour que le comportement de France 2 serve d’exemple à tous ceux qui aimerait s’aventurer contre lui. Il était évident que l’absence de témoins importants fera balancer la justice du côté de Bolloré.
Malgré les difficultés d’obtention de visa dont il a dû faire face et toutes les intimidations, le paysan Emmanuel Elong, président de la Synergie Nationale des Paysans et Riverains du Cameroun (Synaparcam), a quitté le Cameroun pour venir témoigner en faveur de France 2 et contre Vincent Bolloré le 3 avril, au Tribunal de Grande Instance de Nanterre. Avant de retourner dans son pays, il s’est confié à TéléObs.
Voici quelques-unes de ses déclarations.
Il était sur surveillance depuis quelques mois:

A partir de la diffusion du documentaire, en avril 2016, la surveillance s’est intensifiée autour de moi : les gens que j’amenais chez moi étaient identifiés, leur immatriculation notée. Et si j’allais dans la cafétéria ou les petits commerces de la Socapalm, j’étais surveillé…

Il a failli ne obtenir de visa pour la France:

J’ai déposé une demande de visa le 1er mars au consulat de France à Douala. Avec un dossier très complet : réservation d’avion, d’hôtel, assurance voyage, acte de mariage, de naissance de mes enfants, relevés de comptes bancaires et, surtout, citation à témoigner, envoyée par le parquet de Nanterre et invitation de France télévisions… Le 15 mars, il m’a été refusé de crainte – d’après le motif avancé – que je reste en France….L’avocat de France 2 est intervenu. J’ai été prié de me présenter de nouveau au consulat … J’avais demandé un visa pour quinze jours. Quand on m’a rendu le passeport, le visa était pour… six jours.

Cette situation de refus de visas pour la France n’a pas été la première qu’il a connue :

En 2017, j’ai été invité par l’association Sherpa qui soutient notre mouvement. Nous devions aller faire valoir nos revendications devant le siège de Bolloré pendant la tenue de l’Assemblée Générale des actionnaires. Je n’ai pas eu de visa, les deux autres invités camerounais ne l’ont pas davantage obtenu

Dans le passé quand son voyage en France ne gênait pas les le groupe Bolloré, l’obtention du visa était sans difficultés :

En 2014, à l’invitation du groupe Bolloré qui cherchait des modalités de dialogue avec les riverains. Cette fois-là, j’avais obtenu mon visa sans aucun problème.

L’homme savait qu’il risquait gros en décidant de venir témoigner contre Bolloré :

Pour ma sécurité, j’ai évité de parler de ce voyage. La semaine dernière, je roulais à moto vers Douala, une voiture me suivait. Je m’arrête, la voiture me dépasse. Je repars et je m’aperçois qu’elle m’attend un peu plus loin. J’ai commencé à avoir peur lors de mes déplacements à Douala, L’avant-veille de mon départ, le consultant de la Socapalm qui a un rôle de médiateur entre la société et les riverains m’a appelé : « Tu me caches des choses… tu pars quand ? ». J’ai menti, assurant que je partais le lendemain, j’ai éteint mon téléphone à l’heure où j’étais censé être dans l’avion et je ne suis plus sorti. Je ne voulais pas risquer d’être bousculé et qu’on me pique mon passeport

Pour maltraiter sans inquiétude, le groupe Bolloré n’hésite pas à mettre les meneurs de lutte sous son autorité et à l’abri du besoin :

Après notre première mobilisation, en 2013, un consultant chargé de faire médiation, m’a proposé divers avantages : carreler le sol de mon logement, payer l’école de mes enfants, payer mon loyer durant deux ans… Un cadre de la Socapalm me disait : « Avant de balayer la cour du voisin, commence par ta cour ! » C’est-à-dire : occupe toi de tes propres intérêts et abandonne le combat. Quand j’ai eu un visa pour la France en 2014, le secrétaire général de la Socapalm de l’époque a eu cette réaction : « Tu as beaucoup travaillé, ferme la porte et ne regarde plus derrière ». Plus récemment, on m’a dit : « On peut te trouver un emploi chez Bolloré Africa Logistics dans le port de Douala« . L’idée est toujours la même : casser le mouvement

L’homme retourne au Cameroun avec grande inquiétude :

Je suis inquiet, car j’ai déjà témoigné par écrit au procès qu’a intenté le groupe Bolloré contre les ONG Sherpa, ReAct et les médias Le Point, L’Obs, Médiapart. Or, Bolloré a perdu le procès. A l’audience contre France 2, le 3 avril, le président du conseil d’administration de Socapalm, cité par la partie adverse, n’a pas pu démentir les réalités que j’ai dénoncées mais il m’a accusé, pour me déstabiliser, d’être le pion de Sherpa et de ReAct. Je commence à les gêner. Ils ne pourront pas faire taire les ONG et les médias, au niveau international, ils vont donc chercher des stratégies au niveau local, activer leurs réseaux au Cameroun pour m’étouffer ou m’enfermer pour que je ne sois plus libre de parler. … Je suis inquiet.

Comme quoi c’est dangereux de s’opposer à Bolloré surtout quand l’on est africain.

Dah Minwicodji

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