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La dépression, phénomène grandissant en Afrique : Témoignage d’une jeune burundaise

N’en déplaise aux clichés qui ont la peau dure, les Africains ne sont pas des bêtes de somme qui n’ont pas le temps pour « ses fragilités » La dépression fait son nid au sein de sociétés qui font un culte de la performance, la rentabilité, la compétition. Si on y ajoute l’absence de sensibilisation sur la gestion de la santé mentale et l’absence de prise en charge, on obtient des conséquences désastreuses.

En guise d’illustration, le témoignage d’une jeune burundaise sous le nom d’emprunt de Bénigne, recueilli par le site yaga-burundi.com.

Je m’appelle Bénigne*, j’ai 18 ans. Je suis née et je vis dans une famille que les gens aiment qualifier de « famille aisée ». Aux observateurs de l’extérieur, ma famille est vraiment belle et enviable. Mes frères et moi fréquentons de bonnes écoles, nous sommes bien nourris, vivons dans une belle et grande maison et quelques fois nous avons droit à des sorties prestigieuses (genre à l’extérieur du pays). Mais personne n’imagine ce que nous vivons. Qu’est-ce que nous sommes malheureux à la maison !

J’ai perdu ma mère, très jeune et mon papa s’est remarié à une autre femme. Elle et Papa n’ont jamais fait bon ménage. Querelles et bagarres accompagnaient nos mets au quotidien. Je me suis peu à peu familiarisée avec cette instabilité familiale. Je devais vivre avec, jusqu’à ce que ça me dépasse, il y a de cela quelque temps.

Tout commence par un burn-out

Jeune fille classée parmi les plus brillantes du lycée, mon rendement scolaire chutait de jour en jour. Quand je prenais mon cahier pour réviser, j’éprouvais un sentiment bizarre. J’étais à bout de force. Je tenais mon cahier pendant des heures mais ne parvenais pas à bosser. Des pensées ‘‘bizarres’’ inondaient ma mémoire, j’essayais de les chasser mais en vain. Assise dans ma chambre, devant une table me servant de bureau, parfois je voyais des larmes couler toutes seules sur mes joues. Mais qu’est ce qui se passait ?

Je fermais mon cahier, je me surprenais en train de crier, j’étais en colère contre moi-même, je voulais me surpasser, étudier, être la bonne élève que j’avais toujours été mais…

Deux jours, deux semaines, deux mois et hop les encadreurs de mon école ont remarqué mon changement de comportement, la chute libre de mon rendement et voulaient savoir pourquoi. Entre temps, les choses continuaient à dégénérer. Parfois, je ne voulais même pas aller à l’école, je me sentais malade et j’ai fait un tour dans les hôpitaux…

Ma famille ne me comprenait pas

Tous les examens étaient négatifs, mais ma santé n’évoluait pas du tout. Tantôt, j’allais à l’école, tantôt, je restais allongée toute la journée dans ma chambre. Je passais des nuits blanches, je pleurais, je criais, je voyais mon futur en noir. Les éducateurs de l’école m’ont suggéré de voir un psychologue. Ce monsieur gentil m’a écoutée, et m’a diagnostiquée une dépression. Avec lui, je me sentais bien. Il me donnait des conseils que je peinais à suivre car, Papa n’était pas d’accord. Pour lui, je n’avais aucune raison de voir un psy. J’étais la petite fille capricieuse qui voulait attirer les attentions. Mon directeur d’école lui avait parlé avant même d’engager le psy, mais il avait refusé de le payer. Pour lui, « la dépression est une maladie des blancs ». Mon école se chargera de payer ce monsieur, pour mon rétablissement.

À la maison, j’étais presque seule, sauf le groom qui m’amenait de la nourriture régulièrement. Des fois, il toquait à la porte de ma chambre et je ne me levais pas pour ouvrir. Après avoir appelé plus de dix fois de suite sans réponse, il retournait faire son boulot. D’autres fois, j’ouvrais ma chambre et le laissais déposer les assiettes sur la table et je n’y touchais pas. Après son départ, je refermais à clé.

Un long réveil

Papa passait la plupart de son temps au boulot. Le soir, quand il rentrait, il passait dans ma chambre et me demandait comment a été ma journée sans toutefois y mettre beaucoup d’attention. Ma belle maman, elle, avait finalement divorcé et ne passait plus à la maison. Ma tante, qui est aussi ma marraine, passait me voir de temps en temps mais elle repoussait l’idée de voir un psy. Elle, très croyante, pensait que sa nièce chérie était possédée par les démons. Pour elle, l’urgence était de voir un prêtre pour la délivrance.

Mes frères, eux s’étaient réfugiés dans la drogue et l’alcool et ne rentraient que tard la nuit. Ils passaient rarement me voir.

Dans mon enfer, j’y suis restée quelques semaines, puis j’ai repris ma vie, tout doucement. Il a fallu que je réapprenne la vie, la joie et la confiance. Il m’a fallu le temps pour me comprendre moi-même, panser les plaies et attendre qu’elles guérissent. Ça prend du temps, je ne dirai pas que je suis totalement guérie, mais j’ai repris mon rythme à l’école. Je ne vois plus le psy. J’ai décidé d’être heureuse et forte.

L’histoire de cette jeune femme n’est pas un cas isolé. A l’échelle mondiale l’OMS estime que 300 millions de personnes seraient affectées par ce trouble mental, ce qui en fait une affection courante. En Afrique, beaucoup considèrent encore la dépression comme une « Maladie de blanc » mais la réalité est que ce phénomène prend de l’ampleur sur le continent.

En 2019 le magazine Business Insider a publié une étude faisant le classement des 11 pays africains les plus minés par la dépression. Djibouti, pays de l’Afrique de l’Est arrive en tête avec 5,6% de personnes atteintes de dépression, suivie de la Tunisie et du Cap Vert, 4,9%. À noter que l’OMS publiait également cette même année le classement des pays africains avec le plus fort taux de suicide, et y figuraient le Lesotho, la Guinée équatoriale, la Côte d’Ivoire ou le Cameroun.

AK

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